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PNUE: pour limiter le réchauffement à +2°C, il faut décarboner jusqu’à zéro émission nette

Prolongeant le travail des scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), un rapport du PNUE, Programme des Nations-Unies pour l’Environnement, détaille des éléments et des indications chiffrées qui pourraient guider les négociateurs préparant la Conférence sur le climat (COP21) devant avoir lieu à Paris fin 2015... s'ils veulent vraiment que l'humanité parvienne à un accord mondial apte à limiter à +2°C le réchauffement global.

Dans le sillon de la publication du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un rapport du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement publié fin 2014 (Rapport PNUE sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction d'émissions) évalue l’effort à faire par la communauté internationale si elle veut avoir des chances de limiter le réchauffement global à +2°C de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels.

Pic des émissions dans les 10 ans, au moins - 50% d'émissions de gaz à effet de serre en 2050, neutralité carbone entre 2055 et 2070, zéro émission de GES entre 2080 et 2100

Engageant toutes les générations à venir dans ce siècle, cet effort part d’un objectif global qu’il s’agit donc ensuite de partager. Voici cet effort:

- Ne pas émettre entre 2012 et 2100 plus de 990 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Cette quantité correspond à environ 270 milliards de tonnes équivalent carbone. Précision: nous émettons actuellement environ 10 milliards de tonnes équivalent carbone de CO2 par an.

Pour ne pas dépasser ce budget carbone, le PNUE préconise de:

- Viser un pic des émissions au cours des dix prochaines années.

- Réduire de moitié des émissions totales de gaz à effet de serre (CO2 , méthane, protoxyde d’azote, halocarbures) d'ici 2050. “Depuis 1990, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de plus de 45 %. Pour espérer rester en dessous du seuil des 2 °C, ces émissions doivent diminuer d'environ 15 % d'ici à 2030 par rapport au niveau de 2010 et d'au moins 50 % d'ici à 2050 pour atteindre l'objectif de zéro émission nette de GES”, souligne le PNUE.

- Viser la neutralité carbone puis zéro émission de gaz à effet de serre dans la 2e partie du siècle. “L'objectif de neutralité carbone devra être atteint entre 2055 et 2070, ce qui signifie que les émissions annuelles anthropogéniques nettes de CO2 devront être complètement éliminées d'ici là. Zéro émission nette signifie que les émissions de CO2 restantes doivent être compensées en retirant un même volume de CO2 de l'atmosphère (émissions « négatives »), afin que le rejet net d'émissions dues aux activités humaines soit égal à zéro”, indique le PNUE.

Une ambition qui ne pourra pas aboutir sans volonté de laisser des énergies fossiles dans le sous-sol et / ou sans utilisation des technologies de captage et de stockage du CO2

“Si l'on prend en compte les gaz à effet de serre autres que le CO2 (méthane, protoxyde d'azote et hydrofluorocarbures), le total des émissions mondiales de gaz à effet de serre doit atteindre une valeur nette de zéro entre 2080 et 2100”, ajoute-t-il.

Cette “neutralité climatique” (réduire les émissions à zéro) est nécessaire “pour que le cumul des émissions restantes puisse être complètement absorbé par les ressources naturelles de la planète comme les forêts et les sols”, explique Achim Steiner, sous-secrétaire général des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE.

Précisons que cette ambition zéro émission ne pourra pas aboutir sans décarboner toutes les activités humaines et sans volonté de laisser des énergies fossiles dans le sous-sol et / ou sans utilisation des technologies de captage et de stockage du CO2, c’est–à-dire sans ingénierie climatique. En effet, force est de constater que les négociateurs climat ont trop échoué depuis des décennies -notamment depuis le Sommet de Rio en 1992- pour qu’il en soit autrement : tout gaz à effet de serre compris, nous atteignons actuellement une concentration atmosphérique de l'ordre de 480 ppm équivalent CO2 selon l'agence américaine NOAA. Pour espérer limiter le réchauffement global en dessous de +2°C, le GIEC nous dit qu'il faut viser 450 ppm équivalent CO2 à l'horizon 2100.  Nous sommes donc déjà en limite supérieure de cet objectif.

Les négociateurs s’exonéreront-ils, au risque d'échouer dramatiquement lors de la conférence climat de Paris (COP21) l’an prochain, d’intégrer ces données comme guides de leurs discussion, même si cela n'a pas été fait lors de la dernière conférence à Lima?

Repousser les efforts à après 2020, c'est augmenter les coûts des efforts, et faire fondre les chances de réussir

En tout cas, « la négociation d'un accord mondial sur le climat ne doit pas être gouvernée par les émotions et les caprices politiques. Un tel accord doit être guidé par la science et les faits. Ce rapport est une analyse technique extrêmement lucide des émissions mondiales, qui évalue les engagements des pays et leurs actions à l'aune des données scientifiques disponibles », selon Andrew Steer, PDG du World Resources Institute.

« En cas de statu quo, c'est-à-dire en l'absence de progrès significatifs en matière d'élaboration et de mise en oeuvre de politiques climatiques mondiales, les émissions de gaz à effet de serre pourraient atteindre 87 GT éq-CO2 en 2050, un chiffre bien au-delà du seuil de sécurité », avertit Achim Steiner.

Enfin, le report de l'intensification des efforts jusqu'à 2020 s’il permettrait de réaliser des économies à court terme sur le coût des mesures d'atténuation, entraînerait toujours selon le PNUE des coûts bien plus élevés à plus long terme avec notamment:

- Des taux plus élevés de réduction des émissions mondiales à moyen terme.

- Une dépendance accrue vis-à-vis des infrastructures à forte intensité de carbone.

- Une obligation à moyen terme d'utiliser toutes les technologies d'atténuation disponibles.

- Des mesures d'atténuation plus coûteuses à court et moyen terme, et une plus grande probabilité de troubles économiques.

- L'obligation d'obtenir des émissions nettes négatives.

- La probabilité plus élevée de dépasser le seuil des 2 °C, avec comme corollaire une augmentation substantielle des coûts et des difficultés liés à l'adaptation.

Or, l’accord mondial espéré à Paris est censé établir un accord pour la période postérieure à 2020, la période 2015-2020 étant à ce jour “gérée” par le famélique accord de “Kyoto II”.

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