Les Français seraient-ils pour la grande majorité mal informés sur la question climatique ? La réponse est clairement oui selon les résultats du baromètre annuel de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) sur “les représentations sociales de l’effet de serre et du réchauffement climatique”. Peu médiatisée, cette étude révèle que 44% des personnes sont convaincues du changement climatique anthropique tandis que 14% sont sceptiques et que 44% hésitent.

La “couche d’ozone” est identifiée par environ 1/5 des personnes comme cause de l’effet de serre... Etonnant, non ? Même si c’est évidemment faux, c’est l’une des données récurrentes de l’enquête annuelle effectuée pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) par le spécialiste Daniel Boy, directeur de recherche au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po: “Les représentations sociales de l’effet de serre et du réchauffement climatique”.

Initié en 2000 et soulignant dans sa version 2014 que l’effet de serre (et/ou le réchauffement climatique) est pour 24% des personnes interrogés l’un des deux problèmes d’environnement les plus préoccupants, ce baromètre démontre une profonde méconnaissance des causes de l’effet de serre, et par conséquent du réchauffement global lui-même ainsi que de l’importance des désordres qu’il est en mesure de provoquer dans un système aussi dynamique que la machine terrestre.

"Les personnes dotées de faibles niveaux d’études interprètent plus souvent l’effet de serre en termes de “pollution” ou de “réchauffement”, alors que les personnes ayant poursuivi des études supérieures mentionnent plus souvent la présence de gaz ou de CO2”

En 2014, à la question “En quoi consiste, selon vous, l’effet de serre ?”, 22% des personnes interrogées mentionnent ainsi “une augmentation de la chaleur terrestre sans en fournir explicitement aucune cause”. 20% citent ensuite la couche d’ozone, “avec généralement un argument indiquant que la dégradation de la couche d’ozone permet au soleil de rayonner davantage en direction de la terre, et par là même, de produire un réchauffement”, précise l’étude.

18 % incriminent pour leur part “les phénomènes de pollution de l’air sans mentionner pour autant la présence de gaz ou de CO2. Cette compréhension semble souvent s’appuyer sur le sentiment que la fumée (des voitures, des usines) est à l’origine de l’effet de serre, peut-être parce qu’elle implique une combustion, donc une élévation de température”, complète Daniel Boy, qui a notamment présenté son baromètre à l’occasion d’un atelier de travail du think tank de la transition carbone, The Shift Project, en avril.

Et puis, en 4ème position seulement, on trouve 15% des personnes interrogées qui évoquent les gaz et/ou le CO2, avec ou non “une description du processus par lequel des gaz à effet de serre empêchent la réfraction de la chaleur”. Si l’on ajoute le “manque d’air” (1%), toutes les autres réponses fausses (11%) ainsi que les individus qui se refusent à donner une réponse, on atteint l’impressionnante proportion de 85% des personnes qui ignorent la cause réelle de l’effet de serre... “Il  est  frappant  de  constater  qu'au  total,  si  on  met  à  part  la  diminution  des  "sans  réponse",    les représentations  sociales  du  phénomène  "effet  de  serre"  n'ont  guère  varié  dans  cette période de près de quinze ans”, commente Daniel Boy.

28% pensent même que le réchauffement est un phénomène naturel qui a toujours existé alors que 72% affirment qu’il est causé par les activités humaines

Selon lui, les réponses sont pour partie liées au niveau d’études des personnes: "les personnes dotées de faibles niveaux d’études, outre qu’elles fournissent moins fréquemment une réponse à cette question, interprètent plus souvent l’effet de serre en termes de “pollution” ou de “réchauffement”, alors que les personnes ayant poursuivi des études supérieures, et surtout scientifiques, mentionnent plus souvent la présence de gaz ou de CO2”. Force est également de reconnaître que ces résultats posent cruellement la question de la qualité de l’information et du rôle des médias.

Les réponses sont "meilleures" en ce qui concerne les conséquences d’un effet de serre trop important:les personnes interrogées dans le baromètre 2014 estiment pour moitié (52%) que “les désordres du climat (tels que les tempêtes ou les inondations en France) sont causés par l’effet de serre”, tandis que 20% pensent qu’il s’agit de phénomènes naturels comme il y a toujours eu, et que 28% estiment que personne, aujourd’hui, ne peut dire avec certitude les vraies raisons du désordre du climat.” 55% affirment en parallèle que si le réchauffement se poursuit “les conditions de vie deviendront extrêmement pénibles à causes des dérèglements climatiques” tandis que 43% croient qu’on s’y adaptera “sans trop de mal”, 2% évoquant même “des effets positifs pour l’agriculture et les loisirs”.

