Des climats qui ont déjà commencé à changer et qui vont continuer à le faire quoi que l'on fasse, mais une situation qui, en dépassant un réchauffement global de +1,5°C ou de +2°C, s'aggravera jusqu'à devenir dramatique pour les êtres humains... Petit tour d’horizon de ce que que démontrent les scientifiques qui travaillent sur la problématique climatique, aux politiques, décideurs économiques, médias... Pour ceux qui ne savent (toujours) pas, pour ceux qui n’y croient pas (encore), pour ceux qui s’en foutent (pour le moment). Pour tous.

Début décembre à Paris aura lieu la COP21, entendez la 21ème Conférence des Parties (pays signataires) de la CCNUCC ou Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques. Les négociateurs y ont l’ambition de décrocher un accord universel de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais bien peu osent en fait encore espérer ou faire croire d’espérer que l’application de cet accord permettra vraiment de limiter le réchauffement global de la planète à +2°C et a fortiori à +1,5°C, alors que notre civilisation y joue sa tête.

Les Français mal informés par les médias sur le réchauffement global

En se satisfaisant de ce que propose la Chine, les Etats-Unis et même l’Europe, c’est un peu comme si on se dirigeait tranquillement vers un accord a minima en attendant mieux la prochaine fois, juste pour pouvoir dire: “on a réussi, on a obtenu un accord”... C’est un peu comme si l’important c’était surtout de réussir l’organisation de cette grand-messe devant attirer en France des dizaines de milliers de personnes avant même d’expliquer à chacun ce qu’il faudrait vraiment faire pour nous sortir de l’ornière énergétique et climatique dans laquelle nous sommes.

Dans le même temps, un baromètre de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) souligne que les Français, dont le gouvernement se veut pourtant à la pointe dans la lutte face au “dérèglement climatique”, sont dans la grande majorité bien mal informés par les médias sur le réchauffement global de la Terre, et à tel point que 85% d’entre eux ignoreraient même la cause réelle de l’effet de serre... Le réveil risque d'être difficile.

Pourtant, à travers notamment le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les scientifiques travaillant sur la question démontrent de manière assez claire la problématique climatique et son indiscutable gravité pour l’avenir, aux politiques, décideurs économiques, médias... Tour d’horizon de ce qu’ils expliquent en moins de quinze questions.

Le climat, comment ça change ?

Les climats de la Terre évoluent naturellement avec la position de la planète par rapport au soleil, avec l’intensité du soleil ou encore avec les variations de la composition de l’atmosphère. Ce qui inquiète aujourd’hui, c’est la rapidité du changement climatique actuel, clairement dû aux activités humaines. Depuis les années 1950, les changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’atmosphère comme l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, la température moyenne à la surface du globe a augmenté d’environ 0,85°C depuis la fin du XIXème siècle, le niveau des mers s’est élevé d’environ 19 cm... Chacune des trois dernières décennies a été successivement plus chaude que toutes les décennies précédentes depuis 1850.

Dans le Grand Nord, ça fond vite ?

Au cours des deux dernières décennies, la masse des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique a diminué. Selon les scientifiques, la perte de glace moyenne de la calotte du Groenland serait passée de 34 gigatonnes (milliards de tonnes) par an au cours de la période 1992–2001 à 215 gigatonnes par an entre 2002 et 2011. Pendant le même temps, les glaciers de presque toutes les régions du globe ont continué à se réduire, et l’étendue de la banquise arctique et celle du manteau neigeux de l’hémisphère Nord au printemps ont continué à diminuer. Les températures du pergélisol (sol restant toujours gelé aux hautes latitudes), elles, augmentent. Le réchauffement observé a atteint 3 °C dans certaines régions du nord de l’Alaska entre le début des années 1980 et le milieu des années 2000 ! De manière plus générale, le réchauffement global est environ deux fois plus important à la surface des terres qu’à la surface des océans, et bien plus encore dans le Grand Nord.

C’est sûr que c’est vraiment de la faute de l’homme ?

L’influence de l’homme sur le climat est clairement établie grâce aux données scientifiques concernant l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, le réchauffement observé sur le cycle de l’eau, le recul des neiges et des glaces, l’élévation du niveau moyen des mers, etc. Pour étudier le réchauffement global et les effets qu’il peut avoir, les scientifiques utilisent des modèles mathématiques qui, avec les ordinateurs, peuvent effectuer des calculs très complexes. Ils doivent à la fois décrire la température, les nuages, la pollution, les banquises et calottes glaciaires, l’océan, les précipitations, les moussons, le phénomène El Nino et tout ce que l’on sait du fonctionnement de la Terre. Les progrès de l’ensemble de cette connaissance sont permanents.

Les gaz à effet de serre, c’est très fortement lié au pétrole, au charbon et au gaz ?

