COP21. La 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques s’est officiellement ouverte ce 30 novembre afin de parvenir à un accord international permettant de limiter le réchauffement global à +2°C depuis l’époque préindustrielle. Elle va durer jusqu’au 11 décembre. Voici les bonnes clés pour la décoder.

40 000 personnes attendues, un sujet vital pour l’avenir de l’humanité, autant pour son environnement que pour ses économies, ses sociétés, sa sécurité... Pendant près de deux semaines, les négociateurs de 195 pays se retrouvent au Bourget, près de Paris, afin de parvenir à un accord pour lutter contre les changements climatiques à partir de 2020. Les propositions d’efforts sont à ce jour largement en dessous de ce qu’il faudrait pour espérer limiter le réchauffement global à +2°C, c’est-à-dire à un stade qui ait encore des chances d’être supportable. Tour d’horizon de cette COP21.

Qu’est-ce qu’une COP ?

Lors du Sommet de Rio en 1992, 195 pays et une organisation internationale (l’Union européenne) ont signé la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changement climatiques (CCNUCC). Ces “parties” se réunissent tous les ans depuis 1995 dans un pays différent pour négocier les objectifs et mesures à prendre afin de limiter les changements climatiques. Cela s’appelle une Conférence des parties, ou COP. La Conférence  climat de Paris est la 21ème conférence de ce genre.

Force est de reconnaître que les vingt précédentes n’ont globalement pas connu beaucoup de succès: les émissions de gaz à effet de serre mondiale ont augmenté d’environ 40% depuis 1992.  Cependant, le fait que ce problème soit géré au niveau international reste capital, le réchauffement global n’ayant pas de frontières. Les grandes dates à retenir sont celles du Protocole de Kyoto en 1997 avec l’objectif  de réduire de 5% les émissions des pays industrialisés signataires à l’horizon 2008-2012, et la COP15 de Copenhague qui n’a pas pu déboucher sur un nouvel accord en vue de remplacer le Protocole de Kyoto.

Quelles sont les bases scientifiques d’une COP ?

Les bases scientifiques d’une COP ressortent des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Composé de plusieurs milliers de scientifiques à travers le monde, le GIEC a vocation à synthétiser la connaissance sur les changements climatiques et l’évolution de cette connaissance. Il a été créé en 1988 pour fournir ce type d’évaluation et a parachevé son 5ème rapport en 2014. Ce 5ème rapport ne laisse place à aucune ambiguïté concernant l’origine humaine -et même en très grande partie fossile- du réchauffement global, et concernant la nécessité de réduire fortement les émissions dès maintenant pour éviter une évolution catastrophique.

Quel est l’objectif de la COP21 ?

La COP21 a officiellement pour objectif de trouver un accord universel qui permette de conserver des chances de limiter le réchauffement global à +2°C depuis l’époque industrielle, voire à +1,5°C, et de mettre en place les mécanismes pour s’adapter à un tel réchauffement. Cette barre des 1,5°C – 2°C est considérée comme une limite de dangerosité au-delà de laquelle les risques d’évolution “non linéaires” du climat, c’est-à-dire de rétroactions plus ou moins cataclysmiques du système climatique terrestre par rapport à nos émissions, grandissent fortement.

De plus, les conséquences des changements climatiques ne sont pas qu’environnementales: le dérèglement du système climatique a des impacts qui seront croissants, à la fois sur l’économie, sur la sécurité, sur la géopolitique... Les gaz à effet de serre concernés sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N20) et les halocarbures créés par le monde industriel.

Quelles seront les principales questions abordées ? 

Trouver un accord pour limiter le niveau de réchauffement global suppose limiter les émissions de gaz à effet de serre: c’est ce que les négociateurs appellent l’atténuation des changements climatiques. Cependant, les changements climatiques ne sont pas déjà sans conséquences et celles-ci vont encore s’aggraver même si on parvient à limiter le réchauffement global à +2°C ou même +1,5°C. Cela pose donc également la question de l’adaptation aux changements climatiques présents et à venir.

Tout en étant peu à l’origine du problème, les pays les moins développés sont les premiers touchés et ont peu de moyens pour s’adapter. Se pose donc en plus la question des transferts de technologies nécessaires à leur adaptation et du financement de cette adaptation. C’est tout l’enjeu du Fonds vert pour lequel la COP15 de Copenhague a promis la mobilisation de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Reste également à déterminer les mécanismes de suivi et de transparence des actions qui seront entreprises.

Par ailleurs, les dirigeants du monde ne manqueront pas d’évoquer l’Agenda des Solutions qui met en avant des milliers d’initiatives d’acteurs non-gouvernementaux, l'objectif étant d'agir dès maintenant sans attendre 2020. Cela ne fait pas pour autant directement partie des négociations dont le texte restait à l’aube de la conférence remplie d’options divergentes.

