Changements climatiques et violences guerrières ou terroristes

Si le réchauffement global possède une influence directe sur les phénomènes météorologiques et va bouleverser notre environnement, il peut également et pourra de plus en plus, notamment au sein de pays défaillants dans la prise en charge de leurs populations, accroître les risques de phénomènes violents: guerres civiles, conflits armés, terrorisme... C’est ce qu’expliquent, du GIEC au Sénat français en passant par le Pentagone américain, différents rapports.

Les changements climatiques n’ont pas que des conséquences environnementales. Montée des eaux, catastrophes naturelles, assèchement de fleuves, pertes de récoltes, désertification... Par effet “domino”, ces dérèglements ont également et auront de plus en plus, comme un mauvais terreau, de potentiels impacts sur les pays, les communautés régionales, les organisations humaines: crises économiques, pauvreté, rivalités, déstabilisations, violences, guerres... Du reste, le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le dit lui-même: “Le changement climatique peut accroître indirectement les risques de conflits violents — guerre civile, violences interethniques — en exacerbant les sources connues de conflits que sont la pauvreté et les chocs économiques. De multiples sources de données permettent de lier la variabilité du climat à ces formes de conflits”, notent les scientifiques dans le deuxième volume de leur dernier rapport.

“Comment le changement climatique, la sécheresse, les conditions environnementales, la gestion des ressources naturelles ont contribué à l’instabilité en Syrie et en Egypte”

Et en ce qui concerne en particulier le terrorisme ? “Le changement climatique est directement relié à la croissance du terrorisme” n’hésite pas à souligner Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate pour la prochaine élection présidentielle américaine de 2016. Pour lui, “si on ne se ressaisit pas et si l’on n’écoute pas les scientifiques, on va voir des pays tout autour du monde qui vont lutter pour des quantités d’eau réduites, pour des quantités de terres cultivables limitées”. On pourrait rajouter: "pour des quantités de pétrole également limitées".

De telles paroles ne sont pas lancées par hasard: un rapport du Département américain de la Défense envoyé au Congrès américain fin juillet 2015 souligne que “le changement climatique global aggravera les problèmes comme la pauvreté, les tensions sociales, la dégradation de l’environnement, l’inefficacité du pouvoir et la faiblesse des institutions politiques dans un certain nombre de pays”. Pour le Pentagone, le changement climatique est donc bien un risque pour la sécurité parce qu’il dégrade les conditions de vie, la sécurité des hommes et la capacité des gouvernements à apporter les besoins essentiels à leurs populations. Et cette menace existe selon lui dès maintenant: “Nous observons déjà des impacts du changement climatique à travers des chocs et phénomènes stressants pour les nations et les communautés vulnérables, y compris aux Etats-Unis, et dans l’Arctique, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du sud”, conclut ce rapport intitulé “Les implications pour la sécurité nationale des risques liés au climat et d’un climat changeant”.

Une telle évaluation reflète au Pentagone différentes autres études du Centre pour le climat et la sécurité (CCS, center for Climate and Security) qui examinent “comment le changement climatique, la sécheresse, les conditions environnementales, la gestion des ressources naturelles ont contribué à l’instabilité en Syrie et en Egypte”, ou encore comment “certains changements climatiques, environnementaux, économiques et sociaux ont érodé le contrat social entre les citoyens et le gouvernement” en Syrie, où le mouvement Daech a maintenant pris racines, également aidé par le chaos laissé en Irak par la guerre des Bush (1), par les rivalités pétrolières régionales entre l'Arabie Saoudite et l'Iran notamment, ainsi que par les restes de la manne pétrolière syrienne.

La défaillance dans la prise en charge des populations "peut exacerber les tensions entre différents groupes ethniques et religieux au sein des pays, ainsi qu'une radicalisation politique"

En France, un rapport d’information rédigé au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, et déposé début octobre 2015 (2), reconnaît que “certains chercheurs avancent une corrélation entre les changements climatiques et l'aggravation des conflits intra et inter étatiques”. Ces chercheurs mettent en avant différents exemples:

- le cyclone de Bohla “qui a touché le Bengale oriental et qui a scellé la division du Pakistan et la création de l'Etat du Bangladesh en 1971 à l'issue d'une guerre armée”.

- Le Darfour “où la sécheresse a conduit les populations d'éleveurs à migrer vers les territoires occupés par des tribus de cultivateurs, entraînant des conflits armés”.

- La crise syrienne “avec le phénomène de sécheresse qui a touché le pays (...) conduisant à une forte émigration des populations rurales appauvries vers les villes, ce qui a renforcé le mécontentement de la population urbaine et fourni un terreau à l'islamisme radical”. Sans compter la baisse de la production de pétrole et donc des revenus d'or noir du pays.

Intitulé “climat: vers un dérèglement géopolitique ?”, le rapport du Sénat souligne également que, dans les pays fragiles, “la défaillance dans la prise en charge des populations, d'autant qu'elle affecte souvent les plus pauvres, est source de frustration, de mécontentement et le cas échéant de manifestations, voire d'émeutes. Elle peut exacerber les tensions entre différents groupes ethniques et religieux au sein des pays, ainsi qu'une radicalisation politique.”

"Le changement climatique participera à l'accroissement du fossé entre émetteurs du Nord et victimes au Sud, renforçant un profond sentiment d'injustice"

Par ailleurs, “la multiplication des états instables (...) aura des conséquences sur la sécurité internationale notamment par le développement de la criminalité internationale et des trafics (...) et peut déboucher sur des mouvements terroristes susceptibles de s'attaquer aux territoires des états stables pour en tirer des avantages ou dans un combat idéologique. Il pourrait s'ensuivre une multiplication des interventions armées pour prévenir ou rétablir la stabilité ou pour lutter contre les conséquences de l'instabilité et protéger ses intérêts ou ses frontières”, avertit également le rapport.

Enfin, “le changement climatique participera à l'accroissement du fossé entre émetteurs du Nord et victimes au Sud, renforçant un profond sentiment d'injustice”,ajoute le document qui estime que les régions les plus épargnées sont  “susceptibles de se transformer en forteresse”. Pour autant, “la nécessité d'apporter concrètement des solutions pourrait conduire à des coopérations et régulations, facteurs de stabilité”, espère-t-il.

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(1) La guerre des Bush: les secrets inavouables d'un conflit. Plon. Pocket. 2003.

(2) Rapport d'information de Cédric Perrin, Leila Aïchi et Eliane Giraud, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, déposé le 6 octobre 2015.

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