L’étude de l’ADEME montre en plus qu’un petit tiers (31% en 2014) des personnes interrogés supposent que les scientifiques qui étudient les évolutions du climat "exagèrent" tandis qu’un gros tiers (37%) croient que ces scientifiques ne sont "pas tous d’accord" sur le fait que le réchauffement actuel soit dû à l’augmentation de l’effet de serre. 28% pensent même que le réchauffement est un "phénomène naturel qui a toujours existé" alors que 72% affirment quand même qu’il est "causé par les activités humaines".

Ce qui fait le plus penser au réchauffement climatique est en premier lieu “la disparition ou le désordre de saisons” (36%), devant la fonte des glaces et la montée du niveau des mers (19%) ainsi que les catastrophes climatiques (9%)

Par ailleurs, 44% des personnes interrogées jugent qu’on parle suffisamment du réchauffement et 15% pensent qu’on enparle trop contre 41% qui indiquent qu’on n’aborde pas assez cette question. “Les réponses sont très fortement liées à l’âge des personnes”, établit l’enquête. Exemple: 88% des 15-17 ans estiment qu’il y a accord entre les scientifiques contre 57% des plus de 65 ans. La proportion est sensiblement du même ordre en ce qui concerne la justesse des évaluations des scientifiques. Les plus jeunes sont également “plus enclins que leurs aînés à mettre en cause un effet anthropique”, précise l’auteur (près des deux tiers contre un peu plus de 40 %).

Autre enseignement: pour les personnes interrogées, ce qui fait le plus penser à l’effet de serre et/ou au réchauffement climatique est en premier lieu “la disparition ou le désordre des saisons” (36%), devant la fonte des glaces et la montée du niveau des mers (19%) ainsi que les catastrophes climatiques (9%). 7% des réponses expriment quant à elles à cette occasion un doute sur la réalité de l’effet de serre.

Si 46% ne doutent en rien de la réalité du réchauffement climatique et 17 % ne se prononcent pas, cette réalité pourrait selon d’autres être mise en doute par le fait de phénomènes cycliques de la nature (13%), par l’absence de preuve (9%), par le désaccord scientifique (4%), par la manipulation des médias (2%), par l’inaction des politiques dans ce domaine ou encore par de multiples autres réponses disparates (11%).

Seulement 15 % indiquent qu’ils pourraient facilement utiliser les transports en commun plutôt que la voiture tandis que 26 % indiquent qu’ils pourraient le faire mais “difficilement”, et que 24% estiment ne pas pouvoir le faire

Au total, l’étude estime que 44% des personnes interrogées sont convaincues du changement climatique anthropique tandis que 14% sont sceptiques et que 44% hésitent... Les plus sceptiques sont les 66-69 ans (27%) et les plus convaincus les 15-17 ans (62%).

Enfin, 60% pensent plutôt que le réchauffement ne sera pas limité à des niveaux acceptables à la fin du siècle tandis que 40% le croient. 57% estiment qu’il faudra “modifier de façon importante nos modes de vie pour empêcher l’augmentation de l’effet de serre”.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les deux actions les plus efficaces seraient d’utiliser les transports en commun plutôt que les voitures (35%) et mieux isoler son logement (26%). En revanche, si 80% affirment déjà faire le tri des déchets, seulement 15 % indiquent qu’ils pourraient facilement utiliser les transports en commun plutôt que la voiture tandis que 26 % soulignent qu’ils pourraient le faire mais “difficilement”, et que 24% estiment ne pas pouvoir le faire. Dans le même esprit, 20% pourraient facilement remplacer la voiture par le vélo, 29 % pourraient le faire "difficilement" et 28% pensent ne pas pouvoir le faire.

Reste que l’environnement est loin d’être la question qui paraît à l'échantillon interrogé la plus importante aujourd’hui pour la France. Seulement 2% lui donnent cette place contre 35% pour l’emploi, 14% les déficits publics et la dette de l’Etat, 12% les impôts et taxes, 10% l’immigration, 9% la hausse des prix, 7% les inégalités, 4% la sécurité des bien et des personnes, 3% l’éducation et la recherche. Et dire que la problématique énergie-climat, intimement liée à des questions comme celles de l’emploi, des déficits, de la fiscalité ou encore des migrants, est et va être de plus en plus être déterminante pour l’ensemble de ces domaines...

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