Les scientifiques ont prouvé que les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote augmentent fortement et rapidement. Elles atteignent des niveaux sans précédent depuis au moins 800 000 ans. La concentration du CO2 a augmenté de 40 % depuis l’époque préindustrielle. Cela s’explique en premier lieu et principalement par l’utilisation de combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) et en second lieu par les changements d’utilisation des sols. Les émissions annuelles de CO2 dues à l’utilisation de combustibles fossiles et à la production de ciment sont actuellement équivalentes à environ 10 milliards de tonnes de carbone, c’est-à-dire 37 milliards de tonnes de CO2 pour des émissions totales de gaz à effet de serre de l’ordre de 50 milliards de tonnes d’équivalent CO2. A ce jour, l’océan a absorbé environ 30 % des émissions de dioxyde de carbone dues aux activités humaines. Cela entraîne une acidification de ses eaux menaçant coraux, coquillages...

Et actuellement, quelle est la tendance de nos émissions de CO2 ?

Alors que le pic mondial de pétrole conventionnel a été franchi vers 2005, la consommation de charbon -devant rattraper celle de pétrole avant 2020- a augmenté de plus de 60 % dans la première décennie du XXIème siècle. Cela représente une progression de l’ordre de 1350 millions de tonnes équivalent pétrole, soit 10 fois plus que l’augmentation de la consommation d’énergie liée aux énergies renouvelables. En termes d’émissions de CO2, le charbon a dépassé le pétrole en 2005 et représente maintenant environ la moitié des émissions totales dues aux combustibles fossiles. Entre 1992, date du Sommet de Rio (ayant enclenché l’organisation de conférences internationales pour la lutte contre les changements climatiques), et 2010 -donc en moins de 20 ans- les émissions mondiales de CO2 dues à la combustion des énergies fossiles et à la fabrication du ciment, ont augmenté de près de 50 %. 

Des gaz à effet de serre naturels et “artificiels” ?

En plus des gaz à effet de serre que l’on trouve naturellement dans l’environnement et dont les émissions augmentent, principalement du fait de l’utilisation de combustibles fossiles et de la déforestation (dioxyde de carbone ou CO2, méthane ou CH4, protoxyde d’azote ou N2O), l’homme en a fabriqué d’autres, complétement artificiels. On les trouve en petites quantités mais ils sont souvent très puissants et agissent très longtemps: HFC (hydrofluorocarbures), CFC (chlorofluorocarbures), HCFC (hydrochlorofluorocarbures), PFC (perfluorocarbures)... Certains de ces hydrocarbures halogénés, comme les CFC, sont également responsables du “trou” de la “couche d’ozone”. Ironie du sort: la destruction de cette concentration d’ozone dans la stratosphère a au contraire plutôt tendance à freiner le réchauffement global. Même constat pour la pollution: aérosols, oxydes d’azote...

Que se passera-t-il même si on cesse dès maintenant nos émissions ?

Appelés à persister même si les émissions de CO2 cessent, les changements consécutifs au réchauffement ne seront pas uniformes au cours du XXIème siècle. Sauf exceptions régionales, le contraste des précipitations entre régions humides et régions sèches ainsi qu’entre saisons humides et saisons sèches augmentera. Dans l’océan, de la chaleur sera absorbée à la surface et pénètrera profondément, perturbant la circulation océanique. La banquise arctique, le manteau neigeux printanier de l’hémisphère Nord, ainsi que les glaciers continueront très probablement à perdre du terrain. Le niveau moyen des mers continuera à augmenter tandis que l’acidification des océans s’aggravera. Les processus liés au cycle du carbone seront affectés d’une manière qui amplifiera l’accroissement du CO2 atmosphérique.

Et si on continue comme on le fait aujourd’hui ?

De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront des changements affectant toutes les composantes du système climatique. A partir d’une certaine limite, l’augmentation de la température à la surface du globe deviendra, avec les années, forcément supérieure à 1,5 °C et même à 2°C par rapport à la période 1850 -1900, et le réchauffement se poursuivra après 2100, engageant un chaos climatique. C’est dû à la puissante inertie du phénomène. Les gaz à effet de serre déjà émis depuis le début de l’époque industrielle, et surtout depuis la deuxième partie du XXème siècle, rendent déjà à eux seuls quasiment certain que, dans la plupart des régions continentales, les extrêmes chauds seront plus nombreux tandis que les vagues de chaleur seront plus fréquentes et plus longues, même si des extrêmes froids pourront encore se produire.

Mais ça ressemble à quoi un monde plus chaud de 2°C ?

