La réduction de la consommation de matière et d’énergie, donc des émissions de gaz à effet de serre, ne procède pas forcément de technologies “high tech” ou de calculs sophistiqués. Elle résulte d’abord de mesures simples, à la source des besoins. C’est ce que montre l’ingénieur Philippe Bihouix dans son livre “L’Age des low tech”.  Voitures, logements, eau, alimentation, publicité... La preuve en 7 exemples.

Est-il forcément nécessaire d’établir une grande loi pour faire réellement entrer en transition une société ou même pour rentrer soi-même en transition ?  Une fois que l’on s’est mis d’accord sur ce que l’on entend en fait par “transition” (pour faire court, se débrouiller avec de moins en moins d’énergies fossiles), on peut en effet par exemple penser qu’une puissante réforme fiscale appuyant l’impôt sur les émissions de carbone et non plus sur le travail humain va enclencher une dynamique vertueuse, surtout si elle entraîne avec elle une certaine relocalisation de l’activité, une moindre utilisation des matières premières, une ré-humanisation des services, une simplification et une "réparabilité" croissante des produits, une culture et une convivialité également croissante...

7 exemples permettant de faire quelques pas, sans trop de complications et sans bourse délier, voire même en faisant des économies, vers un nouveau monde fait de simplicité, d’équilibre, d’humilité...

Néanmoins, en attendant une telle loi (qui n’est pas la loi relative à “la transition énergétique pour la croissance verte”), n’est-il pas possible de faire quelques pas, sans trop de complications et sans bourse délier (voire même en faisant des économies), vers ce nouveau monde fait de simplicité, d’équilibre, d’humilité... ? La réponse est oui. Sélection non exhaustive (et qui appelle même un développement) de sept actions largement puisées dans l’ouvrage de l’ingénieur Philippe Bihouix, l’Age des Low Tech (1), que tous les représentants politiques doués d’un peu de courage peuvent décider ou stimuler.

Mieux encore, chaque personne qui voudrait vraiment agir “pour la planète” mais qui ne sait pas encore comment faire (hormis “les petits gestes de tous les jours” comme se brosser les dents sans laisser couler l’eau du robinet), peut également les traduire à son niveau, du jour au lendemain et sans attendre qu’on le lui demande. Et même si certaines économies en matière et en énergie (donc en gaz à effet de serre) pourront paraître “limitées”, elles restent si simples à réaliser que l’on se demande pourquoi elles ne sont pas déjà effectives. Liberté d’entreprendre ? Effets d’un mode de vie jugé “non négociable” ?

De la vitesse de la voiture au chauffage du logement, en passant par la consommation d'eau, les courses et la boîte aux lettres...

A l’approche de la conférence Paris-Climat 2015, censée mettre l’humanité sur le chemin d’une limitation du réchauffement à moins de +2°C de réchauffement depuis l’époque préindustrielle, voilà en tout cas de bonnes occasions de montrer véritablement  l’exemple, même si cela peut évidemment froisser de puissants lobbies.

Brider la vitesse des voitures

Si l’un des meilleurs symboles pour entrer en transition (particulièrement pour les personnes vivant en milieu urbain bien desservi par les transports en commun) est de supprimer la voiture, ou de ne plus l’utiliser quotidiennement et de la partager, force est de reconnaître que la “bagnole” reste encore à ce jour omniprésente. On sait également que la consommation de carburant augmente fortement avec la vitesse et que les limitations de vitesse sont générales, du moins en France. Pourquoi donc (avant de développer moult technologies qui obligent à toujours construire de nouveaux véhicules, fussent-ils estampillés “verts”) ne deviendrait-il pas obligatoire de brider tous les véhicules, par exemple à 110 ou 120 km/h, "voire 90 km/h" comme le suggère Philippe Bihouix? La consommation baisserait automatiquement (et plus facilement qu’avec les “pénibles évolutions des normes actuelles”), mais aussi le poids des véhicules selon l'ingénieur, d’où une réduction supplémentaire de consommation. “Facilement 20 ou 30% de carburant à gagner, presque d’un claquement de doigt”, commente-t-il. Bien sûr, tous les conducteurs volontaires peuvent sans attendre “auto limiter” leur vitesse...

Favoriser le rechapage des pneus

“La plupart des pneus de véhicules légers sont remplacés régulièrement par des neufs (après 30 000 à 40 000 km), tandis q’une technique existe pour réutiliser la carcasse des pneus et ne changer que la bande de roulement”, explique Philippe Bihouix. Cette technique, utilisée de manière systématique pour les poids-lourds mais rarement pour les véhicules particuliers, c’est le rechapage. Pour Philippe Bihouix on pourrait ainsi diviser par trois la consommation de pneus. Précision: 250 000 tonnes de pneus sont chaque année brûlés ou mis en décharge. En attendant, chacun peut bien sûr demander à son garagiste de proposer ce service.

