Six pistes pour reconstituer l’humus des sols comme puits de carbone

Traitement des déchets, élevage, consommation de viande, agriculture, fertilisants, agroforesterie... Pour David Holmgren, cofondateur du concept de permaculture, accroître le stockage du CO2 de l’atmosphère -nécessaire pour arriver à une société neutre en carbone d'ici quelques dizaines d'années et ainsi contenir le réchauffement à +2°C- passe par la reconstitution du “capital naturel de l’humus des sols”.

Autant est-il nécessaire que tout le monde s’y mette pour agir efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre, autant certaines solutions n’apparaissent pas vraiment consensuelles et indolores tant elles tranchent avec le système de développement actuel, lui-même à l’origine de la crise climatique. C’est par exemple le cas de la reconstitution de l’humus des sols qui, aujourd’hui, meurent progressivement, notamment par le fait des monocultures intensives et des engrais chimiques dont cette agriculture a besoin pour maintenir les rendements.

Il est à la fois envisagé que le puits de carbone constitué par les sols s’affaiblisse avec le réchauffement global et... que nous nous appuyions sur le captage-stockage du CO2 pour parvenir à contenir le réchauffement global à +2°C

Avec l’océan, ces sols terrestres sont un puits de carbone permettant de “pomper” une partie du dioxyde de carbone que l’on injecte dans l’atmosphère, environ le quart. Capté par le jeu de photosynthèse. ce CO2 est ensuite transmis aux plantes, et également aux sols, qui le stockent.

Or, il est à la fois envisagé que ce puits s’affaiblisse avec le réchauffement global et que nous nous appuyions sur le captage-stockage du CO2 pour parvenir à contenir le réchauffement global à +2°C depuis l’époque préindustrielle. Face aux technologies humaines de captage, de stockage et d’utilisation du CO2 sur lesquels certains comptent mais qui demeurent bien virtuels, la mieux placée pour réaliser ce travail reste très clairement à ce jour la nature. Une question est donc de savoir comment on pourrait “s’arranger” avec elle.

Implanter des systèmes forestiers à grande échelle dans tous les paysages agricoles

La permaculture fournit une réponse. Dans son dernier ouvrage, David Holmgren, cofondateur de ce concept, donne six pistes d’actions très concrètes:

1- Rendre tous les déchets organiques aux jardins et aux sols agricoles productifs.

2- Supprimer toutes les formes intensives d’élevage du bétail et d’agriculture industrielle -“qui consomment trop de combustibles fossiles et amoindrissent l’humus des sols”, souligne David Holmgren- en augmentant la demande de cultures en plein champ.

3– Permettre la consommation (réduite) de viande grâce à une gestion prudente des prairies naturelles et à une gestion extensive du bétail afin de reconstituer l’humus via des prairies permanentes.

4- Mettre en place des rotations de prairies de légumineuses pour reconstituer l’humus “plutôt que des cultures en continu à coup d’herbicides”.

5- Remplacer les engrais solubles destinés à nourrir les cultures par des engrais à base de minéraux rocheux et par de l’humus à base de charbon pour nourrir le sol.

6- Implanter des systèmes forestiers à grande échelle dans tous les paysages agricoles, “surtout dans les zones à fortes précipitations”. David Holmgren préconise les arbustes fourragers, les cultures arbustives et les espèces d’arbres résistantes et donnant du bois d’œuvre, qui structurent le sol, “plutôt que les espèces qui l’abîment”, par exemple des conifères.

"Lorsque la terre sous nos pieds ressemble plus à une éponge humide et foncée qu’à un gros bloc de béton, on est sur la bonne voie”, commente David Holmgren dans son livre.

Pour lui, “nous pouvons procéder de plusieurs façons, à la fois par nous-mêmes et en soutenant les agriculteurs et les gestionnaires de l’occupation des sols qui partagent ce point de vue, c’est-à-dire principalement, mais pas uniquement les adeptes de l’agriculture biologique et biodynamique”.

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