Consommation énergétique d'Internet: l'éco-conception des sites fait ses premiers pas

Une étude du Green Code Lab, soutenu par l’ADEME et développant une base de référence pour un Internet plus durable, montre que la consommation énergétique est bien plus importante côté utilisateurs que côté serveurs. On consomme davantage si on utilise Google Chrome plutôt que Firefox ou Internet Explorer, et si on utilise une plateforme PC plutôt qu'un système Androïd.

Des sites internet pourront bientôt avoir des étiquettes "énergie". Se nourrisssant de l’esprit collaboratif des communautés de type “cantine numérique”, “fablab” ou encore “hackspace”, et désirant développer “des bonnes pratiques en termes de développement logiciel durable”, le Green Code Lab travaille depuis un an sur un projet baptisé Web Energy Archive. Ayant pour objet de “constituer une base de référence internationale de l’évolution de la consommation électrique des sites Web”, ce projet soutenu par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), a permis de mesurer, pendant un an et par le biais de leurs utilisateurs, les consommations énergétiques de 600 sites Web “représentatifs des sites les plus consultés" en France.

Paramètres pris en compte: impact d’énergie consommée sur l’appareil client (Wh), impact de mémoire vive (Mo), données transférées (Mo), temps de chargement des pages, nombre de requêtes pour afficher une page.

Google Chrome fait consommer plus que Firefox

Résultats: pour les plateformes PC, l’énergie mesurée par page vue est en moyenne de 50,1 milliwattheure  (mWh) et la médiane de 42,2 mWh. Selon les sites étudiés, la consommation va d’une dizaine de mWh à plus de 200, avec quand même une grosse majorité en dessous de 100 mWh. Par comparaison, les systèmes Androïd consomment cinq fois moins ! "Les 100 sites français les plus visités engendrent une consommation annuelle totale de 8,3 GWh, soit l’équivalent de la consommation d’énergie de 3 077 foyers. L’impact de ces mêmes sites côté serveur est de 0,58 GWh, soit plus de 10 fois moins", calculent les responsables.

Il ressort également de cette étude que l’on ne consomme pas autant selon que l’on utilise Firefox ou Google Chrome. “Firefox et Internet Explorer consomment la même énergie, cependant Chrome est beaucoup plus consommateur (27 mWh de plus que Firefox). Quand on regarde la consommation mémoire, Chrome est toujours le plus consommateur (61Mo par site en moyenne) mais pas de manière aussi importante. Firefox tire son épingle du jeu (13 Mo de moins que Chrome contre 3 Mo de moins pour Internet Explorer)”, explique Green Code Lab. La consommation de chaque navigateur dépend en particulier de la mise en cache des éléments et de sa gestion. A quand donc un hit-parade des navigateurs les plus sobres en ressources ?

“L’’impact des sites web sur la consommation des ressources des postes clients peut fluctuer en fonction de la plateforme matérielle, du navigateur et du site web”, souligne plus généralement cette étude qui montre que “des pages plus lourdes amènent des consommations de ressources plus grandes (en termes d’énergie et de mémoire). Une optimisation des ressources consommées est possible du côté des développeurs et des utilisateurs de sites web”, constate-t-elle donc.

Sans mesure particulière, l’Internet consommera autant d’énergie dans 25 ans que l’humanité en 2008

“On observe que la frugalité des sites web en termes d’éléments (nombre de requêtes, taille des éléments...) amène automatiquement une réduction des ressources consommées (énergie et mémoire). Ce constat est d’autant plus important que l’on observe que les sites les plus visités (sites d’information en particulier) sont aussi les plus lourds,” précisent encore les responsables. La mise en place de quelques règles simples de bonnes pratiques (optimisation des images, limitation de l'usage du flash...) peut déjà selon eux permettre d'économiser 20 à 25% d'énergie.

En revanche, il n’y a pas d'après l'étude de corrélation entre la performance ou vitesse d’apparition de la page (selon le référentiel de bonnes pratiques de performance Google Page Speed) et la consommation côté client”, ce qui veut dire que l'on peut être performant sans consommer beaucoup.

La consommation côté serveur (consommation liée au serveur et au centre de données, climatisation...) a de son côté été estimée en moyenne à 2,7 mWh, avec une médiane à 1,7 mWh, pour afficher une page.

En conclusion, “l’impact d’une consultation d’une page n’est pas uniquement concentré sur le serveur, mais également sur le réseau entre le serveur et le client, et sur le client”, commente l’étude qui prouve que la consommation d’énergie côté client est beaucoup plus importante que celle côté serveur. “De plus, l’impact sera différent en fonction du lieu où sont situés les serveurs (encore plus si on prend en compte les émissions de gaz à effet de serre)”.

“La consommation électrique des infrastructures de l’internet (centres de données, réseaux, etc.) était estimée à 0,8 % de la consommation mondiale en 2005. En 2012, elle dépassait 2 %, soit autant que l’aviation civile. L’université de Dresde a calculé que, si aucune mesure n’est prise, dans 25 ans l’Internet consommera autant d’énergie que l’humanité en 2008”, rappelle enfin Green Code Lab qui place l’intérêt de son  travail dans cette perspective.

Le principe de l’étude de Green Code Lab intéresse déjà d'autres pays. Pour répondre à ses ambitions, il va non seulement "mesurer davantage de sites mais aussi prendre en compte l’ensemble de la chaîne Internet en analysant les serveurs et réseaux". Par ailleurs, "un projet de crowdfunding pour financer la suite des travaux sera prochainement mis en place par le Green Code Lab : contre un financement minimum de 10€, les sites pourront obtenir une étiquette énergie".

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