La hausse du niveau de la mer n’agit et n’agira pas seule pour submerger et modifier les littoraux. Selon une étude australienne relative à la dynamique de modification des côtes des îles Salomon, dans le Pacifique, les terres de ces récifs coralliens disparaissent en effet beaucoup plus vite là où l’énergie des vagues est puissante. Au nord de la grande île Isabel, secteur exposé à de fortes houles, quatre petites îles de l’archipel ont ainsi été englouties... avant même 2002 ! Une autre l’a été en 2011. Trois autres ont à ce jour perdu plus de la moitié de leur surface d’origine...

Rapita, Rehana, Kakatina, Zollies... Ce sont les noms de quatre petites îles, d’une superficie à l’origine d’un à cinq hectares, qui ont disparu dans l’indifférence générale depuis au moins 15 ans au nord de l’île Isabel dans l’archipel des Salomon, situé au nord-est de l’Australie. Ces îles englouties ont été rejointes par l’île de Kale, rayée de la carte en 2011. Et le mouvement se poursuit: de plus grandes îles comme Hetaheta (25 ha au milieu du XXème siècle) et Sogoumo (plus de 20 hectares) ont jusqu’alors respectivement perdu 62% et 55% de leur superficie. Plus au nord, au large de la grande île Choiseul, de sévères érosions de la côte ont également emporté plus de la moitié des maisons du village de l’île de Nuatambu entre 2011 et 2014, avec relocalisation des familles. Destruction de village également plus au sud à Mararo, dans la province Malaita...

A Salomon, les îles englouties et les îles les plus érodées se trouvent le long de récifs exposés à des vents et des vagues qui peuvent être sévères

C’est le très provisoire bilan que dresse une étude scientifique australienne relative aux interactions entre la hausse du niveau des mers consécutif au réchauffement global et la force des vagues, et aux conséquences que cela peut avoir en termes de modification des rivages et de destruction. Publiée début mai, cette étude se base notamment sur des séries d’images aériennes et satellites prises entre 1947 et 2014 pour 33 îles situées en différents endroits de l’archipel des Salomon. Les îles étudiées se trouvent notamment sur la façade nord de la province d’Isabel pour une vingtaine d’entre elles, sur la façade nord-est de la province de Choiseul en ce qui concerne l’île de Nuatambu, et dans la zone de Roviana, à l’ouest de la Nouvelle-Géorgie, pour une dizaine d’autres.

L’étude montre que les îles englouties et les îles les plus érodées se trouvent le long des récifs nord de la province d’Isabel et de Choiseul, exposés à des vents et des vagues qui peuvent être sévères, tandis que les îles de la zone de Roviana sont bien plus préservées des fortes houles. Les scientifiques précisent que le flux d’énergie des vagues a pu être en moyenne, dans les dernières décennies, 20 fois plus important à Isabel qu’à Roviana, où la moitié des îles observées ont même connu une légère augmentation de leur superficie grâce à l’accumulation de sédiments.

“Un aperçu des impacts futurs d’une augmentation accélérée du niveau de la mer”

Cela ne veut pas dire que la zone de Roviana restera plus résiliente. En effet, elle est par ailleurs exposée aux mouvements tectoniques qui peuvent également être un paramètre important dans l’augmentation du niveau des eaux. En 2007, un tremblement de terre de magnitude 8.1 a provoqué “un affaissement de plus de 60 cm des îles du récif de Roviana”, prévient ainsi l’étude.

Toutefois, conjuguée à la forte augmentation du niveau de la mer constatée dans les îles Salomon - en moyenne 7 à 10 mm par an depuis 1994- la différence d’énergie des vagues explique bien pour les scientifiques la destruction actuellement beaucoup plus rapide des îles du nord d’Isabel. L’étude note par ailleurs que les îles qui disparaissent ne sont pas érodées de manière uniforme: leur centroïde (disons centre) change dans le temps et elles peuvent “bouger” avant d'être englouties.

Ainsi, l’île de Kale donne l’impression d’avoir glissé vers le sud “avant que son reste de sédiments ne soit transporté en dehors de la plate-forme coralienne” et poussé vers les abymes. Selon les scientifiques, pour mieux comprendre la dynamique des littoraux des îles dans un contexte de hausse du niveau de la mer, un travail supplémentaire est maintenant nécessaire afin de “déterminer l’importance relative des événements marins extrêmes et des changements progressifs de l’énergie des vagues”.

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