Le GIEC précise le véritable impact des avions sur le réchauffement

Dans la première partie de son rapport 2013-2014, même si c'est passé relativement inaperçu, le GIEC a rehaussé le "forçage radiatif" dû au transport aérien, en chiffrant pour la première fois le pouvoir de réchauffement des nuages provoqués par les rejets (notamment de vapeur d'eau) des avions dans l'atmosphère.  Selon les scientifiques, les traînées de condensation et la formation de cirrus qu'ils provoquent, s'avèrent tout aussi importantes, et peut-être même plus, que les effets dus au dioxyde de carbone.

Continuer d'affirmer que le transport aérien "ne représente que 2%" des émissions des gaz à effet de serre relèverait de la cécité: dans la première partie de son 5e rapport, même si c'est passé relativement inaperçu, le GIEC (Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) donne une place réelle à l'effet des traînées de condensation et des cirrus qu'elles induisent.

Chiffrer l'impact des traînées de condensation et de la nébulosité induite en cirrus

Dans un rapport spécial publié dès 1999, le GIEC soulignait déjà que les traînées de condensation, dues aux émissions des aéronefs et notamment à leur vapeur d'eau, "tendent à réchauffer la surface de la Terre, de la même façon que de minces couches de nuages en altitude". Il ajoutait que l'"on peut observer de grands développements de cirrus après la formation de traînées de condensation persistantes. Des augmentations de la nébulosité en cirrus ont été mises en corrélation avec les émissions d’aéronefs".

Cependant, il s'avérait visiblement difficile de chiffrer ce rôle. Dans le 4e rapport du GIEC, en 2007, l'effet des seules traînées de condensation avait néanmoins été évalué à plus ou moins 0,01 watt/M2, sachant que le bilan global du forçage radiatif (réchauffement au sol depuis 1750) était alors de l'ordre de 1,6 watt/M2 (Il est maintenant estimé à 2,29 watts/M2). Pas d'estimation en revanche concernant la formation des cirrus.

Les effets des cirrus issus de traînées de condensation plus importants que les effets du CO2 ?

Aujourd'hui, les observations et études des scientifiques permettent de mieux évaluer ces phénomènes. Combinées, les traînées de condensation et la formation de cirrus provoquent un forçage radiatif estimé par le GIEC dans son dernier rapport à 0,05 watts/M2. La fourchette de forçage donnée par les scientifiques est néanmoins encore relativement large, allant de 0,02 à 0,15 watt/M2, en précisant que "ce forçage peut être plus important régionalement". Dans le cas extrême de 0,15watt/M2, ces phénomènes nuageux seraient de loin les effets les plus importants induits par les avions sur le réchauffement climatique, largement devant le forçage dû à leurs émissions de CO2.

Mais même avec 0,05 watt/M2, l'effet "traînée + cirrus" double environ le forçage radiatif provoqué par le CO2 des avions (sur la base de 3% des émissions de dioxyde de carbone). Précisons qu'en plus les avions ont encore d'autres effets sur le réchauffement, notamment à cause de leurs émissions d'oxydes d'azote (NOx) qui provoquent la formation d'ozone troposphérique.

Dans son rapport spécial de 1999, le GIEC évaluait les émissions de CO2 du transport aérien de 1992 à 2% des émissions mondiales mais leurs émissions globales de gaz à effet de serre à 3,5% du total planétaire. Avec la croissance très rapide de son trafic, le transport aérien a maintenant un effet équivalent à 6 % des émissions (pour 3 % des émissions de CO2), voire plus si l'effet des cirrus continue à être revu à la hausse... Jusqu'à environ 10% dans le cas d'un forçage de 0,15 watt/M2 dû aux traînées et au cirrus.

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