Se déclarant favorables à un accord « juridiquement contraignant », à l’évaluation régulière des actions entreprises, au renforcement de la coopération ainsi qu’à la tarification du carbone, France et Chine ont indiqué qu’elles allaient formuler et rendre publiques « dès que possible d’ici cinq ans », des « stratégies nationales de développement sobre en carbone pour 2050 ».

 

Alors que les contributions volontaires des pays ne suffisent pas à ce jour pour limiter le réchauffement global à +2°C, et réduisent les chances futures d’y parvenir, l’accord franco-chinois établi par les présidents Xi Jinping et François Hollande en ce début novembre, laisse ouvertes certaines perspectives de progrès dans la collaboration internationale pour lutter contre les changements climatiques. Désirant un « signal clair » pour la conférence – climat de Paris en décembre (COP21) et traitant l’adaptation au changement climatique à égalité avec l’atténuation du changement climatique, les deux pays soulignent dans leur déclaration commune qu’ils sont favorables à un accord « juridiquement contraignant » et à une « revue complète » tous les cinq ans concernant « les progrès accomplis en vue de l’atteinte des objectifs ». Cet accord devant être appliqué après 2020, ils souhaitent en plus l’adoption d’un « programme de travail »  pour renforcer  l’action  avant cette date.

Insistant par ailleurs sur l’importance du financement « au service du climat », de la tarification du carbone et de la coopération internationale, par exemple  à travers  un « groupe de travail franco-chinois sur l’économie verte et sobre en carbone », les deux partenaires soulignent qu’ils vont formuler et rendre publiques dans les cinq ans à venir « des stratégies nationales de développement sobre en carbone pour 2050 ». Ils croient à  « l’innovation technologique pour relever les défis interdépendants que représentent l’atténuation et l’adaptation au changement climatique » et à la compatibilité entre « une croissance forte » et un rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre suffisant pour atteindre l’objectif de +2°C. Ce qui constitue un vrai nœud gordien.

 Tour d’horizon des principaux points de la déclaration franco-chinoise

Le constat du réchauffement global

« Le changement climatique constitue l’un des plus grands défis auxquels l’humanité est confrontée, qui exige que tous les pays œuvrent ensemble pour le bien commun dans le cadre du développement durable. »

L’accord de Paris

« le Président François Hollande et le Président Xi Jinping renforcent leur détermination à œuvrer ensemble et avec les dirigeants de tous les autres pays afin de parvenir à un accord de Paris ambitieux et juridiquement contraignant, fondé sur l’équité, qui reflète le principe des responsabilités communes mais différenciées ainsi que les capacités respectives, compte tenu des différentes situations nationales, en gardant à l’esprit l’objectif d’une hausse de la température mondiale inférieure à 2°C. »

L’accord de Paris doit envoyer un signal clair afin que le monde engage une transition vers un développement vert et sobre en carbone, résilient au changement climatique et durable.

Il est important de « démontrer, à travers l’accord de Paris, l’importance politique égale de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique. »

Chine et France  « sont favorables à ce qu’une revue complète ait lieu tous les cinq ans sur les progrès accomplis en vue de l’atteinte des objectifs à long terme agréés. Les résultats de cette revue aideront les Parties à renforcer régulièrement leurs actions d’une manière décidée au niveau national. »

Il est important « d’adopter à Paris un programme de travail sur l’accélération de l’application avant 2020 en matière d’atténuation, d’adaptation et de moyens de mise en œuvre et d’instaurer un dialogue facilitateur en 2017/2018 afin de recenser les progrès accomplis et d’explorer la possibilité de renforcer encore l’action et le soutien avant 2020. »

L’atténuation des changements climatiques

« Il importe que les pays en développement renforcent au fil du temps leurs actions d’atténuation diversifiées dans le cadre du développement durable, notamment en s’orientant progressivement vers des objectifs chiffrés de réduction ou de limitation des émissions pour l’ensemble de l’économie. »

