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Les dangers du peak oil ou pic pétrolier pour l'économie actuelle

Selon Michael Kumhof, expert en modélisation économique au FMI, une baisse « géologique » de la production d’or noir -à la suite du "peak oil" mondial donc- menace de faire dévisser les PIB des pays importateurs et de faire exploser leurs déficits. Pour lui, on réduirait les effets des chocs pétroliers si l’on était capable de compenser le «manque» de pétrole (énergies de substitution, efficacité énergétique, etc.). Mais moins on sera « élastique », plus on aura du mal...

Michael Kumhof est un spécialiste d'économie et de modélisation. Il travaille au Département « Recherche » du Fonds monétaire international (FMI). Avec ses compagnons chercheurs, il "joue" avec les modèles mathématiques et analyse les résultats. Parmi ses "dadas": l’après pic pétrolier -quelle que soit sa date- et le nécessaire "ajustement" du système économique.

Des modèles scientifiques qui lient la production de pétrole et la croissance du PIB et qui introduisent la notion d'entropie dans l'économie

Premier constat : les modèles en question permettent de lier objectivement la croissance (ou la réduction) de la production de pétrole et la croissance (ou la réduction) du PIB (produit intérieur brut)… Conséquence: notre « croissance » économique est directement liée à la production de pétrole. Imaginons ce lien comme l’énergie nécessaire pour faire fonctionner une énorme machine mondiale qui engloberait la plupart de nos activités. On comprend alors qu'après un "pic", la baisse continue de la production contraint la croissance et le fonctionnement même de la machine.

Deuxième constat : ses modèles complexes introduisent la notion d’entropie dans l’économie. Avec cette notion, ils bousculent les "vérités" actuellement admises par la plupart des économistes (jusqu’alors l’entropie, mesurant le désordre d'un système, est avant tout prise en compte dans la thermodynamique). Surtout, cela a le mérite de poser des limites physiques au système économique et cela permet d’appréhender les potentiels impacts de différents types de chocs pétroliers : « chocs » de la demande, « chocs » de l’offre…

Ainsi, bonne nouvelle, les chocs pétroliers « géologiques », provoqués donc par l’épuisement même de la ressource (épuisement irréversible), pourraient être sans effet dramatique si la « substituabilité » entre le pétrole et les autres facteurs de production croît en même temps que croît le prix du pétrole. Traduction : on réduirait les effets des chocs pétroliers si l’on était capable de compenser le «manque» de pétrole (énergies de substitution, efficacité énergétique, etc.). Cependant, cette action possède des limites et nécessite des délais. C’est peut-être à ce niveau que l’on pourrait un jour prochain regretter fâcheusement de n’avoir pas voulu prendre en compte plus tôt l’importance réelle du « peak oil ».

Une baisse annuelle de 2 % de la production de pétrole équivaudrait à une hausse de 800% de son prix sur 20 ans

En revanche, mauvaise nouvelle, une chose paraît acquise : moins on sera « élastique », plus on aura du mal à compenser en temps voulu le manque d’or noir, notamment dans certaines technologies « clés » où il est essentiel, en particulier bien sûr les transports… Les impacts d’une déplétion continue (décroissance de la production pétrolière) augmenteront alors dramatiquement en gravité.

Selon Michael Kumhof, pour une baisse de la production de pétrole de 2% par an, les modèles peuvent conclure à une hausse de prix du pétrole de l’ordre de 25% sur la même période, et même de 800% à 1500% sur 20 ans !… Pour les pays importateurs, cela se traduirait par une sévère contraction de leur produit intérieur brut (PIB), et par un alourdissement exponentiel de leurs déficits.

Et encore, l’expert admet volontiers les limites des modèles qu’il étudie. D’après lui, au-delà de 200 dollars le baril de pétrole, on entre dans un « autre monde », inconnu, où des secteurs entiers de l’économie actuelle ne résisteraient pas.

Etonnamment, les conclusions de Michael Kumhof, qui existent depuis plusieurs années, ne semblent pas encore suffisamment édifiantes pour vraiment sortir du Département « Recherche » du FMI et être adoptées par les économistes. Or, la production mondiale de pétrole se trouve sur une sorte de plateau depuis 2005 tandis que le pétrole conventionnel a, lui, connu son pic pendant cette période...  Ce sont les pétroles non-conventionnels qui compensent jusqu'alors son déclin, mais avec un besoin de plus en plus important en énergie et un coût croissant en gaz à effet de serre. L'ASPO (association pour l'étude des pics de production de pétrole et de gaz naturel, dont la plupart des membres sont issus de la planète "pétrole") prévoit le pic global de la production d'or noir vers 2015.

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