Plancher producteur d’eau chaude, récupérateur de calories en toiture, optimisation d'apports solaires, cloison sur garage... Dans une enquête menée auprès de ses membres, l’Association des industries de produits de construction montre qu’il existe des solutions d’efficacité énergétique qui ont la vertu de coûter moins cher que les solutions qu'elles remplacent. La question est maintenant de “massifier” ces innovations.
Bien isoler son logement ne coûte pas forcément plus cher et peut même être une source d’économies sur le chantier... C’est ce que montre une enquête effectuée par l’AIMCC, l’Association des industries de produits de construction, auprès de ses membres et de leurs organisations professionnelles, afin de “faire remonter des solutions innovantes exemplaires récentes”. Baptisée “Bâtiment et innovation”, cette enquête a donné lieu à la sélection de 11 innovations cumulant performance thermique et réduction des coûts.
“Ces seules 11 innovations dans une maison individuelle permettrait de réduire le coût de construction de celle-ci de 10 % et d’améliorer sa performance énergétique de 15 %”
Prenant aussi bien en considération le gros œuvre que le second œuvre ou l’équipement, ces innovations permettent en particulier, selon l’AIMCC, “de gagner en efficacité énergétique tout en faisant baisser les coûts de construction et/ou d’exploitation des bâtiments": chauffage, émissions de CO2, consommation d’eau... Elles offrent également "un grand nombre d’avantages dans le cadre du déroulement du chantier : gains de productivité, délais de construction réduits, pénibilité atténuée pour les artisans, consommations énergétiques réduites sur les chantiers, etc.”
“La mise en œuvre de ces seules 11 innovations dans une maison individuelle permettrait de réduire le coût de construction de celle-ci de 10 % et d’améliorer sa performance énergétique de 15 %”, précisent même les responsables.
Mur à rupteur thermique intégré, plancher producteur d’eau chaude, surélévation allégée bois, brique isolante à joints minces...
Voici ces innovations.
1 - Façade panneaux sandwich.
L’innovation consiste à "produire un panneau de façade pré-assemblé en usine et dont les qualités sont optimisées. Cette solution est destinée à la réalisation de façades en bâtiments neufs ou en rénovation, principalement dans le secteur industriel et tertiaire". Selon l’AIMCC, elle fait gagner 80% sur la performance thermique pour un coût de la façade qui baisse de 20%.
2 - Mur à rupteur thermique intégré.
L'innovation consiste à réaliser le mur avec des "prémurs incorporant en usine des correcteurs de ponts thermiques" qui offrent une diminution des déperditions. Avec cette solution, les besoins en chauffage baissent de 10% tandis que le coût du mur est réduit de 15 %, estime l’AIMCC.
3 - Plancher producteur d’eau chaude.
Il s’agit d’un "nouveau système de recyclage d’énergies qui consiste à intégrer un échangeur thermique haute performance dans un entrevous isolant pour préchauffer l’eau froide qui alimente le chauffe-eau et/ou le mitigeur avec les calories habituellement perdues des eaux chaudes évacuées". Pour l’AIMCC, cette innovation réduit la consommation d’eau chaude de 40 % en faisant économiser 30 % sur le coût du plancher fourni-posé.
4 - Surélévation allégée bois.
C’est tout simplement un moyen de densifier les tissus urbains. Le procédé consiste à "construire des surélévations en ossature bois préfabriquée, légère et rapide à mettre en oeuvre. La préfabrication en atelier est adaptée aux spécificités de chaque projet architectural". Cette innovation fait économiser 10 % sur le coût de surélévation tout en offrant + 20% sur la performance thermique, selon l'AIMCC.
5 - Brique isolante à joint mince.
Remplaçant la brique traditionnelle à joint épais, cette brique est "destinée à la maison individuelle, aux logements collectifs (jusqu’à R+5) et aux bâtiments non résidentiels". Grâce à une "nouvelle préparation des terres" et un "nouveau dessin des alvéoles", elle représente 30 fois moins de matière manipulée sur le chantier, avec un gain sur la performance thermique de 100 %, d'après l’AIMCC.
Récupération de calories en toiture, optimisation des apports solaires, cloison sur garage...
6 - Récupérateur de calories en toiture.
Le procédé est assez simple: en passant sous les tuiles de terre cuite, l’air se réchauffe. L’innovation consiste à "récupérer l’énergie de cette lame d’air. Les calories récupérées servent à chauffer l’air entrant dans un chauffe-eau thermodynamique ce qui permet d’en améliorer le rendement". Selon l'AIMCC, cette innovation fait économiser 3 % sur le coût d’exploitation de la maison et réduit de 20% la consommation électrique sur le poste eau chaude.
