L'Express-L'Expansion: "Le pic pétrolier n'aura pas lieu"...

Sur le site internet de L'Express-L'Expansion, les internautes ont eu un drôle de "scoop" ce 9 avril 2018: "le pic pétrolier n'aura pas lieu", leur annonce-t-on. Pensez ! L'archipel de Bahreïn a annoncé "la découverte d'un champ de 80 milliards de barils de pétrole". Un champ "plus important encore que le légendaire champ de Gawar découvert en Arabie Saoudite dans les années 1950", commente l'auteur de l'article, Julie de la Brosse, pour qui voilà "encore une mauvaise nouvelle pour la transition énergétique".

Seulement, et comme toujours lors de ce type d'annonce, on claironne d'abord et c'est seulement ensuite que l'on met des "si" et que l'on utilise le conditionnel. Donc, le champ sera de 80 milliards de barils "si ces estimations sont avérées", ce qui "pourrait" bouleverser la donne...  Et l'article de l'Express-L'Expansion d'annoncer même au final: "Gare toutefois aux effets d'annonce"... Mais pourquoi donc désinformer ainsi les lecteurs ?

En effet, sans aucun conditionnel, la réalité est toute autre:

1- Le pic des découvertes mondiales de pétrole a eu lieu dans la décennie 1960 pour un total de l'ordre de 550 milliards de barils. Ce total n'a pas cessé de se réduire ensuite, atteignant un peu plus de 100 milliards de barils dans la décennie 2000, cinq fois moins donc.

2- Le pic mondial de la production de pétrole facile à extraire a été atteint vers 2005. Depuis, la production mondiale n'a pu être maintenue qu'avec un afflux massif d'argent bon marché, notamment aux Etats-Unis, et la multiplication d'extractions de plus en plus coûteuses: pétrole de schiste, pétrole offshore, sables bitumineux... Le champ découvert au Bahreïn est offshore et composé de schiste bitumineux. A ce jour, personne ne semble capable de dire ce qui en est vraiment exploitable, commercialement.

3- Oui, il y a encore plein de pétrole sous terre. Mais, outre la question climatique (qui impose de laisser sous terre 80% des énergies fossiles actuellement exploitables si l'on veut conserver une chance de limiter le réchauffement à +2°C depuis l'époque pré-industrielle), le problème est celui-ci: si, dans un champ de pétrole, vous dépensez plus d'énergie pour chercher, fracturer, forer, pomper et distribuer que ce champ ne pourra vous en donner en retour, alors ce sera fatalement un échec. Cette énergie, pourtant bien réelle, sera donc hors de portée. C'est toute la question de ce qu'on appelle le taux de retour énergétique (EROI ou Energy Returned On Energy Invested en anglais).

4- Il est intéressant de noter que les acteurs du secteur, notamment les majors, ont drastiquement réduit leurs investissements depuis 2014, ce qui promet... une future baisse mécanique de la production mondiale.

Moralité: le pic pétrolier et la déplétion qui s'en suivra sont inévitables. Avec ou sans le nouveau champ de Bahreïn. Cela n'a rien à voir avec le sexe des anges, c'est physique, mathématique.