Espaces de coworking, télécentres... Les tiers-lieux de travail se développent. Si les indépendants, développeurs de start-up et autres télétravailleurs sont les principaux intéressés, certaines grandes entreprises testent actuellement le système. Entre entres avantages: des économies de bureaux et une potentielle réduction des besoins de transport, donc des émissions de gaz à effet de serre. Avec en plus du bien-être, de l’innovation...

Actuellement, 32% des actifs franciliens passent plus de 1 h 30 dans les trajets domicile-travail, selon l’INSEE, ce qui est facteur à la fois de stress et d’émissions de CO2 liées aux transports. Dans une logique d’impérative lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, de relocalisation simultanée de l’activité économique et également de bien-être, les espaces de “coworking” et autres tiers-lieux de travail -ces lieux de travail qui ne sont ni le bureau, ni la maison- apparaissent comme de potentiels points stratégiques pour la future architecture d’une ville décarbonée, des sortes de “hubs” où de multiples travailleurs, indépendants ou salariés, pourraient venir à pied ou à vélo pour, entre autre, se “connecter” à leur entreprise, à leur travail.

Ile-de-France: 73 minutes de transport gagnées pour un jour de télétravail

C’est d’autant plus envisageable que les avantages du télétravail sont évidents pour toutes les études qui s’y intéressent. La Caisse des dépôts par exemple affirme qu’en Ile-de-France un salarié gagne 73 minutes de transport par jour télétravaillé et 124 euros par mois pour deux jours hebdomadaires de télétravail. De son côté, l’entreprise obtient 30% d’absenthéisme en moins et 13% d’augmentation de production pour chaque télétravailleur, sans compter les possibilités d’économies de bureaux... Mais si le télétravail peut être effectué "à domicile", le tiers-lieu de travail lui, contrairement à la maison, permet de mutualiser le bureau, les équipements, les services... Il offre également l’avantage de briser la solitude et de créer du lien social. Issu de la volonté des acteurs du monde du numérique et du désir de partage de locaux et du savoir, ce type d’espace est aujourd’hui en plein développement, partout dans le monde y compris en France.

Pour 10 à 30 euros la journée, il rafraîchit sérieusement le concept de bureau “partagé” ou “flexible” (centres d’affaires, télécentres...), notamment en développant les échanges stimulants et formateurs de connaissances, de compétences, d’idées, de bons plans, de projets... Il dynamise et enrichit les réponses au développement du télétravail et du travail “nomade”.`

“Un lancement de tiers-lieu de travail toutes les 1 à 2 semaines”

“Avec le développement de l’informatique, des ordinateurs portables, et également du “cloud computing” (serveurs dématérialisés), le bureau de l’entreprise n’est plus forcément nécessaire pour travailler” explique Baptiste Broughton, co-fondateur de LBMG Worklabs, start-up spécialisée en conseil en télétravail, coworking et télécentre. “En France, on compte actuellement un lancement de tiers-lieu de travail toutes les 1 à 2 semaines”, estime-t-il.

Baptiste Broughton développe une plateforme internet, www.neo-nomade.com, pour recenser ces lieux de travail “nouvelle génération”. Neo-Nomade.com rassemble à ce jour 160 sites sachant que l’offre traditionnelle est d’environ 550 centres d’affaires et bureaux “partagés”. Il pourrait même en rassembler beaucoup plus à terme si les grandes entreprises se lancent. Productivité, temps de transport, impact carbone, équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, organisation du travail, adaptation du management, attractivité pour les territoires, retombées économiques et sociales... Certaines testent cette année le système. De grands noms de l’immobilier de bureaux s’engagent également: Regus, Multiburo, Nexity... “En 3 – 4 ans, nous avons assisté à une mutation accélérée du travail. En France et en Belgique, nous réaménageons tous nos bureaux partagés classiques dans l’esprit coworking”, annonce Grégory Ortiz, Directeur marketing et régions de Multiburo.

Des lieux de travail qui deviennent des lieux de vie

A Paris, le Conseil régional d’Ile-de-France apporte son soutien financier à de multiples projets. A terme, il s’agit même de “développer des tiers-lieux qui soient des lieux de travail mais aussi des lieux de vie”, explique Jean-Baptiste Roger, directeur de l’Agence numérique de la région Ile-de-France. Son agence travaille sur le modèle de ce que pourrait être, pour des villes de banlieue, des tiers-lieux capable à la fois d’accueilllir 150 télétravailleurs, de limiter les transports et de redynamiser la vie locale. Des espaces de coworking comme Mutinerie à Paris ou Au Comptoir numérique à Saint-Etienne, proposent pour leur part déjà des activités et services de l’économie sociale et solidaire comme des points de distribution de produits alimentaires locaux, issus par exemple d’AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne).

Pour Yoann Duriaux, précurseur des espaces de coworking en France avec Coworking Sainté et Au Comptoir numérique à Saint-Etienne, ces nouveaux lieux doivent même être des moteurs de transformation de la société. Selon lui, le mode de fonctionnement du tiers-lieu va “à l’encontre du schéma individualiste auquel nous avons été habitués depuis des décennies, dans lequel il fallait absolument protéger ses données et projets afin de les valoriser. Ici, pas question de hiérarchie pyramidale, tout le monde est encouragé à participer activement aux activités, débats et prises de décisions”.

Des moteurs pour la création et le développement de projets

Revendiquant la proximité du tiers-lieu avec l’économie collaborative et participative, notamment représentée par OuiShare, il estime qu’au-dela de la mutualisation du matériel, les échanges qui existent dans un espace de coworking crée un bien commun. D’après lui, la mise en “open source”, la mutualisation de ces données doit permettre d’avancer plus vite, en particulier pour un développement plus durable.

Collaborateur de Yoann Duriaux, en particulier dans la société Openscop, Antoine Burret a même mis en place une “étude exploratoire des tiers-lieux comme dispositif d’incubation libre et ouvert de projet”. L’objectif est de montrer que le tiers-lieu “libre et open source” est si stimulant et prolifique qu’”il favorise l’apparition de produits et services à valeur ajoutée”. Faisant office de laboratoire, l’espace Coworking Sainté permet actuellement le démarrage de projets comme un site internet de consommation collaborative pour Saint-Etienne, un média citoyen des tiers-lieux, un plateforme collaborative pour “remettre la transparence dans les échanges commerciaux”...

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