Même s’ils pourraient freiner la croissance des émissions, les plus de 140 plans d’actions nationaux proposés aux Nations-Unies pour la conférence - climat de Paris, début décembre, mèneraient le monde à dépenser en deux décennies, 75% du quota d’émissions de CO2 que l’humanité ne doit pas dépasser si elle veut conserver 2 chances sur 3 de limiter le réchauffement global à +2°C. C’est ce que montre un rapport de l’ONU. Décodage.

“Un effort mondial sans précédent est en cours pour lutter contre le changement climatique, ce qui renforce la confiance dans le fait que les pays peuvent atteindre l'objectif annoncé de maintenir la hausse des températures mondiales en dessous de 2 degrés Celsius, et ce, de façon rentable.” (....) Les plus de 140 plans d'action climat nationaux “peuvent ralentir les émissions mondiales entrant dans l'atmosphère de façon considérable.” (...) “La réponse mondiale au changement climatique garde la porte ouverte à la limite de température de 2 degrés Celsius”.

Avec les plus de 140 plans nationaux, les émissions atteindront plus ou moins 55 milliards de tonnes équivalent CO2 dans 15 ans, sans que l’on puisse objectivement envisager à ce jour un pic des émissions

Telle est la présentation effectuée par la CCNUCC (Convention-cadre des Nations-Unies sur les changement climatiques) concernant le rapport qu’elle a publié fin octobre sur “l'effet global” des 119 contributions représentant 146 états envoyées à l’ONU en vue de la conférence – climat de Paris, début décembre (COP21), dont l’ambition affichée est de trouver un accord international permettant de limiter le réchauffement global à +2°C depuis l’époque préindustrielle.

Pour Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC, «ces INDC figurent d’acomptes clairs et résolus envers une nouvelle ère d'ambition climatique de la communauté internationale. Les gouvernements aux quatre coins du monde ont signalé par le biais de leurs INDC qu'ils sont déterminés à jouer leur rôle en fonction de leurs circonstances nationales et de leurs capacités».

Même si elle reconnaît l’insuffisance de ces promesses, la CCNUCC pourrait modérer légèrement son enthousiasme. Certes, des points positifs existent: “les 146 plans comprennent tous les pays développés et les trois quarts des pays en développement sous l'égide de la CCNUCC" (mais pas les pays gaziers et /ou pétroliers comme le Vénézuela et ceux du Moyen-Orient, n.d.l.r.). Ce qui couvre “86% des émissions mondiales de gaz à effet de serre”, indique-t-elle. Par ailleurs, “les INDC feront baisser la moyenne mondiale des émissions par personne jusqu'à 8% d’ici 2025 et jusqu'à 9% en 2030”, toujours selon la CCNUCC.

 

 

Au total, les actions promises à l’approche de la COP21 devraient “ralentir la croissance des émissions d'environ un tiers pour la période 2010-2030 comparativement à 1990-2010, ce qui correspond à des réductions d'émissions d'environ 4Gt (milliards de tonnes) d'ici 2030 par rapport aux scénarios précédant les INDC”, souligne-t-elle. Une autre façon de présenter le résultat de ce rapport est d’indiquer qu’avec l’effet des plus de 140 plans nationaux, les émissions augmenteront de 11 à 23 % entre 2010 et 2030 contre 24% entre 1990 et 2010. Elles atteindront ainsi plus ou moins 55 milliards de tonnes équivalent CO2 dans 15 ans, sans que l’on puisse objectivement envisager à ce jour un pic des émissions.

Si l’on veut conserver ne serait-ce qu’une chance sur trois de rester en dessous d’un réchauffement de +1,5°C, alors les plans actuels d’action ne permettent de disposer en 2030 que d’un quota de 100 milliards de tonnes de CO2, soit deux ans de la consommation d’alors

Pour la CCNUCC -dont le rapport n'évalue pas les impacts des contributions sur la hausse des températures- ce ralentissement de l’augmentation des émissions place l’humanité dans une perspective de réchauffement de l’ordre de +3°C (1). Toujours selon elle, il rend toutefois encore “possible et abordable le maintien de la hausse des températures en dessous de 2 degrés”.

 

 

En fait, le rapport de la CCNUCC montre qu’en dépit de ces 119 contributions, on peut estimer qu’on aura épuisé en 2030 environ 75% du quota d’émissions de CO2 qu’il ne faut pas dépasser après 2010 si l’on veut conserver 2 chances sur 3 de ne pas dépasser la limite de +2°C (1000 milliards de tonnes). Ce qui veut dire qu’il restera alors 250 milliards de tonnes de CO2 pouvant être émis tandis que les émissions annuelles de CO2 d’origine humaine seront de plus de 40 milliards de tonnes annuelles. Moralité: le quota restant disponible en 2030 pour conserver deux chances sur trois de rester sous les +2°C de réchauffement serait de l’ordre 5 - 6 ans de la consommation annuelle du moment. Ce qui est bien maigre pour inverser ensuite la tendance, non ?

Bien sur, si l’on ne se donne qu’une chance sur deux de rester sous la barre de +2°C, le quota restant disponible augmente: il passe, comme le suggère du reste le rapport de la CCNUCC, à 550 milliards de tonnes de CO2, soit une douzaine d’années de consommation annuelle. Et si l’on se contente d’une chance sur trois de rester sous les +2°C, ce dont ne parle pas le rapport de la CCNUCC, alors on a encore -selon les données du GIEC- 750 milliards de tonnes de CO2 à émettre soit une quinzaine d’années de consommation annuelle. Sur le papier, il resterait donc encore une chance minime de rester sous les + 2°C, mais qui exigerait un pic aigu des émissions dès 2030 puis une chute de ces émissions, ce qui restent à ce jour difficilement envisageables technologiquement.

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