En annonçant une réduction de 25 à 30 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, la Russie -5ème émettteur mondial de CO2- vise en fait une augmentation de ses émissions de l’ordre de 40 - 50 % d’ici 2030 ! Explications.

Comment se jouer des dates servant, au bon vouloir des uns et des autres, d’années de référence des émissions de gaz à effet de serre, pour augmenter ses émissions tout en annonçant une baisse ?La Russie de Vladimir Poutine, l’un des principaux producteurs de pétrole et de gaz du monde, en donne un bel exemple avec la contribution qu’elle vient d’envoyer aux Nations-Unies.

Après l’effondrement économique de l’Union soviétique, les émissions de la Fédération de Russie (3,53 milliards de tonnes équivalent CO2 en 1990 ) ont chuté jusqu’à environ 1,55 milliard de tonnes en 2002

Sur le papier, la Russie indique que limiter en 2030 les gaz à effet de serre issus des activités humaines à 70 à 75 % de ce qu’était leur niveau en 1990, pourrait être un “indicateur de long terme”, qui serait obtenu au maximum avec les capacités d’absoprtion de la forêt, donc en diminuant le moins possible les émissions anthropiques de gaz à effet de serre, notamment de CO2.

Estimant que son objectif est “compatible” avec l’objectif général de long terme de limiter le réchauffement global sous les +2°C par rapport aux niveaux préindustriels, la Russie suspend sa décision finale au devenir des négociations en cours et aux contributions des principaux émetteurs.

Surtout, elle oublie un “détail” de son histoire. En 1990, ses émissions culminaient, selon les données qu’elle a envoyées à la CNNUCC (Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques) à environ 3,53 milliards de tonnes équivalent CO2 par an (3,36 sans tenir compte des forêts). Or, l’effondrement économique de l’Union soviétique est ensuite passé par là. Les émissions de ce pays ont dégringolé jusqu’à environ 1,55 milliard de tonnes en 2002. Elles remontent légèrement depuis et se trouvaient en 2012 à environ 1,75 milliard de tonnes. en tenant compte du rôle des forêts (2,3 sans en tenir compte).

La Russie vise donc en fait des émissions en 2030 de l’ordre de 2,5 à plus de 2,6 milliards de tonnes équivalent CO2, soit + 40 - 50% par rapport à 2012

Donc, puisque la Russie annonce un objectif de 25 à 30 % de réduction de ses émissions en 2030 par rapport à 1990, elle vise en fait des émissions en 2030 de l’ordre de 2,5à plus de 2,6 milliards de tonnes équivalent CO2, ce qui correspond à une augmentation de 40 - 50 % par rapport à 2012.

A ce jour, d’après la base européenne de données EDGAR, la Russie est le 5ème émetteur mondial de CO2 derrière la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne des 28 et l’Inde. Outre le CO2, les gaz à effet de serre qu’elle prend en compte dans sa “contribution” sont le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) ainsi que les composés (créés par l’homme pour ses activités) de type HFC (hydrofluorocarbure), PFC (perfluorocarbure), SF6 (hexafluorure de souffre) et NF3 (trifluorure d’azote).

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