7- Façade F4 haute performance à isolation répartie.
Il s’agit d’un système de "paroi façade à hautes performances assurant à la fois l’isolation thermique, l’étanchéité à l’air et à l’eau, l’isolation acoustique et la sécurité incendie", et une paroi en plus "entièrement démontable et valorisable en fin de vie du bâtiment". Cette façade s’adapte aux bâtiments neufs ou existants à structure de type poteau-poutre. Cette innovation réduit de 20 % les délais de construction tout en réduisant de 40 % les émissions de CO2 en analyse de cycle de vie, assure l'AIMCC.
8 – Optimisation des apports solaires.
Il s’agit d’un "système qui ajuste la position des occultants (volets roulants par exemple) en fonction du flux solaire. Le dispositif, embrayé sur demande, permet ainsi de piloter d’une manière automatique les occultants de type "volets roulants" ou "brise soleil orientables" selon plusieurs positions prédéfinies. Le flux solaire incident sur la paroi concernée et la température de la pièce sont utilisées pour profiter des apports solaires en hiver et éviter les surchauffes en été". Cette innovation réduit de 10 % les besoins en énergie et de 15 % le coût du chauffage, selon l'AIMCC.
9 – Cloison sur garage.
L’innovation de ce système repose sur un nouveau type de montants qui permet de limiter les déperditions thermiques et qui se fixe au sol et au plafond sur des cornières. Cette innovation fait gagner 30 % sur la perfomance thermique tout en réduisant de 15 % le coût fourni-posé, d'après l'AIMCC.
10 – Fenêtre coulissante mixte PVC / fibre de verre.
Le principe innovant consiste à associer de la fibre de verre avec du PVC. "La fibre apporte une forte rigidité aux profilés PVC, permettant une diminution importante des sections des profilés et donc une esthétique préservée. Un coulissant mixte PVC/fibre de verre est aussi fin qu’un coulissant traditionnel tout en bénéficiant de performances thermiques améliorées". L'AIMCC note que cette innovation fait gagner 30 % sur la performance thermique tout en réduisant de 15 % le coût fourni-posé.
11 – Solution de chauffage par l’air.
Il s’agit d’associer "une pompe à chaleur air/air avec un système de régulation et de diffusion d’air permettant une température sur-mesure, pièce par pièce toute l’année". Cette innovation réduit, selon l'AIMCC, de 70 % la consommation énergétique et de 10 % le coût de l’installation du chauffage.
Comment lever les freins à la diffusion des innovations ? Encourager leur transfert, décloisonner la formation, promouvoir une approche globale de la performance environnementale...
« Cette enquête révèle une industrie des produits de la construction très innovante. Il est dès aujourd’hui possible de conjuguer amélioration des performances (notamment thermique et énergétique) et baisse des coûts de construction », commente Hervé de Maistre, président de l’AIMCC. Néanmoins, Il reste un enjeu majeur: “Faire en sorte que les solutions innovantes des industriels soient davantage mises en œuvre sur les chantiers. Manque d’informations de l’architecte, habitude de l’entreprise de travaux à travailler avec d’autres produits... autant de raisons qui font qu’en pratique, la mise en œuvre des innovations sur les chantiers est aujourd’hui insuffisante”, estime en effet cet organisme. Sans parler de la formation, jugé trop “cloisonnée” notamment en ce qui concerne la formation continue.
Ainsi, forte des résultats de son enquête, l’AIMCC appelle les pouvoirs publics à "lever les freins existants à la diffusion des innovations développées par les industriels”. Elle formule quatre propositions:
- “Favoriser la mise en œuvre effective des innovations” en encourageant leur transfert, en fixant des objectifs de performance clairs et ambitieux.
- “Renforcer la formation des professionnels du bâtiment afin qu’elle valorise davantage les techniques innovantes et encourage le décloisonnement des métiers”, avec une meilleure “approche globale dans la formation initiale et surtout continue”.
- “Promouvoir une approche globale de la performance environnementale”, sur l’ensemble du cycle de vie. L’AIMCC propose “que les politiques publiques d’incitation à la rénovation des bâtiments soient établies sur la base d’une évaluation globale technique, économique et environnementale de chaque projet”.
- Entrer dans la transition numérique. Pour l’AIMCC, “le développement du numérique appliqué à la construction permettra de nouvelles économies pour les travaux de construction et d’entretien des bâtiments, des gains de productivité liés à une meilleure maîtrise de l’information ainsi que des créations d’emplois”.