Avez-vous connu votre "syndrome de stress postpétrolier" ?

Palpitations, peur, déni, “confirmation” de ce que l’on craignait, sentiment de défaite, de dévastation, de monde irréel... Prendre conscience du pic pétrolier et de ses implications pour le futur -la fin d’un monde que l’on imaginait acquis pour l'éternité- est un choc pour tout individu. Le fondateur du mouvement Transition, Rob Hopkins, parle de “syndrome de stress postpétrolier”. Un syndrome qu’il est nécessaire de digérer pour ensuite “voir ce moment comme une importante mais positive transition” dans notre vie.

Prendre conscience des risques réels de bouleversement et de chaos que représentent les changements climatiques provoqués par le réchauffement global, est en soi une épreuve anxiogène, une véritable source d’angoisse pour le futur. Prendre en plus conscience du pic pétrolier et de toutes ses implications pour l’avenir accentue encore plus ce choc et peut être hautement traumatisant.

Comprendre une vérité énorme et inattendue: la disparition inéluctable d’une réalité qui jusqu’alors façonnait nos vies comme un acquis éternel

Comme l’explique l’Anglais Rob Hopkins, fondateur du mouvement Transition, “le pic pétrolier et les changements climatiques nous forcent à regarder nos vies et la société autour de nous comme dans un miroir, nous permettant de voir que la permanence et la réalité de ce qui nous entoure n’est en fait qu’une illusion fragile dépendant d’un apport continu en pétrole bon marché, acheminé jusqu’à nous par de longs canaux d’approvisionnement” (1).

Dit autrement, prendre conscience de la problématique "peak oil" – réchauffement, c’est en quelque sorte comprendre une vérité énorme et inattendue: la disparition programmée d’une réalité (notre monde actuel) qui jusqu’alors façonnait nos vies comme un acquis éternel.

Du déni climatosceptique au rêve d’une solution miracle

Face à une telle situation, il n’est pas étonnant que d’un côté bon nombre se réfugient dans le déni et que de l’autre ceux qui ont vécu ce moment de prise de conscience (moment “End of Suburbia” comme le dit Rob Hopkins) puissent avoir l’impression de passer pour d'affreux pessimistes, pour des “fous” quand ils commencent à expliquer leur trouvaille...

Rob Hopkins a noté plusieurs symptômes de ce qu’il appelle le “syndrome de stress postpétrolier”. En ce qui concerne le déni, on peut facilement puiser dans le climatoscepticisme pour se dire qu’en fait le réchauffement global n’est pas vraiment ce que l’on dit, que finalement “ça ne se passera pas”. On peut également rêver d’une solution in extremis, miracle, qui puisse peu ou prou remplacer l'or noir, même si cela reste scientifiquement irrationnel : hydrogène, nucléaire, charbon “propre”, énergies renouvelables.... Le problème c'est que le pic pétrolier, lui, s'annonce imminent.

Quand le mur du déni tombe, on va trouver des nihilistes qui estiment que “de toute façon ça ne sert plus à rien de faire quelque chose puisque tout est foutu”, des survivalistes qui veulent organiser leur propre avenir quitte à rejeter le monde extérieur, des optimistes béats légèrement inconscients de l’ampleur des défis à relever, ou encore des initiés (du bio, de la permaculture, de l’autosuffisance énergétique, du jardinage, du compostage, etc.) qui l’avaient “bien dit”... Et sans parler des récupérateurs: “les groupes fascistes ont toujours, historiquement, profité des périodes d’effondrement et de difficultés économiques”, note Rob Hopkins.

Un moment de dévastation qui deviendra a posteriori “une importante mais positive transition de votre vie”

Enfin, il y a la peur que chacun peut naturellement éprouver, car force est de reconnaître que la perspective est de prime abord assez effrayante. Rob Hopkins a ainsi noté chez différentes personnes des manifestations d’un “choc physiologique profond”: mains moites, palpitations, nausée... Certaines peuvent également connaître des sensations de confusion, d’irréalité, de profond vide...

Comment donc gérer ses propres “émotions d’écrasement, de dévastation et de défaite” qui accompagnent ce moment de fin d’une croyance que l’on imaginait forcément indestructible? “La première étape est d’accepter qu’il est naturel de se sentir ainsi. En fait, cela est bien plus naturel que ne rien sentir ou disjoncter”, souligne Rob Hopkins qui ajoute: “Prenez le temps de simplement éprouver les effets de cette prise de conscience. Même si la situation est inconfortable, il s’y trouve, comme dans les sombres chapitres initiaux de la plupart des romans d’action, un appel à l’aventure. Vous en viendrez, a posteriori, à voir ce moment comme une importante mais positive transition dans votre vie”. Une transition qui doit permettre de trouver la meilleure voie possible pour l’avenir.

(1) Rob Hopkins, Manuel de transition de la dépendance au pétrole à la résilience locale. Version française parue en 2011, Editions Ecosociété / S!lence. Disponible auprès de l’association Sortir du Pétrole.

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