C’est pour la première fois un économiste qui a pris la tête du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)... Le nouveau president, Hoesung Lee, est de surcroît notamment un ancien du pétrolier Exxon et du fabricant de voiture Huyndai... Mais il souligne l’importance de mettre en place un système de prix pour le carbone.

L’élection à la présidence du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’économiste sud-coréen Hoesung Lee, début octobre, en a surpris plus d’un. Jusqu’alors vice-président du GIEC, il n’était pas pour autant favori, chacun s’attendant plus à l’élection du climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele. Pourtant, très soutenu par son pays, le Sud-Coréen a remporté haut la main l’élection, battant au deuxième tour Jean-Pascal van Ypersele avec 78 voix contre 56.

Président en 1999 de l’Association international des économistes de l’énergie dont certains membres institutionnels sont BP, Shell, ConocoPhillips...

C’est la première fois qu’un économiste se retrouve à la tête du GIEC dont l’objet est de faire régulièrement le point sur le consensus scientifique concernant le réchauffement global et ses effets. Elu en 2002, l’ancien président, l’Indien Rajendra Pachauri, était de son côté le premier ingénieur en énergie à parvenir à ce poste après les climatologues Bert Bolin (1988-1997) et Robert Watson (1997-2002). Les climatologues n’ont donc plus cette présidence depuis 15 ans.

Certains pourront encore plus  s'étonner en lisant le cv de Hoesung Lee. Economiste spécialiste du domaine énergétique, Hoesung Lee a débuté sa carrière, de 1975 à 1978, chez le pétrolier américain Exxon. On l’a ensuite notamment retrouvé comme membre de la direction du fabricant de voitures Hyundai, de 1996 à 1999, ou encore comme président en 1999 de l’Association international des économistes de l’énergie (IAEE)  dont certains membres institutionnels sont BP, Shell, ConocoPhillips...

Au GIEC, Hoesung Lee n’est pas un inconnu: de 1992 à 1997, il a co-présidé le groupe III de l’organisme, travaillant sur l’atténuation du changement climatique, puis a été élu en 2008 vice-président de ce groupe d’experts. Parallèlement à son poste de président du GIEC, il est membre du conseil d’administration du Global Green Growth Institute (GGGI), organisation internationale basée en Corée et désirant promouvoir la “croissance verte”.

Le nouveau président estime que la mesure la plus importante à prendre actuellement concernant le changement climatique est l’instauration d’un système de prix du carbone

Son parcours a également conduit Hoesung Lee à conseiller le ministre de l’environnement de Corée-du-Sud. Pointant en 2011 selon le Carbone Dioxyde Information Analysis Center (CDIAC) à la 7ème place dans le classement des pays émettant le plus de CO2 issu des combustibles fossiles (1) et de la fabrication du ciment, et à la 24ème place en termes d’émissions par habitant (3,3 tonnes annuel de carbone par habitant, soit plus de 12 tonnes de CO2), la Corée du Sud a multiplié par 2,65 ses émissions entre 1988, date de création du GIEC et 2011. C’est l’une des plus puissantes augmentations avec celles de la Chine et l’Inde.

“Dans la prochaine phase de nos travaux (notamment le 6ème rapport du GIEC, n.d.l.r.), nous nous efforcerons de mieux comprendre les conséquences du changement climatique à l’échelle régionale, notamment dans les pays en développement, et d’améliorer la manière dont nous commniquons nos conclusions au public. Mais surtout, nous devrons fournir plus d’informations sur les choix qui peuvent être faits pour prévenir le changement climatique et pour nous adapter à celui-ci”, a déclaré Hoesung Lee à l’occasion de son élection.

Prévoyant d’accroître la participation d’experts issus des pays en développement, le nouveau président estime que la mesure la plus importante à prendre actuellement concernant le changement climatique est l’instauration d’un système de prix du carbone. Il désire également incorporer aux travaux du GIEC “des contributions du monde des affaires, de l’industrie et de la finance” et apporter une attention particulière aux questions du changement climatique qui sont liés “à la création d’emplois, à la santé, à l’innovation et au développement technologique, à l’accès à l’énergie et à la reduction de la pauvreté”

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(1) Avec des émissions annuelles de l’ordre de 600 millions de tonnes de CO2, derrière la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie, le Japon et l’Allemagne

 

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