Efficacité énergétique, énergies renouvelables, sylviculture, agriculture, déchets, reforestation, technologies... Le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) a publié un rapport qui recense des actions pouvant selon lui -en complément des promesses actuelles en vue de la COP21- replacer l’humanité dans une trajectoire qui pourrait encore permettre de conserver des chances de limiter le réchauffement global à +2°C.

Les contributions soumises cette année par près de 146 pays aux Nations-Unies (1) en vue de la Conférence climat de Paris, début décembre (COP21(2)), “sont loin de suffire” pour placer l’humanité dans la perspective d’un réchauffement global limté à +2°C depuis la période préindustrielle, mais elles “témoignent d’une réelle élévation des ambitions  par rapport aux prévisions des politiques actuelles”.  C’est ce que note le 6ème rapport du Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions. Un rapport qui, "réalisé par une équipe de scientifiques de premier plan et d'experts en modélisation du monde entier", fait autorité selon le PNUE.

Selon le PNUE, les contributions actuellement prévues placent l’humanité sur une perspective de réchauffement allant de + 3°C à +4°C en 2100 avec les "plages d'incertitude"

En termes de chiffres, se donner deux chances sur trois de se placer sur la trajectoire de 2°C équivaut, d'après ce rapport, à émettre 42 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2030 (39 milliards de tonnes pour viser +1,5°C) contre environ 52,7 milliards en 2014, puis à atteindre une “valeur nette de zéro d'ici 2060 à 2075”... Et cela sans avoir émis à cette date plus de 1000 milliards de tonnes équivalent CO2 depuis 2010.

La tendance actuellement constatée nous mènerait à des émissions annuelles de l’ordre de 60 milliards en 2030.En prenant en compte la réalisation de toutes les contributions actuelles sans réserve (non conditionnées par des aides), on arrive à des émissions de 56 milliards de tonnes équivalent CO2. En ajoutant la réalisation des contributions avec réserves, on descend à 54 milliards. Ce qui fait un progrès de 4 à 6 milliards en 2030 par rapport à la tendance d'aujourd'hui tandis que l’effort restant à faire s’élève à 12 milliards de tonnes -soit deux à trois fois plus que ce que laisse espérer les promesses actuelles.

Toujours pour le rapport du PNUE, ces contributions actuellement prévues placent l’humanité sur une perspective de réchauffement global de l’ordre de +3,5°C à l’horizon 2100, et plus largement avec les “plages d’incertitude”, d’un réchauffement allant de + 3°C à +4°C. Ce qui est bien supérieur au +2,7°C précédemment cité.

Efficacité énergétique, énergies renouvelables, agriculture, déchets... En misant “sur les possibilités inexploitées de  réduction  des  émissions”, il serait possible de réduire les émissions à l’horizon 2030 de 5 à 10 milliards de tonnes supplémentaires

Cependant, ces contributions doivent être considérés comme “une première étape dans la préparation d’un accord mondial efficace sur le climat”, souligne le rapport du PNUE. En effet, “la préparation des CPDN (1) a suscité dans de nombreux pays une analyse des relations entre développement et climat, ainsi que l’élaboration de nouvelles politiques climatiques nationales. Elles peuvent être considérées comme une étape décisive dans la transition vers des économies plus sobres en carbone”, explique-t-il.

Ainsi, "l’Accord de Paris (2) peut soutenir ces transitions nationales et encadrer la mobilisation en vue d’un redoublement des efforts d’atténuation permettant d’aligner les mesures nationales sur l’ambition mondiale dans ce domaine, que symbolisent les  stratégies visant un objectif de 2°C. À cet égard, il sera crucial de mettre en place, dans le cadre de cet accord, un système robuste, efficace et transparent de suivi et de révision”. D’où la récente proposition franco-chinoise de réaliser une « revue complète » tous les cinq ans concernant « les progrès accomplis en vue de l’atteinte des objectifs ».

