Alors que les actuelles propositions en vue de la COP 21 pour limiter le réchauffement à + 2°C ne suffisent pas comme l'indique lui-même François Hollande, le président français a reconnu que, pour parvenir à cet objectif, il fallait “renoncer à utiliser 80 % des ressources d’énergie fossile”. Il reste à dire ce qu’implique vraiment la perspective de laisser sous terre les 4/5 des réserves actuelles de pétrole, charbon, gaz...

“Un accord sur le climat signifie renoncer à utiliser 80% des ressources d’énergies fossiles facilement accessibles et dont nous disposons encore”. C’est le président français François Hollande qui a lui-même confirmé ce constat scientifique selon lequel pour rester dans la limite d'un réchauffement de +2°C depuis l'époque préindustrielle, il est nécessaire de laisser les 4/5 des ressources de pétrole, de charbon, et de gaz dans le sous-sol terrestre. C’était lors de son discours au Sommet des consciences qui a réuni le 21 juillet à Paris une quarantaine de personnalités morales et religieuses du monde entier afin de mobiliser les “consciences de tous les habitants de la planète”.

La quantité encore utilisable de pétrole, de charbon et de gaz, représente tout juste une vingtaine d’années de notre consommation actuelle, une dizaine même pour l’objectif de + 1,5°C...

Mais est-ce que chacun, y compris le président, a justement bien tiré tous les enseignements de la signification profonde de cette affirmation ? Car devoir laisser 80% du pétrole, du gaz et du charbon sous terre, ce n’est pas vraiment ce qui est à ce jour prévu dans les prospectives généralement citées, y compris pour des partenaires de la COP 21 (1) comme l’ancien GDF-Suez (Engie) et Air France. Laisser 80% du pétrole, du gaz et du charbon sous terre, cela signifie d’abord (Monsieur de La Palice l'eut dit) que nous ne pouvons plus utiliser que 20 % de ce qui est à ce jour disponible (10 % si l’on veut viser la limite de + 1,5°C) et rien (0%) de ce qui reste à découvrir, y compris les gaz de schiste, les hydrates de méthane... Cette quantité utilisable représente tout juste une vingtaine d’années de notre consommation actuelle, une dizaine même pour l’objectif de + 1,5°C...

Il faut en plus rappeler qu’il n’y a scientifiquement aucun autre choix possible si nous ne voulons pas que le climat bascule vers une évolution “non linéaire”, terme utilisé par les scientifiques mais qui veut simplement dire que le système climatique changerait profondément et de manière catastrophique pour notre espèce. Par exemple, dans le passé il n’a fallu que quelques degrés pour que ce système climatique enclenche une bascule chaotique allant du stade d’ère glaciaire au stade stabilisé actuel et qui a permis le développement de l’être humain. Ainsi, aujourd’hui, la température globale de la Terre n’est plus chaude que d’environ 5°C par rapport à il y a une dizaine de milliers d’années, la grande différence étant en revanche qu’il y avait des centaines de mètres de glace sur l’Europe du nord...

Qu’implique donc vraiment comme contraintes et comme opportunités le fait de laisser sous terre les 4/5 des réserves actuelles et bien sûr toutes les découvertes futures relatives aux énergies fossiles ?

Donc, notre alternative peut se schématiser ainsi: soit on n’utilise que 10 ou 20 % des énergies fossiles actuellement accessibles et on décrète le reste imbrûlable, soit on promet définitivement à nos enfants et à nous-mêmes pour les plus jeunes, quelque chose qui ressemble peu ou prou à l’enfer. Aussi brutale soit-elle, cette alternative a le mérite de rendre plutôt très désirable la sortie du pétrole, du charbon et du gaz, non ? Comme le chantait Sting à l'époque de l'Union soviétique: "I hope the Russians love their childrens too". On pourrait également reprendre ce refrain pour notamment les Etats-Unis, la Chine et l'Europe qui représentent à eux trois plus de la moitié des émissions mondiales de CO2.

Mais qu’implique donc vraiment comme contraintes et comme opportunités la perspective de laisser sous terre les 4/5 des réserves actuelles et bien sûr toutes les découvertes futures relatives aux énergies fossiles ? C’est une question à laquelle il conviendrait que la COP 21 (1) réponde donc si l’objectif des négociateurs est bien de limiter la fièvre terrestre à + 2°C -ce que ne permettent pas les actuelles propositions, comme l’a du reste reconnu François Hollande, toujours lors du Sommet des consciences.

Finalement, est-ce que le “développement durable” peut encore sauver la société industrielle ? Et si la société industrielle n’est plus "sauvable", quelle société peut-on commencer à construire ?

Cette question qui dérange en pose en fait plein d’autres en cascade, comme un château de cartes qui s’effondrerait. En voici une douzaine:

- Comment partager équitablement entre tous les pays du monde les 10% ou 20% d’énergie fossile que l’on peut encore utiliser ?

- Les compagnies pétrolières, charbonnières, gazières, notamment les majors, sont-elles prêtes à laisser sous terre 80% de ce qu’elle ont initialement forcément prévu d’extraire. Sont-elles également prêtes à stopper définitivement l’exploration puisque l’énergie trouvée sera de toute façon décrétée imbrûlable ? Comment les restructurer ?

- Les financiers et autres actionnaires sont-ils prêts à tirer un trait définitif sur la plupart de leurs actifs dans les industries du pétrole, du charbon et du gaz ?

- Les automobilistes qui le pourraient sont-ils prêts à se passer de leur (s) voiture(s) ?

- Peut-on toujours programmer une augmentation exponentielle du trafic aérien et la construction d’aéroports comme à Notre-Dame-des-Landes (44) avec cette “nouvelle donne” ? Si oui, au détriment de quoi et de qui?

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(1) Ayant lieu en décembre à Paris – Le Bourget, la COP 21 (21ème conférence des parties) est la conférence annuelle des Nations-Unies sur les questions climatiques. Son objectif est de trouver un accord universel qui soit assez ambitieux pour permettre de limiter le réchauffement global de la planète à + 1,5 °C ou + 2°C. 195 parties (pays) y participeront.

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