L’adaptation aux changements climatiques

« Il importe de formuler et de mettre en œuvre des plans nationaux d’adaptation, d’intégrer les considérations relatives au changement climatique dans la planification et les activités nationales de développement social et économique et d’adopter des mesures et des projets d’adaptation diversifiés. »

Il y a « nécessité urgente de renforcer le soutien international en faveur de plans et d’actions d’adaptation dans les pays en développement, en tenant compte des besoins de ceux qui sont particulièrement vulnérables. »

L’économie bas-carbone

Il est important « d’orienter l’économie mondiale sur la voie d’une réduction des émissions de carbone durant ce siècle, à un rythme compatible avec une croissance économique forte et un développement social équitable et avec l’objectif de contenir l’élévation de la température mondiale en dessous de 2°C. »

Chine et France « insistent sur l’importance de formuler des stratégies nationales de développement sobre en carbone pour 2050. Les deux Parties ont l’intention de rendre publiques leurs stratégies nationales « dès que possible dans les cinq ans à venir ».

« La France et la Chine soulignent l’importance de la tarification du carbone qui peut revêtir différentes formes et considèrent à cet égard que le développement d’un marché national du carbone en Chine constitue une étape importante et un signal fort et encourageant. »

La technologie

« Le rôle essentiel que joue l’innovation technologique pour relever les défis interdépendants que représentent l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, la croissance et le développement, l’accès à l’énergie et la sécurité énergétique. »

Chine et France veulent renforcer la coopération « en matière de développement et de transfert technologique, notamment par des activités communes de recherche et développement, de démonstration, et d’autres actions connexes ».

La coopération

 « Les deux Parties renforceront leurs échanges, en particulier sur les infrastructures sobres en carbone, les technologies de capture et de stockage du carbone, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les transports sobres en carbone, l’urbanisation sobre en carbone, l’économie circulaire, l’adaptation et le marché du carbone. »

Chine et France ont convenu de lancer un « Groupe de travail franco-chinois sur l’économie verte et sobre en carbone en vue de renforcer leur dialogue bilatéral et leur coopération pratique sur les questions liées au climat et à l’énergie ».

« Les deux Parties exploreront la possibilité de développer la coopération dans les pays tiers en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et de prévention et de réduction des catastrophes, en particulier dans les pays en développement. »

« Les deux Parties reconnaissent le rôle du G20 pour mobiliser le soutien politique nécessaire à une issue fructueuse à Paris ainsi que sa mise en œuvre effective, et pour promouvoir les financements verts, l’efficacité énergétique, les mécanismes du marché du carbone et l’élimination progressive des subventions inefficaces aux combustibles fossiles. »

Le financement

Il est crucial de « définir une trajectoire claire et crédible pour atteindre d’ici 2020 l’objectif de mobilisation, par les pays développés, de 100 milliards de financement climat par an ».

Chine et France désirent « encourager les flux financiers destinés à financer des projets efficaces et sobres en carbone ».

Il est important de « mobiliser des financements au service du climat pour soutenir un développement sobre en carbone et résilient au changement climatique dans les pays en développement, notamment dans les pays moins avancés, les petits Etats insulaires en développement et les pays africains. La France réitère son engagement de porter son soutien annuel de 3 milliards d’euros actuellement à plus de 5 milliards d’euros en 2020. La Chine annonce à nouveau qu’elle débloquera 20 milliards de yuans pour mettre en place le Fonds chinois de coopération sud-sud sur le climat destiné à aider les autres pays en développement à lutter contre le changement climatique. »

Chine et France s’engagent à « augmenter substantiellement leurs investissements publics respectifs dans la recherche, le développement et la démonstration en matière de technologies énergétiques bas carbone (RD&D) à l’horizon 2020, et conviennent de continuer à explorer les possibilités de développer conjointement des projets de coopération dans des domaines d’intérêt mutuel ».

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