La question de fixer un prix au carbone, ce qui pourrait stimuler une évolution économique vers un monde bas-carbone, reste également une question importante.

Qui sont les participants ?

Même si de nombreux chefs d’états sont attendus pour l’ouverture de la COP21, les négociateurs sont souvent des fonctionnaires qui appliquent la position de leurs pays, sans grande latitude politique. Raison pour laquelle on voit régulièrement apparaître des ministres au fil des jours, notamment en fin de course.

Par ailleurs, les pays se retrouvent dans différentes coalitions dont le groupe dits des 77 qui rassemble en fait plus de 130 pays en développement, avec éventuellement la Chine. Quand ses opinions internes divergent, ce groupe coexiste avec des groupes plus réduits: petits états insulaires, pays les moins avancés, états à forêts tropicales, groupe arabe, groupe Afrique, groupe BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine), Alliance bolivarienne, Association d’Amérique latine...

Les pays développés se retrouvent pour leur part au sein de l’Union européennne ainsi que dans les groupes de l’Ombrelle (Australie, Canada, États-Unis, Islande, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Russie, Ukraine...) et de l’Intégrité environnementale (Corée du Sud, Liechtenstein, Mexique, Monaco, Suisse...).

Parallèlement aux états et outre les journalistes, d'autres acteurs ont un rôle d’observateurs et se répartissent eux aussi dans différents groupes: entreprises, ONG, collectivités locales, syndicats, jeunes, femmes, organismes religieux, peuples autochtones...

Au total, environ 40 000 personnes sont attendues à Paris-Le Bourget du 30 novembre au 11 décembre.

Quelles particularités possède la COP21 ?

La COP21 doit trouver un accord qui fera suite au Protocole de Kyoto à compter de  2020, avec des engagements jusqu’à 2030. Cette période recouvre de fait la dernière fenêtre de tir pour conserver une chance, même minime, de limiter le réchauffement à +2°C depuis l’époque préindustrielle. C’est la première fois que de nombreux pays du monde promettent des actions volontaires à travers, pour chacun, une “contribution prévue au niveau national” (INDC en anglais).  Cependant, pour le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), ces contributions donnent à ce jour une perspective de réchauffement de +3°C à +4°C à l’horizon 2100, avec poursuite du réchauffement après 2100. Raison pour laquelle “il sera crucial de mettre en place, dans le cadre de cet accord, un système robuste, efficace et transparent de suivi et de révision”, selon le PNUE.

Que faut-il pour limiter le réchauffement global à +2°C ?

La démonstration scientifique est implacable: pour conserver deux chances sur trois de limiter le réchauffement climatique à +2°C depuis l’époque préindustrielle, il ne faut pas émettre dans l’atmosphère plus de 1000 milliards de tonnes de CO2 après 2010, soit environ 800 milliards de tonnes après 2015. Le compteur tourne donc vite et cette quantité équivaut à 1/5 des réserves prouvées actuelles de pétrole, de gaz et de charbon. Conséquence: pour limiter le réchauffement dans la limite de +2°C, il faut laisser sous terre les 4/5 des réserves présentes d’énergies fossiles, et également donc 100% des découvertes futures. Il faut également parvenir à une économie débarrassée du carbone dans la deuxième partie du siècle, en capturant de surcroît du CO2 déjà émis. Force est de reconnaître le décalage, voire même le gouffre, entre cet impératif physique “non négociable” et les actions jusqu’alors proposées par les dirigeants du monde.

Comment la COP21 peut-elle être une réussite ?

Privées de ses marches citoyennes pour cause d’état d’urgence générant en plus l’assignation à résidence de militants écologistes, fussent-ils radicaux, la COP21 ne pourra guère montrer dans quelles mesures le peuple est aujourd’hui conscient de la menace climatique et de ses origines, même si les actions symboliques sont fortes de sens. Un risque est au contraire que cette COP montre l’image d’un camp retranché qui empêche les uns de circuler tout en permettant à ceux qui alimentent le réchauffement global de venir expliquer comment combattre l’incendie... Voir pour cela les sponsors de l’événement.

Cependant, un accord qui intègre les contributions de l'ordre de 180 - 190 pays, avec un processus de suivi et de révision, sera à n'en pas douter déjà présenté comme un succès, sinon comme un progrès, même s’il n’est pas juridiquement contraignant et même si dans les faits il est loin de la cible des +2°C. Parvenir à mobiliser chaque année 100 milliards de dollars pour le Fonds vert serait également présenté comme un succès, tout comme la perspective d’un prix mondial du carbone.

Reste qu'un vrai grand succès de cette COP21 serait l'annonce et la programmation d'une sortie des énergies fossiles, pétrole, charbon, gaz, à l'origine de la plus grande partie du réchauffement global. Question: qui ne veut pas ?

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