Comment vivre dans le respect des limites et des ressources de la nature ? Comment faire face à “un monde de plus en plus avare d’énergie” ? Le livre fondateur Permaculture de David Holmgren, apporte une réponse à la fois philosophique et pratique.

Nous vivons dans un système économique (économie de marché, capitalisme), lui-même inclus dans un système environnemental (la Terre). Actuellement, l’homme cherche le plus souvent à expliquer de tels systèmes de manière analytique, c’est-à-dire en les découpant en morceaux. C’est ainsi par exemple qu’on a créé différentes matières d’enseignement : mathématiques, physique, chimie, biologie, géographie, économie, etc. Ou bien qu’on plante des légumes en rangs et par espèces. Mais il existe une autre approche: l’approche systémique qui, comme l’a notamment expliqué Joël de Rosnay (1), se concentre pour sa part sur les liens, sur les interactions entre les éléments du système. C’est avec une telle approche que le scientifique James Lovelock (2) a échafaudé son hypothèse “Gaïa” concernant le fonctionnement de la Terre. C’est également avec une démarche systémique que poussent à profusion fruits et légumes dans les jardins a priori anarchiques des disciples de la permaculture.

12 principes pour concevoir un système par lui-même sain et soutenable

La grande spécificité de la permaculture, c’est avant tout en effet d’avoir “recours à un mode de pensée systémique” et de s’en servir pour construire “des principes de conception, qui fournissent un cadre organisationnel”, comme l’explique son cofondateur, l’Australien David Holmgren dans son livre Permaculture, venant d’être traduit en français -12 ans après sa parution en anglais. Et c’est au sein de ce cadre que va pouvoir se développer ce que l’on connaît mieux de la permaculture, c’est-à-dire:  “Des paysages élaborés en toute conscience qui imitent les schémas et les relations observés dans la nature et fournissent nourriture, fibres et énergie, pour subvenir aux besoins locaux”. De manière pragmatique, il s’agit de construire un système par lui-même sain et durable, et non d’agir sur un système non durable. A l’instar du travail de l’ingénieur, la permaculture, qui est devenue en une quarantaine d’années un mouvement mondial, agit donc en amont d’une conception X ou Y, et non en aval.

Les principes de conception développés par David Holmgren dans son livre, sont les suivants: observer et interagir ; capter et stocker l’énergie ; obtenir une production ; appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction ; utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables ; ne produire aucun déchet; penser conception, des motifs aux détails ; intégrer au lieu de ségréguer ; utiliser des solutions lentes à petite échelle ; se servir de la diversité et la valoriser ; utiliser les bordures et valoriser la marge ; face au changement, être inventif.-  Comme le précise David Holmgren, ces principes -tous délimités par un symbole et un proverbe- peuvent néanmoins varier selon les écoles.

Une façon adaptée au déclin énergétique de concevoir et d’agir sur le monde

Nouvelle manière de voir les choses, la permaculture développe même un concept qui selon David Holmgren peut aller encore plus loin que le jardinage biologique, l’agriculture durable, les constructions économes en énergie, ou encore les écovillages, en s'adressant également aux entreprises, aux systèmes politiques et économiques, à la santé, à l’éducation... Tout ce travail est à faire.

Finalement, pour Bill Mollison, autre cofondateur de la permaculture, celle-ci est tout simplement une réponse positive à la crise environnementale qui d'après David Holmgren “menace le bien-être, voire la survie de la population mondiale. Les modèles inspirés des systèmes naturels prévoient un effondrement qui devrait amener une baisse de la consommation d’énergie et de ressources (pour la plupart renouvelables), et un déclin de la population mondiale. Au sein de ce scénario généraliste, l’éventail des voies et des hypothèses locales, des plus clémentes aux plus terrifiantes, est quasi infini, ” précise-t-il, prenant acte entre autre du pic pétrolier et donc de la fin du pétrole pas cher.

“Vision du monde de l’après-pétrole”, comme le souligne l'écologiste Yves Cochet dans la préface du livre, la permaculture est ainsi “une autre façon de concevoir et d’agir sur le monde”, et qui se veut localement adaptée à une période de “descente énergétique”, autrement dit de déclin de la ressource en énergie. Aujourd'hui marginale, elle pourrait donc à terme devenir "centrale" et "intégrer les grands courants sociaux et économiques" de l'ère postindustrielle.

Bien sûr, “modelés par une culture de la croissance, nous avons du mal à considérer le déclin comme un phénomène positif”, reconnaît David Holmgren. Cependant, participant à un changement culturel fondamental et universel (basculement du raisonnement analytique vers le raisonnement systémique), la permaculture se révèle bien pour lui une “adaptation pleine et entière aux réalités écologiques du déclin, tout aussi naturelles et créatives que celles de la croissance”.

Un livre qui cherche tout autant à donner un sens à notre monde qu’à énoncer ce qu’il convient de faire.

Permaculture. Principes et pistes d’action pour un mode de vie soutenable. De David Holmgren. Préface d'Yves Cochet. Paru chez Rue de l’échiquier (Collection Initial(e)s DD) en partenariat avec Inddigo et l’Ecole de permaculture du Bec Helloin. 25 euros.

(1) Joël De Rosnay, Le Macroscope. 1975. Réédition en mars 2014. Poche, Points – Essais.

(2) James Lovelock. La Terre est vivante. L’hypothèse Gaïa. 1990. Réédition en 1999. Poche, Champs-Flammarion.

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