D’ici quelques années, 35 000 foyers martiniquais doivent être fournis en électricité grâce à l’Energie thermique des mers: ce sera la concrétisation du projet NEMO (New Energy for Martinique and Overseas) de DCNS et d’Akuo Energy, ayant décroché 72 millions d’euros d'aides européennes. Cela préfigure le développement d’une nouvelle filière industrielle profitable à l’Outre-Mer français et à toute la zone océanique intertropicale.

Un projet de centrale d’énergie thermique des mers vient d’être sélectionné par le fonds européen “NER 300”: il s’agit du projet NEMO de DCNS (ex-Direction des chantiers navals) et Akuo Energy. A ce titre, NEMO va recevoir 72 millions d’euros de subventions européennes. Pour Eric Scotto, président d’Akuo Energy, producteur indépendant d’électricité générée exclusivement à partir d’énergies renouvelables, cette décision “vient conforter le développement de notre groupe dans les régions insulaires et tropicales, sur la technologie des énergies marines renouvelables la plus adaptée à leurs contextes  de développement”.

L'ETM, une énergie validée depuis plus de 80 ans mais qui n'a pas résisté aux énergies fossiles

Consistant à exploiter, dans la zone océanique intertropicale, le différentiel de température entre les eaux de surface largement supérieures à 20°C et les eaux profondes d’environ 4°C, pour alimenter une centrale thermique (à terre ou en mer), l’ETM (ou OTEC en anglais, Ocean thermal energy conversion) pourrait être largement exploitée dans les territoires d’Outre-Mer. De telles centrales offrent en effet la possibilité de produire de la chaleur ou de l’électricité, mais aussi de l’eau douce, de l’eau fraîche pour la climatisation, ainsi que des eaux riches en nutriments pour l’aquaculture... Et sans parler de la fabrication de produits de synthèse: hydrogène, méthanol, ammoniac.

Validée il y a plus de 80 ans par un Français, Georges Claude, l’ETM fait partie des énergies qui, comme le solaire, n’ont pas résisté aux énergies fossiles dans les années 1980, par manque de volonté. Suite aux crises pétrolières des années 70, la France avait en effet investi dans un projet pilote d’ETM en Polynésie. Le projet a été abandonné en 1986, une fois que le prix du pétrole eut rebaissé. Depuis, les Etats-Unis et le Japon ont eux développé des concepts de petites usines multiproduits: production d’énergie, réfrigération, désalinisation de l’eau de mer, élevage...

Une centrale offshore de 16 MW grosse comme un paquebot et ancrée par 1 000 mètres de fond

Baptisé NEMO comme «New Energy for Martinique and Overseas», le projet de DCNS et Akuo Energy vise la “mise en place d’une centrale pilote Energie Thermique des Mers pouvant alimenter 35 000 foyers” de l’ile de la Martinique. Installée à 7 kilomètres au large de Bellefontaine, cette centrale ETM offshore de 16 MW, grosse comme un paquebot et ancrée par 1 000 mètres de fond, doit être opérationnelle d’ici 4 ans. Elle produira de l’électricité de manière continue à la différence d'autres énergies renouvelables, et doit contribuer à la création d’emplois locaux.

« La sélection par l’Europe de ce projet préfigure le développement d’une filière industrielle de l’ETM dont DCNS sera l’un des principaux moteurs. Cette technologie pourra à terme bénéficier à l’ensemble des régions tropicales maritimes non connectées aux réseaux continentaux et aider ainsi les sites isolés à atteindre leur autonomie énergétique », assure Frédéric Le Lidec, directeur de la ligne de produits énergies marines chez DCNS.

La localisation de la Martinique sur la ceinture tropicale en fait “l’une des zones les plus prometteuses au monde pour l’exploitation de cette énergie renouvelable non intermittente et le développement de cette technologie très respectueuse de l’environnement”, estiment les responsables.

Fonds européen "Ner 3000": une enveloppe de financement de plus de 2 milliards d’euros

DCNS mène des travaux depuis 2008 sur cette technologie. “Après les études de recherche et développement et les études de faisabilité réalisées au profit de La Réunion, Tahiti et La Martinique, DCNS a mis en œuvre en 2011 un prototype à terre. Ce système, développé conjointement avec la Région Réunion et l'université de la Réunion, est aujourd’hui installé sur le site de l’université de Saint-Pierre. Ce prototype a permis aux équipes de travailler sur le système principal de production électrique et de valider la technologie des échangeurs. De ce démonstrateur à la Réunion au projet de centrale pilote en format industriel à la Martinique, l’Outre-Mer se place ainsi au cœur de la stratégie de développement commercial de la technologie”, confirment-ils.

Le fonds européens “NER 300” (New Entrant Reserve 300) qui attribue sa subvention de 72 millions d'euros au projet NEMO, est un outil de financement de projets démonstrateurs dans les domaines des énergies renouvelables et du captage et stockage du CO2. Il a été créé en 2008 sous présidence française dans le cadre du 3e paquet Energie-Climat et dispose d’une enveloppe de financement de plus de 2 milliards d’euros.

La sélection de NEMO a été effectuée dans le cadre d’appels à projets. La France avait soumis en juillet 2013 quatre projets portant sur les hydroliennes (« NormandieHydro », EDF EN et « Tritons », GDF SUEZ) ainsi que sur l’énergie thermique des mer avec “NEMO” et la géothermie profonde avec le projet GEOSTRAS de Fonroche. NEMO (pour 72 millions d’euros) et GEOSTRAS (pour 17 millions d’euros) ont été retenus, mais pas les hydroliennes. Deux autres projets français avaient été précédemment sélectionnés en 2012 dans les domaines des éoliennes flottantes (“VertiMED”, EDF EN) et des biocarburants de 2e génération (UPM STracel BtL), avec des subventions respectives de 34 et de 169 millions d’euros.

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