Solution “miracle”, vies “numériques”, société “débranchée”, monde de pénuries... Ce sont les quatre scénarios qu’échafaude, dans son livre Post Petroleum, le sociologue et théoricien britannique John Urry concernant les conséquences sur nos mobilités d’une raréfaction du pétrole dans le futur proche. Les deux dernières options s’avèrent les plus envisageables, avec soit des vies bien plus “locales” soit un monde à la Mad Max 2.

A quoi ressemblerait un monde sans pétrole ? Comment nos vies de consommateurs perpétuellement en mouvement s’organiseraient dans un univers privé de cette ressource ? Que deviendraient nos sociétés “débranchées” ? Malgré leur pertinence et une prise de conscience croissante des limites des réserves pétrolières d’un côté et du réchauffement global de l’autre, ces questions restent encore largement en suspens.

Le XXème siècle a créé avec le pétrole “l’illusion d’un futur qui aujourd’hui s’avère insoutenable, même à moyen terme”

Dans son livre – objet Post Petroleum, le théoricien britannique John Urry étudie les conséquences sur nos mobilités d’une raréfaction énergétique pour les décennies à venir.  Confirmant que le XXème siècle a créé avec le pétrole “l’illusion d’un futur qui aujourd’hui s’avère insoutenable, même à moyen terme”, il envisage quatre scénarios:

1- La solution miracle. 

Cette solution résoudrait tous les problèmes à la fois, du remplacement du pétrole à l’arrêt du réchauffement climatique, et serait fondée pour John Urry sur l’hydrogène. “Si l’hydrogène constitue 75% de notre univers et qu’il pourrait, en théorie, nous fournir une source d’énergie quasi illimitée et non polluante, la faible densité de ce gaz et son impureté à l’état naturel en limitent son utilisation”, écrit l’auteur pour qui les contraintes de production et de transport de l’hydrogène exigent la “mise en place d’un nouveau système sociotechnique pour en faire une alternative viable au pétrole”. Sinon, l’hydrogène restera comme aujourd’hui une “technologie de niche”. Moralité: scénario improbable. Euphémisme, pourrait-on ajouter.

2- Les vies numériques.

Egalement “high tech”, ce scénario implique “un développement massif des technologies numériques”. Le résultat, ce serait que la vie elle-même serait numérisée, qu’il n’y aurait plus de distinction entre les réunions virtuelles et les vraies, que l’on pourrait mener une relation professionnelle et personnelle approfondie sans avoir à se déplacer physiquement. Règne de l’imprimante 3D et du recyclage, avec des possibilités de productions locales infinies, cette solution permettrait de ne quasiment plus bouger. Quid quand même de l’énergie et des matières premières nécessaires pour faire fonctionner tout ça ? John Urry ne pose pas la question.

3 – Débrancher: la société de l’après-voiture.

Avec cette option, il s’agit d’inventer “un système alternatif dans lequel divers élements plus ou moins technologiques –dont les moteurs, les matériaux de fabrication des automobiles, les prix, les systèmes de tarification, la conception des quartiers...- changeraient” pour créer un système de mobilité bas-carbone. Pour John Urry, ce scénario doit être par ailleurs relié à d’autres modèles de développement plus vastes. “C’est ainsi qu’il nous faudra envisager des vies plus “locales” où nous resterons proches de nos amis, où nous nous déplacerons moins et essayerons de trouver un emploi plus près de chez nous (...) Nous achèterons nos aliments en fonction des saisons et de leur disponibilité”, écrit l’auteur. Ce qui rejoint de nombreux mouvements alternatifs et travaux actuels sur la transition carbone. Moralité: scénario possible mais nécessitant une volonté collective.

4 – Des seigneurs de guerre dans un monde de pénurie.

On connaît dans ce quatrième scénario (où l’on reviendrait de manière radicale à une vie locale après avoir visiblement été au bout du bout de notre système actuel) des pénuries d’énergie et d’eau dues à des événements climatiques extrêmes...

Lord Martin Rees, ancien président de la Royal Society britannique, évalue à une sur deux les chances de survie de l'espèce humaine au XXIème siècle

“Dans ce nouveau système, seuls les très riches pourraient encore voyager”, écrit John Urry qui cite James Lovelock, ancien scientifique de la NASA, à l’origine de l’hypothèse Gaïa concernant le fonctionnement du système Terre: “Notre civilisation est condamnée et un déclin massif de la population se produira, ne laissant que quelques survivants dans une société accablée et dominée par les seigneurs de guerre.”  Il évoque également Lord Martin Rees, ancien président de la Royal Society britannique qui évalue à une sur deux les chances de survie de l'espèce humaine au XXIème siècle. Moralité: scénario de type Mad Max 2, envisageable s’il n’y a pas d’autre volonté collective.

Au final, il semble que nous ayons avant tout le choix entre cette option et la précédente. Cependant, s’agissant dans chacun de ces scénarios de vies plus “locales”, ces systèmes ne pourraient-ils pas exister tous les deux selon les endroits ?

Illustré, compact, original et se composant de 3 leporellos, le livre Post Petroleum, outil de prise de conscience bilingue français/anglais, se veut rapide à lire. Le leporello (livre qui se déplie comme un accordéon) permet de jouer avec l’image, de développer un récit autrement et de le dérouler selon un cheminement qui invite à changer l’angle de vue.

Professeur à l’université de Lancaster et membre fondateur de l’Academy of Social Sciences, le sociologue britannique John Urry, spécialiste des mobilités, a développé ces dernières années des travaux de recherches examinant l’incidence du changement climatique et de la pénurie d’énergie sur l’évolution des formes de vie sociale.

Post Petroleum, de John Urry, paru aux Editions Loco. www.editionsloco.com. Prix: 15 €

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