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DCNS: 25 centrales à énergie thermique des mers (ETM) d’ici 2030

Fournissant une énergie renouvelable continue, avec d'éventuels "coproduits" supplémentaires (eau douce, air conditionné, irrigation, aquaculture), l’énergie thermique des mers (ETM) s’affirme comme un excellent moyen de "décarboner" l’énergie, en premier lieu pour les îles et sites isolés des océans tropicaux. Fer de lance de cette filière industrielle naissante, DCNS -l'ancienne Direction des chantiers navals- a été lauréat d'un appel à manifestation d'intérêt de l'ADEME pour son projet ETM baptisé Marlin.

Technologie possédant une histoire ancienne et utilisant la différence de température entre les eaux chaudes de surface (25°C minimum) et les eaux froides des profondeurs (4-5°C) pour produire de l'électricité, l’énergie thermique des mers (ETM) semble désormais avoir le vent en poupe pour répondre à terme aux questions d’indépendance énergétique des îles françaises de la zone intertropicale: après les aides européennes décrochées par le projet de centrale NEMO en Martinique (New Energy for Martinique and Overseas), c’est le projet ETM Marlin qui a reçu le soutien de la France, par le biais d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), dans le cadre du Programme des investissements d’avenir (PIA).

Mettre au point une conduite performante d'un kilomètre de long pour aspirer les eaux profondes

Coordonné par le groupe naval DCNS (anciennement Direction des constructions navales), qui se place en fer de lance industriel pour les énergies marines (mais avec des concurrents comme le géant américain Lockheed Martin), le projet Marlin doit permettre selon l’ADEME, de “développer une solution innovante dans la conception et le choix des matériaux à la fois pour la conduite d'aspiration d'eau profonde et les échangeurs thermiques, tout en prenant en compte l'environnement climatique”.

Autrement dit, Marlin a pour objectif d’optimiser les installations d’ETM de manière à assurer à cette énergie un développement “d’envergure mondiale” dans toute la bande intertropicale, et notamment dans les zones insulaires “dont les référentiels techniques et économiques en matière d'énergie sont très différents des grandes zones continentales interconnectées”.

Concrètement, le défi est double: développer d’un côté le meilleur tuyau possible d’un kilomètre de long pour environ 5 mètres de large (solidité, souplesse...) pour aspirer l’eau froide et améliorer de l’autre les performances des échangeurs thermiques, avec l’objectif de produire un maximum d’énergie à partir d'une différence de température qui reste relativement faible (20°C).

DCNS est aujourd'hui "en mesure de proposer deux solutions d’énergie thermique des mers clés-en-main"

Selon l’ADEME, “les technologies développées par le projet seront appliquées sur les futures centrales ETM à terre ou en mer”, sachant que l’on envisage le “développement d’une filière industrielle française qui permettra la fabrication en série de centrales d’une capacité installée de 25 à 30 MW” et que le groupe DCNS par exemple a “pour objectif d’installer d'ici 2030 environ 25 centrales pour 10 zones prioritaires identifiées, soit une puissance comprise entre 450 et 650 MW”.

Ayant présenté ses ambitions en matière d’énergie marine en juin, lors de la Conférence internationale climat-énergie organisée à La Réunion, DCNS affirme être aujourd’hui “en mesure de proposer deux solutions d’énergie thermique des mers clés-en-main: une solution flottante offshore de grande puissance et une solution à terre permettant de répondre aux besoins en électricité des petits réseaux ou infrastructures tels que les hôtels.”

Cette solution de centrale à terre “peut être associée à une installation SWAC (Sea water air conditionning) de climatisation renouvelable par eau de mer froide”, ajoute DCNS. C’est cette technologie qui va être utilisée par le Syndicat intercommunal d'exploitation des eaux océaniques (Sideo) de l’Ile de La Réunion pour la réalisation d’un réseau de climatisation à l’eau de mer dans le secteur de Saint-Denis-de-la-Réunion. Une centrale ETM possède également la particularité de produire de l’eau douce (dessalée par vaporisation) pouvant par exemple être utilisée pour l’irrigation. Quant à la centrale ETM offshore, elle a en plus comme effet associé d’entraîner un phénomène artificiel d’upwelling, c’est-à-dire de remontée d’eau froide riche en nutriments et pouvant donc favoriser la faune présente aux abords des centrales, avec  pourquoi pas des débouchés pour l’aquaculture.

Sur sa durée de vie, une centrale ETM de 10MW permet en moyenne d'économiser près de 2 millions de tonnes de CO2 par rapport à une centrale à combustible fossile (gaz, fuel, charbon)

Enfin, qu’elle se trouve à terre ou en mer, une centrale ETM a l’avantage d’être une source d’énergie renouvelable continue et se pose comme une réelle alternative aux centrales thermiques à combustibles fossiles pour les sites isolés tropicaux. En effet les centrales à gaz, au charbon ou encore au fuel restent à ce jour massivement utilisés sur les sites comme les îles (non connectées aux réseaux continentaux). “Une centrale d’énergie thermique des mers de 10MW permet d'économiser en moyenne 1.97 millions de tonnes de CO2 sur sa durée de vie par rapport à une centrale thermique fonctionnant aux énergies fossiles (gaz, fuel, charbon)”, calcule même l’ADEME.

Fruit d'une collaboration entre différents partenaires français -DCNS, mais aussi l'Ifremer, France Energies Marines, les régions Pays de Loire, Réunion et Martinique, l'Université de la Réunion- le projet Marlin a débuté fin 2013 et doit se poursuivre pendant 4 à 5 ans pour un montant total de 17 millions d’euros dont 7 millions d’aides via le Programme des investissements d’avenir. Ce développement de l’ETM est en outre associé à “la création d’emplois directs et indirects pour la construction et l’exploitation des centrales,” et à “la mise en place de nouveaux parcours de formation qualifiants”.

Evoquée par Jules Verne dans “20 000 lieues sous les mers”, l’ETM a été formalisée par Jacques d’Arsonval au 19e et mise au point par Georges Claude, à l’origine d’Air liquide. Le développement des recherches, qui a donné lieu à un projet de centrale à Tahiti à la suite de la situation pétrolière des années 1970, n’a pourtant pas résisté au pétrole “pas cher” et a carrément été stoppé dans les années 1980. L’ETM a repris de l’importance à partir de 2007-2008, avec notamment le groupe DCNS.

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