Décourager la fabrication de bouteilles en plastique

A tout prendre, est-il préférable de recycler des bouteilles en plastique (fabriquées avec du pétrole brut) ou de ne pas les fabriquer initialement ? Quand on sait que pas loin de 100 milliards de bouteilles en plastique d’eau sont vendues chaque année dans le monde (dont plus de 10 milliards fabriquées en France, premier pays producteur), que le taux de recyclage des plastiques est de l’ordre de 20% dans l’hexagone (environ 50% pour les seules bouteilles), qu’une bouteille plastique (qui finit donc régulièrement dans les décharges ou dans la mer) met 1000 ans à se dégrader, et au final que l’eau du robinet est jusqu’à 1000 fois plus écologique que l’eau en bouteille, il n’y a guère à hésiter non ? A l’instar des sacs plastiques à usage unique (qui doivent disparaître en France à partir de 2016 avec la loi “pour la croissance verte”) et de la vaisselle jetable en plastique (2020), les interdictions commencent du reste à fleurir, en Australie, aux Etats-Unis... Sans attendre leur multiplication et leur généralisation, chacun peut très facilement stopper, ou à tout le moins grandement freiner, l’achat d’eau et de boissons en bouteille de plastique.

Standardiser et consigner les bouteilles en verre

Pour remplacer les bouteilles en plastique, rien de mieux finalement que les bouteilles en verre, à la condition évidemment que ces dernières soient consignées et réutilisées le plus localement possible. Philippe Bihouix souligne ainsi que nous pourrions, assez facilement, décider de ne plus fabriquer que quelques formats de bouteilles uniques et qui seraient utilisées pour toutes les boissons: eau, jus de fruit, vin, bière, soda, huile... “Il suffirait alors de mettre en place une consigne généralisées et des centres de nettoyage / embouteillage locaux, pour rendre la réutilisation des bouteilles très intéressantes, économiquement et écologiquement”, commente l’ingénieur. Dans l’attente, chacun peut regarder dans quelles mesures il peut à son échelle réemployer des bouteilles de verre, en profitant par exemple du développement d’initiatives comme celle de Jean Bouteille, entreprise basée dans le Nord et qui développe la vente de liquide en vrac en parallèle de la consigne.

Favoriser la vente en vrac

Que ce soit pour des liquides ou pour des aliments solides, la vente en vrac limite fortement la fabrication d’emballages, et notamment d’emballages en plastique, tout en facilitant le réemploi de contenants.  Outre les marchés, de plus en plus d’épiceries et des enseignes comme Biocoop développent ces méthodes, en particulier pour les légumes secs. Pouvant également favoriser les produits de base locaux, cette approche fait écho à celle du consommateur qui réalise ses courses en réutilisant les mêmes emballages, au moins en partie: boîtes d’œufs, pots de yaourts, sacs en papier pour les fruits et légumes, boîte en plastique pour le traiteur, etc. La vente de médicaments pourrait également être organisée de manière similaire.

Mettre un pull l’hiver

A la vitesse du renouvellement du parc immobilier (1% par an) et sans parler de la conception de certains immeubles comme les bâtiments haussmanniens à Paris, la rénovation de l’ensemble des logements pour consommer moins d’énergie prendra des dizaines d’années. “Nous pourrions gérer différemment le froid hivernal, avant toute chose en réduisant la température de chauffe des bâtiments” et, à l’inverse, en ne climatisant pas en été, propose Philippe Bihouix. Il est en effet “plus simple et plus rapide de baisser la température, en se limitant par exemple à 16 ou 18°C en fonction des lieux et des horaires” que de “gagner en dépenses de chauffage par une meilleure isolation”.  Le politique peut agir par voie réglementaire ou avec un tarif “fort progressif”. Chacun peut également agir en réglant le thermostat et en mettant si besoin un pull. “En France, 25% de l’énergie finale (40 sur 160 millions de tonnes équivalent pétrole – total hors usage non énergétique) est dépensée pour le chauffage (résidentiel et tertiaire)”, précise l’ingénieur. Or, “baisser de quelques degrés le chauffage diminue rapidement la dépense énergétique (jusqu’à 7 à 10 % pour un seul degré)”.

Mettre fin aux imprimés publicitaires

Alors que personne ne les a vraiment réclamés et que beaucoup remarqueraient à peine leur disparition, sauf en termes de déchets, les imprimés publicitaires représentent selon Philippe Bihouix “un million de tonnes” de papier non sollicité dans les boîtes aux lettres chaque année. Et combien de colorants à base de métaux rares ou de produits chimiques de synthèse ? Impossible donc d’échapper à l’idée de les interdire. Bien sûr, en mettant fin à cette “réclame”, les gains seraient “modestes”. Cependant, comme ils sont si “facile et rapides à réaliser”, “pourquoi s’en priver ?” demande Philippe Bihouix. Cela pose également la question, plus centrale, de “l’utilité sociétale des dépenses publicitaires ”, donc de leur réduction: papiers, encres, écrans plats, objets publicitaires, etc. En attendant, chacun peut se procurer un petit autocollant “stop pub”.

(1) Philippe Bihouix. L'âge des low tech. vers une civilisation techniquement soutenable. Paru aux éditions du Seuil, collection Anthropocène. 2014.

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