Les leaders de B Team, un organisme rassemblant notamment des dirigeants de grandes entreprises, dont les milliardaires Richard Branson et François-Henri Pinault, ont demandé aux négociateurs “climat” des Nations-Unies d’intégrer dans l’accord qui doit être signé en fin d’année à la Conférence de Paris (COP21), l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre dès 2050. Ils appellent les gouvernements à cesser leurs subventions aux énergies fossiles.

La question climatique commencerait-elle à faire vraiment peur aux hyper riches ?

Alors que les négociateurs “climat” étaient de nouveau réunis du 8 au 13 février, à Genève, afin notamment de “faire avancer” le projet d’accord qui doit être adopté lors de la Conférence climat de Paris en décembre (COP21), différents milliardaires dont Richard Branson et François-Henri Pinault, et également des personnalités comme Gro Harlem Brundtland et Muhammad Yunus, ont appelé les leaders mondiaux à se fixer le but de parvenir à des émissions nettes de gaz à effet de serre nulles à l’horizon 2050.

Une chance sur trois d’échec est “inacceptable” car ce risque est potentiellement synonyme d’”impacts climatiques catastrophiques”

Dans une lettre ouverte envoyée à Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), ces dirigeants de la B Team, organisme désirant créer un “Plan B” permettant de poursuivre les affaires avec des “solutions durables”, expliquent que ce but est motivé par les risques pour le business et les coûts économiques que pourrait signifier le fait de ne pas parvenir à limiter le réchauffement global à +2°C.

Ils soulignent que la dernière évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) permet de conclure que parvenir à zéro émission d’ici 2100 donne 66 % de chances de limiter le réchauffement à +2°C.  Pour eux, une chance sur trois d’échec est “inacceptable” car ce risque est potentiellement synonyme d’”impacts climatiques catatrophiques”. Afin de le réduire au minimum, ils estiment nécessaire d’avancer le but de zéro émission net de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.

Rappelons que le GIEC explique en fait dans son dernier rapport (rapport de synthèse globale, page 68) que si nous émettons encore 1000 milliards de tonnes de CO2 (gigatonnes, GT CO2) entre 2011 et la fin du siècle avant d’avoir des émissions nulles, alors nous avons 66 % de chances de limiter le réchauffement à +2°C. Pour augmenter le nombre de ces chances, il faut simplement émettre moins de CO2: un quota de 850 GT CO2 d’émissions entre 2011 et 2100 avant d’arriver à une société zéro carbone, donne selon le GIEC 33% de chances de limiter le réchauffement à +1,5°C, c’est-à-dire de plus grandes chances d’être sous les +2°C. Précision: 850 GTC, c’est environ 21 ans de nos émissions actuelles (énergies fossiles, production de ciment, utilisation des terres).

A la vitesse actuelle, ce quota sera épuisé vers 2032... Cela met donc un peu plus en évidence la totale inadéquation des prévisions actuelles chinoises (pic d’émissions CO2 en 2030), américaines (26-28% de réduction des émissions de CO2 entre 2005 et 2025), et même européennes (40% de baisse des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030).

Zéro carbone en 2050, prix carbone significatif et efficace, arrêt des subventions aux énergies fossiles, soutien des communautés pauvres et vulnérables...

En attendant, les signataires appellent:

1- Les gouvernements à se fixer pour but d’arriver à zéro émission nette de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 et à intégrer ce but dans l’accord devant être signé à Paris en décembre.

2- Le monde des affaires à traduire cette ambition par des solutions bas-carbone qui permettent de parvenir effectivement à cet objectif.

3- Les monde des affaires et les gouvernements à mettre en place un prix du carbone significatif et efficace.

4- Les gouvernements à stopper leurs subventions aux énergies fossiles et à transférer ce capital vers les solutions d’énergies renouvelables.

5- Le monde des affaires et les gouvernements à assurer aux communautés pauvres et vulnérables, qui souffrent de manière disproportionnée du changement climatique et sont le moins équipés pour faire face à ses impacts, les moyens de répondre au changement climatique.

Le pic des émissions de gaz à effet de serre mondial doit se produire "le plus tôt possible"

La lettre est signée par Sir Richard Branson, Arianna Huffington, Dr. Mo Ibrahim, Guilherme Leal, Strive Masiyiwa, Blake Mycoskie, François-Henri Pinault, Paul Polman, Ratan Tata, Zhang Yue, Pr. Muhammad Yunus et Jochen Zeitz et à titre honorifique par Mary Robinson et Dr. Gro Harlem Brundtland. En revanche, la missive ne dit pas quelle(s) part(s) de leurs fortunes personnelles les milliardaires de cette liste vont quant à eux mettre au service de cet objectif, ce qui serait également très intéressant.

A Genève, c’est le “groupe de travail spécial sur la plate-forme de Durban pour une action renforcée” (le Groupe de travail spécial de la CCNUCC) qui est “l'organe de négociation chargé de l’élaboration du nouvel accord que les gouvernements doivent produire à la fin de l'année à Paris” et qui rentrera en vigueur à partir de 2020. Pour la période qui nous sépare de 2020, ce Groupe de travail spécial “travaille aussi à l’augmentation des mesures à prendre de manière à combler dans l’immédiat les lacunes existantes de l’ambition mondiale à répondre efficacement au défi posé par les changements climatiques”.

Pour le CCNUCC, s’il veut “empêcher les températures moyennes mondiales d’augmenter de plus de 2°C, seuil audelà duquel des conséquences climatiques de plus en plus ingérables sur les sociétés et les économies sont susceptibles de se produire”, alors il est notamment nécessaire, selon Christiana Figueres, que le pic des émissions de gaz à effet de serre mondial se produise “le plus tôt possible. Nous devons déclencher une profonde décarbonisation”, avertit-elle.

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