Selon le rapport du PNUE, les récents rapports et études indiquent, qu’en misant “sur les possibilités inexploitées de  réduction  des  émissions”, il serait possible de réduire les émissions à l’horizon 2030 de 5 à 10 milliards de tonnes supplémentaires par rapport au niveau des émissions qui serait atteint avec la réalisation complète des contributions actuellement prévues, avec et sans réserves.

“Les  dernières  études  examinées  soulignent  l’importance cruciale  d’une  amélioration  de  l’efficacité  énergétique,  en particulier dans l’industrie, le bâtiment et les transports, d’une généralisation des technologies à énergies renouvelables pour la production d’électricité et d’une amélioration de l’efficacité de la production d’électricité grâce à l’utilisation de combustibles fossiles”, indique le PNUE qui ajoute: “D’autres domaines et secteurs clés pour le renforcement des mesures d’atténuation sont mis en avant dans ces études, notamment la sylviculture, l’agriculture et les déchets”.

Les avantages qu'aurait un renforcement des actions avant 2020

Le rapport indique par ailleurs que les “initiatives de coopération internationale”  (villes et régions, entreprises...) pourraient représenter 0,75 à 2 milliards de tonnes supplémentaires non émises en 2020 tandis que le potentiel théorique de réduction grâce aux forêts (3) est de 9 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2030, même si “la réalisation de ce potentiel théorique sera toutefois fortement entravée par des facteurs économiques ou liés à l’utilisation des terres”.

Le PNUE relève également que, de manière générale, “tous les scénarios qui analysent les stratégies visant l’objectif de 2°C (...) exigent de fortes réductions après 2020. Ils supposent également l’utilisation de ce que l’on appelle les «technologies à émissions négatives», telles que la bioénergie couplée au captage et au stockage du carbone”... Quant aux scénarios visant +1,5°C, “ils supposent des taux de réduction encore plus importants”.

D’autre part, le rapport confirme qu’agir de manière renforcée avant 2020 aurait bien des avantages:

- “Assouplissement de l’obligation de réduire considérablement les émissions à moyen terme.”

- “Atténuation  facilitée, à  moyen  et  à  long  terme, par la réduction de la dépendance aux infrastructures à forte intensité  de  carbone  et  d’énergie  au  sein  du  système énergétique et dans la société en général.”

- “Encouragement de l’apprentissage et de la mise au point, à court terme, de technologies qui se révéleront essentielles à long terme.”

- “Envoi  de  signaux  stratégiques  précoces  qui  seront nécessaires pour prendre des mesures au cours des prochaines décennies.”

- “Réduction des coûts globaux et atténuation des difficultés économiques  en  ce  qui  concerne,  par  exemple,  la généralisation  des  investissements  dans  les  énergies pendant la période de transition.”

- “Réduction de la dépendance aux technologies non éprouvées et multiplication des solutions offertes à la société pour parvenir à de fortes réductions des émissions à long terme.”

En revanche, “reporter  les  mesures  d’atténuation  rigoureuses  jusqu’en 2030 (...)  aurait  pour  effet  certain  de  compliquer considérablement  l’adoption  de  niveaux  d’émission  à  long terme compatibles avec l’objectif des 2°C. Un grand nombre de modèles ne sont pas en mesure de produire des scénarios à 2°C conformes à des niveaux d’émissions mondiales supérieurs à 55 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2030, tandis que d’autres scénarios reportant le renforcement des mesures d’atténuation jusqu’à bien après 2030 imposeraient une augmentation massive des coûts, ainsi que des mesures politiques inédites”, avertit le PNUE.

Au final, “toute la difficulté consiste à infléchir la courbe d'évolution des émissions dès que possible pour être en mesure d'atteindre l'objectif d'une valeur nette de zéro d'ici 2060 à 2075.” Pour infléchir cette courbe, le meilleur déclic selon de multiples experts resterait de donner un prix mondial au carbone...

(1) Contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN) Intended Nationally Determined Contributions (INDC)
(2) 21ème Conférence des parties des la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques.
(3) Via l’initiative REDD+: réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts, préservation et renforcement des stocks de carbone forestier, gestion durable des forêts.

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