Agriculture innovante, filière bois, rénovation thermique: un potentiel de 340 000 emplois

Rénover les logements, développer les pompes à chaleur et la méthanisation, trier plus les déchets et mieux, organiser la filière bois,  généraliser les pratiques agricoles les plus sobres et innovantes, favoriser les légumineuses... Voilà quelques initiatives concrètes qui, selon une étude du think tank de la transition carbone The Shift Project, pourraient participer à la « décarbonation » de nos consommations tout en produisant des centaines de milliers d’emplois.

Le think tank spécialisé dans la transition énergétique The Shift Project a mis en place une « cartographie de la transition carbone » qui définit les secteurs d’activité qui peuvent à la fois participer activement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et offrir des opportunités réelles d’emplois.

En terme d’emplois pérennes, une mutation vers des modèles agricoles innovants (agriculture écologiquement intensive, permaculture, agriculture urbaine et périurbaine) s’annoncerait particulièrement positive, avec 160 000 emplois temps plein (etp) espérés. L’organisation de la filière bois pourrait de son côté créer 80 000 etp tandis que la rénovation thermique des logements produirait 70 000 etp en phase d’investissement et 30 000 emplois indirects. The Shift Project détermine également des potentiels de création d’emplois pour le tri des déchets, la méthanisation, l’efficacité énergétique des exploitations agricoles, les autocars périurbains et les projets d’intermodalité... Au total, et même si le potentiel de certains secteurs restent à chiffrer, une telle transition carbone permettrait de créer au moins 100 000 emplois en phase d’investissement, 250 000 emplois pérennes non « délocalisables », et 50 000 emplois indirects.

Chaque année 15 milliards d’investissements pendant 5 ans, 7 milliards de réduction de la facture énergétique, 65 millions de tonnes de CO2 non émises

Plutôt que de résonner en ciblant l’offre possible en « technologies vertes », l’étude de The Sift Project se base sur les trois postes fondamentaux de notre consommation : se nourrir, se loger, se déplacer. L’idée est de scruter un « éventail d’actions » permettant de « décarboner » ces postes de consommation, et donc « d’assurer une plus grande robustesse aux filières économiques qui les alimentent, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages ».

En complément, les auteurs apportent une vision « territoriale » de la transition, estimant qu’il est « urgent de dynamiser et de valoriser nos territoires en débloquant leur potentiel productif en énergies et en ressources », notamment à travers la filière bois, la méthanisation et les déchets. On notera l’absence des gaz de schiste, par définition inaptes à « décarboner » une économie, mais aussi de l’éolien et du photovoltaïque.

Ayant choisi 16 actions pour leur « fort impact potentiel », les chercheurs chiffrent à 15 milliards annuels pendant 5 ans les premiers investissements nécessaires. En retour, ils estiment à 7 milliards d’euros par an la réduction de la facture énergétique, à 1 milliard d’euros par an l’amélioration de la balance commerciale, à 65 millions de tonnes équivalent CO2 la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à 15 millions de tonnes équivalent pétrole la consommation d’énergie fossile évitée.

Rénovation thermique des logements: 30 millions de tonnes équivalent CO2 évités tous les ans. Bois: plus de 17 millions. Agriculture/élevage: plus de 14 millions

En terme d’émissions de gaz à effet de serre, la rénovation thermique des logements pointe en tête des actions préconisées. Elle éviterait tous les ans, l’envoi dans l’atmosphère de 30 millions de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre, et la consommation de 8 millions de tonnes équivalent pétrole. Suit « l’organisation de la filière bois » de manière à ce qu’elle puisse répondre à une demande variée, ce qui n’est actuellement pas le cas. Pour The Shift Project, l’enjeu est d’éviter chaque année les émissions de 17,4 millions de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre, et la consommation de 4,4 millions de tonnes équivalent pétrole.

Les débouchés apparaissent également importants pour l’agriculture et l’élevage. En effet, « généraliser les pratiques d’alimentation animale limitant les émissions de méthane dans l’élevage », permettrait selon The ShiftProject de réduire de 8,7 millions de tonnes équivalent CO2 nos émissions annuelles. « Augmenter fortement notre production de légumineuses » nous ferait en plus faire des économies annuelles de 1,8 millions de tonnes équivalent CO2 et de 150 000 tonnes équivalent pétrole. « Favoriser l’efficacité énergétique des exploitations agricoles » serait également significatif avec 1,4 millions de tonnes équivalent CO2 non émises et 400 000 tonnes équivalent pétrole non consommées… Même constat pour le développement de la méthanisation qui pourrait générer une économie de 1,9 million de tonnes équivalent CO2 et d’un million de tonnes équivalent pétrole. Enfin, l’expérimentation de modèles innovants (permaculture, agriculture urbaine, agriculture écologiquement intensive…) ferait économiser 400 000 tonnes équivalent CO2 et 140 000 tonnes équivalent pétrole.

Par ailleurs, « optimiser le tri » pourrait éviter 6 millions de tonnes d’émission de gaz à effet de serre et 1,2 million de tonnes de consommation de pétrole ; « accélérer le développement du parc installé de pompes à chaleur » en soutenant la filière française, procurerait un gain annuel de 4 millions de tonnes équivalent CO2 et de 1 million de tonnes équivalent pétrole ; et la voiture à 2 l promise par le précédent Premier Ministre Jean-Marc Ayrault serait synonyme de 2,2 millions de tonnes équivalent CO 2 et de 700 000 tonnes équivalent pétrole gagnées.

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