Avec un réchauffement global de 2°C par rapport à la moyenne 1986-2005, donc de plus de 2°C par rapport à l’époque préindustrielle, c’est-à-dire avant les XVIIIème - XIXème siècle, les scientifiques envisagent la disparition de glaces de mer de l’Arctique, de coraux, d’îles... Ils prévoient également des risques très élevés de vagues de chaleur, de pluies diluviennes et d’inondations, et envisagent une multiplication des impacts négatifs sur la biodiversité ainsi que sur les productions de blé, de riz et de maïs, dans les régions tropicales et tempérées. Au-delà, ils craignent en plus des désordres à grande échelle avec notamment la fonte croissante de la calotte groenlandaise qui pourrait provoquer à terme une élévation du niveau moyen des mers de l’ordre de 7 m si elle disparaît.

Et pour les êtres humains, quels risques vont s’aggraver ?

Plus le réchauffement global sera important plus les risques suivants s’aggraveront: baisse de la qualité de l’eau potable, pénuries d’eau touchant une proportion croissante de la population, exacerbation des conflits d’usage liés à l’eau (notamment dans les régions déjà sèches), augmentation des précipitations extrêmes, inondations et glissements de terrain, augmentation des sécheresses et canicules, augmentation de l’extinction des espèces, submersions marines, érosion des côtes, acidification des océans, appauvrissement des mers tropicales, augmentation de la variabilité des récoltes, des prix des aliments et de l’insécurité alimentaire, accroissement des risques de guerre civile, émissions de carbone jusqu’alors stocké dans la biosphère (tourbières, pergélisols, forêts) et accélérant le processus de réchaufement global, etc.

Sur chaque continent, quels sont les risques clés pour les êtres humains ?

Certains risques clés de premier ordre ont été identifiés par les scientifiques pour l’avenir de chaque continent. Ils concernent notamment l’eau, les récoltes et la santé en Afrique, les inondations, les restrictions d’eau et les épisodes de chaleur extrêmes en Europe, les inondations, la chaleur et la malnutrition en Asie, les systèmes coraliens, les inondations et la hausse du niveau des mers en Océanie, l’assèchement, la chaleur et les inondations en Amérique du Nord, la disponibilité en eau, les inondations, la production alimentaire et les maladies vectorielles en Amérique du Sud, la survie des écosystèmes, la santé, la sécurité alimentaire et les systèmes sociaux en région polaire, les ressources, les infrastructures, la stabilité économique et la submersion dans les petites îles.

C’est quoi l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation du réchauffement global ?

La lutte contre le réchauffement global et ses effets consiste d’un côté à s’adapter aux changements climatiques auxquels nous n’échapperons pas et, de l’autre, à atténuer les risques supplémentaires pour l’avenir. L’adaptation implique de prendre des mesures et de réaliser des aménagements pour que les populations soient moins exposées et moins vulnérables en ce qui concerne notamment leur habitat, leur alimentation, leur santé ou encore leur survie en cas de catastrophe naturelle. L’atténuation impose, si l’on veut avoir des chances de rester dans une limite d’un réchauffement de +2°c par rapport à l’époque préindustrielle, de réduire dès maintenant, de manière volontaire, forte et soutenue, les émissions de gaz à effet de serre, jusqu’à ne plus rien émettre avant la fin du siècle.

Qu’est ce qui sera déterminant pour notre avenir climatique?

Le réchauffement global futur sera déterminé dans une large mesure par le cumul des émissions à venir de CO2 dues au activités humaines. Ces émissions concernent, pour environ 90% (données 2014), la combustion du pétrole, du charbon et du gaz, et pour 10% la déforestation. A compter de 2011, ce cumul ne doit pas être supérieure à 1000 milliards de tonnes de CO2 pour ne pas dépasser un réchauffement global de + 2°C par rapport à l’époque pré-industrielle, et à environ 550 milliards de tonnes pour limiter le réchauffement global à environ +1,5°C. Par comparaison, les émissions de CO2 dues à l’homme ont été de l’ordre de 40 milliards de tonnes de CO2 pour la seule année 2014. Et les réserves d’énergie fossile sont équivalentes à des émissions allant de 3670 à 7100 milliards de tonnes de CO2...

Que font les Nations-Unies et les gouvernements ?

Au niveau des Nations-Unies, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 dans le but de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances sur les changements climatiques. Le GIEC a publié son 5ème rapport en 2013 – 2014. En 1992, à l’occasion du Sommet de la Terre de Rio-de-Janeiro, au Brésil, la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) a été lancée en vue d’éviter une perturbation dangereuse du système climatique. A la date de 2015, 195 pays ou “parties” l’ont adoptée. Depuis 1995, la Conférence des parties (COP) se réunit tous les ans. Dates marquantes: 1997 avec le Protocole de Kyoto (COP3) entré en vigueur en 2005, 2009 avec la COP15 de Copenhague et 2015 avec la COP21 de Paris-Le Bourget.

Sources: 5ème rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), notamment la synthèse et les “résumés pour décideurs”, avec également quelques données issues des travaux de l’Agence internationale de l’énergie, de Global Carbon Project, et de The Shift Project.

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