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Stratégies d'adaptation, choix des essences... Dans les forêts, la transition a déjà commencé

Qu’il s’agisse de tempêtes, de signes de dépérissement ou d’adaptation de la sylviculture, les changements climatiques transforment déjà les forêts. Ici, il n’est pas question de discuter la réalité du “réchauffement”, on considère que “la sagesse, c’est de ne pas attendre”. Conséquence: les stratégies d’adaptation se développent, se multiplient, s’affinent avec le temps.

La sylviculture est l’un des premiers secteurs traditionnels d’activité sinon le premier dont l'action intègre réellement la problématique du réchauffement climatique. Une explication est assez simple: un arbre met des dizaines d’années pour arriver à maturité. Tout le secteur a donc déjà l’habitude de se projeter sur le long terme pour faire son travail. Prenant la forme de sécheresses, d’inondations, de tempêtes, d’incendies, de maladies et autres dépérissements, les effets des changements climatiques sur les forêts font ainsi l’objet de nombreuses prédictions, et les pistes d’actions concrètes se multiplient.

Le cycle vertueux des futaies “jardinées”

La Société forestière, une filiale de la Caisse des dépôts, a par exemple développé une stratégie de gestion “sans regret” réévaluée tous les trois ans. Cette stratégie détermine des cycles de production plus rapides, des essences de “transition” à privilégier, des densités d’arbres adaptées à la ressource en eau... De plus en plus de forestiers vont également dans ce sens, avant tout pour limiter leurs risques économiques. Ils confirment au passage la nécessité de s’adapter aux stations forestières (capacités locales du terrain), d’éviter tout tassement du sol, de mélanger les essences d’arbres...

Une autre stratégie est de développer les futaies “jardinées”, c’est-à-dire des forêts où l’on trouve en permanence des arbres de tout âge. Les experts conseillent dans ce cas un peuplement étagé, divers et dense, des prélèvements doux, des régénérations naturelles... Comme dans un cycle vertueux, cela permet tout à la fois de protéger les micro-climats frais des sous-bois contre les pollutions à l’ozone, les sécheresses, les écarts de température...; d’augmenter la résistance aux incendies grâce à l’humidité conservée; d’accroître également la résistance aux tempêtes grâce à des types d’enracinement variés; de faciliter la reprise de la croissance après un chablis; et enfin de séquestrer plus de carbone dans le sol et les végétaux. Les experts préconisent en plus une multiplication des îlots de sénescence, ces îlots où on laisse la nature construire des “réservoirs de biodiversité” protecteurs.

Hêtre et chêne pédonculé: deux essences dominantes en France mais qui vont souffrir

Toutes ces stratégies montrent que les arbres ne sont pas égaux devant le réchauffement. Certains sont appelés à souffrir davantage que d’autres. C’est notamment le cas du hêtre et du chêne pédonculé, deux des principales espèces que l’on trouve en France sur respectivement 1,4 et 2 millions d’hectares. Toutes deux sont en effet assez sensibles à la sécheresse, le hêtre craignant également un froid automnal brutal, les gelées tardives ou encore un sol régulièrement détrempé.

Là encore des mesures d’adaptation se développent. Pour le hêtre, il est notamment conseillé de mettre en adéquation stations forestières et essences, de limiter la densité des peuplements, de raccourcir les rotations, de faire des mélanges avec d’autres essences, ou encore de privilégier la régénération naturelle en l’absence de mortalité. Pour le chêne pédonculé, une étude effectuée en Poitou-Charentes révèle que les dépérissements ont d’abord lieu dans les forêts trop vieilles ou à forte concurrence en eau. Dans ce cas, en plus d’une réduction de cette concurrence avec des éclaircies plus fortes, le renouvellement des peuplements peut être effectué par hybridation avec les plus rustiques chênes sessiles ou avec des chênes pubescents.

Le robinier faux-acacia et la forêt de demain

Des essences d’arbres montrent quant à elles, et évidemment chacune dans certaines limites, une meilleure capacité de résistance. La Société forestière a commencé à établir une liste de ces essences de transition, en révision permanente. Outre le chêne sessile, on y trouve les fruitiers (merisiers, alisiers...), les érables, les tilleuls, le châtaigner, le robinier faux-acacia, le platane, le tulipier de Virginie, le chêne rouge, le charme, le bouleau et, parmi les résineux, l’épicéa, le mélèze, les cèdres, le douglas, les sapins ainsi que les pins maritime, laricio, sylvestre, noir et de Monterey.

Dans cette liste, une essence se détache particulièrement: le robinier. Voilà un arbre qui, classé “invasif” et jusqu’alors principalement utilisé dans les régions viticoles pour faire des piquets, se révèle parmi les plus résistants aux sécheresses et aux inondations. Attirant les abeilles et fixant l’azote, il est également capable de coloniser certains terrains pauvres. Son bois imputrescible peut en plus être utilisé en bois d’oeuvre et remplacer au passage les bois exotiques importés comme le teck. Pour finir, il possède la caractéristique de pousser rapidement.

Représentant actuellement 130 000 hectares disséminés en petits taillis, le robinier est donc malgré son côté “invasif”, de plus en plus pris en considération dans les stratégies d’adaptation, de renouvellement des peuplements, de production de bois local pour la construction, et par conséquent de stockage du CO2. Préfigure-t-il la forêt de la moitié du 21e siècle ?

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