Afin de tenir compte de l’épuisement des ressources naturelles comme de la différence entre l’économie réelle et la finance, l’Américain John Michael Greer propose de recalculer le produit intérieur brut (PIB) en trois composantes dont on suivrait ensuite les relations et l’évolution: un produit brut pour les biens et services fournis par la nature, un second pour le travail humain, et le troisième pour la finance...

Climat, biodiversité, qualité de vie, inégalité de revenus, santé, situation financière du pays, investissements productifs, accès à la culture, accès à l’éducation, accès à l’emploi, accès au logement, recyclage des déchets, accès au numérique, sécurité... Une concertation publique organisée par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective France Stratégie et le Comité économique, social et environnemental (CESE) a lieu jusqu’au 22 mai sur Internet, afin de “proposer 10 indicateurs pertinents et répondant à la définition du développement durable”. Grand objectif: palier aux limites du produit intérieur brut (PIB) pour ausculter de manière fiable le système économique.

Un calcul tenant compte des trois économies -primaire (nature), secondaire (travail humain) et tertiaire (finance)- et offrant donc une vision plus précise de la réalité

S’il est limpide pour bon nombre d’experts que le -pourtant- sacro saint PIB et sa croissance, parce qu’ils ignorent que l’économie elle-même dépend de ressources naturelles limitées, ne peuvent pas être les guides fiables d’un “développement” sain et “soutenable”, une succession d’indicateurs supplémentaires clarifiera-t-elle pour autant la situation ? Comment ces indicateurs seront-ils concrètement pris en compte dans les politiques économiques ? Quelles seront leurs articulations avec ledit PIB ? Dit autrement, n’y aurait-il pas plus simple et efficace?

Plutôt que de remplacer le PIB par un autre indicateur global (PIB vert ou autre), le think tank de la transition carbone, The Shift Project, a déjà proposé d’identifier usage par usage d’autres indicateurs pour mener à bien les politiques publiques. Ainsi, le PIB pourrait être remplacé par la balance commerciale, l’indépendance énergétique ou encore le taux d’emploi pour définir les politiques économiques; le déficit budgétaire serait lui mesuré en pourcentage du budget de l’État et non de la « richesse nationale »; l’évaluation de la puissance des nations mettraient en avant, outre les données économiques, des données militaires, démocratiques, culturelles, écologiques, “climatiques”...; etc.

Redéfinissant dans son ouvrage La Fin de l’abondance (1) notre système économique en trois économies interdépendantes mais produisant des richesses qui ne sont pas interchangeables –économie primaire (production de la nature), économie secondaire (production du travail humain) et économie tertiaire (finance)- l’expert américain John Michael Greer propose pour sa part de “recalculer” le PIB afin de tenir compte de chacune de ces trois économies et donc d’avoir une vision plus précise de la réalité.

“Faire la distinction entre les mouvements dans les économies réelles des biens et des services d’une part, et la simple prolifération de la richesse abstraite d’autre part”

Ainsi, le produit primaire brut (PPB) serait “la valeur de tous les produits naturels non transformés quand ils entrent dans l’économie (le pétrole qui sort du puits, le grain qui tombe dans un silo, le charbon qui quitte la mine, etc.) moins les coûts encourus pour l’extraction ou la culture”. Ces derniers coûts relèveraient en revanche du produit secondaire brut (PSB) qui serait “la valeur de tous les biens et services produits par l’économie à l’exception des matières premières tirées de la nature et des biens et services financiers”. Enfin, le produit tertiaire brut (PTB) serait “la valeur de tous les biens et services financiers produits par l’économie ainsi que de toute la monnaie et de ses équivalents”.

Pour cet expert de la problématique des ressources, l’intérêt de disposer de ces trois sommes, à la place ou même simplement parallèlement au PIB, est qu’il devient possible de suivre et d’étudier l’évolution de leurs relations, et ainsi de détecter ce que le PIB seul cache.

“Que le produit tertiaire brut explose alors que les deux autres stagnent ou déclinent ne signifie pas que le pays s’enrichit, mais plutôt qu’il subit une inflation de son économie tertiaire et qu’il faudra y veiller pour éviter un krach causé par la spéculation”, illustre John Michael Greer. Au contraire, “que le produit secondaire brut augmente pendant que le produit primaire brut stagne sans que le coût d’extraction des ressources naturelles explose signifie que l’économie utilise les ressources plus efficacement, et que les responsables peuvent s’en féliciter”, ajoute-t-il.

Moralité: la subdivision du PIB dans ces trois composantes permettrait de manière générale de “faire la distinction entre les mouvements dans les économies réelles des biens et des services, d’une part, et la simple prolifération de la richesse abstraite, d’autre part”... Tentant, non ?

(1) La Fin de la croissance, paru aux Editions Ecosociété, en 2013. Egalement disponible auprès de l’association Sortir du Pétrole.

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