S’inspirer de la nature pour parvenir à un monde durable: c’est le but du CEEBIOS, alias le Centre européen d’excellence en biomimétisme qui a pris place à Senlis, près de Paris, et dont l’objet est, face à un problème donné, de chercher “des réponses performantes déjà sélectionnées par des organismes vivants et incluant une réduction des coûts énergétiques, la faiblesse des émissions et/ou la non-toxicité”.

Boosté par les énergies fossiles, notamment le pétrole, notre mode de développement actuel exploite les richesses naturelles finies, estime que la nature doit être maitrisée et juge qu’il faut évidemment lutter contre elle si besoin. Il s’oppose en fait à la nature. Cela pose et posera de plus en plus de soucis: réchauffement global, pollution, pénurie de ressources... Et si au contraire, pour être plus “durable”, on apprenait à connaître et à utiliser les principes, interactions et stratégies des êtres vivants, des processus naturels, des écosystèmes et de la biosphère, qui permettent à cette nature d’assurer son développement depuis des centaines de millions d’années et, finalement, à la Terre d’assurer la permanence de la vie depuis quelques milliards d’années malgré les épreuves (progression du pouvoir de réchauffement du soleil, changements climatiques répétés, accidents divers...) ?

C’est l’approche qu’adopte, en Ile-de-France, le CEEBIOS, c’est-à-dire le Centre européenn d’excellence en biomimétisme de Senlis, qui a pris la place d’une ancienne caserne militaire et qui a été inauguré cette année par la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, Ségolène Royal, et le président du Muséum national d’histoire naturelle Gilles Bœuf, par ailleurs président du comité scientifique du centre et de l’association CEEBIOS.

Trois niveaux de biomimétisme: les formes adoptées par les êtres vivants, les matériaux et processus de « fabrication » opérant chez les êtres vivants, et les interactions entre espèces et dans les écosystèmes

Il s’agira donc ici de “faire de la recherche autrement, en s’inspirant du vivant pour tirer parti des solutions et inventions produites par la nature”, assurent les responsables qui font du biomimétisme, “à la fois économe en énergie et en ressources”, le “symbole de la nouvelle révolution industrielle en cours”.

Pour Gilles Bœuf, « Cette démarche est très originale en France, qui avait un besoin particulier de structuration de ses efforts en matière de R & D dans ce domaine très transdisciplinaire : recherche fondamentale, sciences de l'ingénieur et technologies et entreprises. »

Concrètement, “face à un problème donné, la méthode biomimétique consiste à chercher des réponses performantes déjà sélectionnées par des organismes vivants et incluant une réduction des coûts énergétiques, la faiblesse des émissions et/ou la non-toxicité”. Trois niveaux d’”exigence croissante en termes de durabilité” sont distingués:

- Les formes adoptées par les êtres vivants. Ce niveau est déjà exploité par le monde industriel actuel: ailes d’avion, becs de train à grande vitesse.

- Les matériaux et les processus de « fabrication » opérant chez les êtres vivants. Entre autres illustrations: le fil de l’araignée et sa solidité, l’épiderme du requin et ses caractérisques pour les combinaisons de natation, ou encore les termites qui, “installés dans des zones de forte amplitude thermique entre le jour et la nuit”, sont parvenus pour survivre à “garder une température constante et tempérée au sein de leur habitat”. L’exemple a été repris par un architecte au Zimbabwe, Mick Pearce, pour en faire une technique de climatisation ayant permis  de réduire “la consommation d’énergie thermique de son bâtiment de 90 %”.

- Les interactions que les espèces développent entre elles et le fonctionnement global des écosystèmes naturels. “Au Danemark, le complexe industriel de Kalundborg s’est développé selon un modèle économique écosystémique et circulaire, les déchets des uns devenant ressource pour les autres”, toujours selon les responsables.

Un "business campus", un pôle formation, un pôle recherche et un espace "congrès"

“En France, l’intérêt pour le biomimétisme se développe rapidement. De nombreux laboratoires de recherches, des collectivités publiques, des cabinets d’architectes ou de designers, des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs d’activité, conscients des enjeux et des urgences écologiques, souhaitent innover de manière durable et réduire radicalement leur consommation d’énergies et de ressources naturelles”, poursuivent-ils.

Toutes ces personnes pourront donc se retrouver au CEEBIOS qui est du reste déjà ouvert depuis le début 2015 aux entreprises souhaitant s’installer ici, et qui doit progressivement s’étendre d’ici 2020 sur 10 hectares et 25 000 M2 de bâtiments. Le centre comprendra au total:

- Un “business campus” dédié aux start up, PME et TPE, composé d’une offre de bureaux et de services associés ainsi qu’un centre de télétravail.

- Un pôle formation pour l’enseignement en formation initiale ou continue. Les lycées sont d’ores et déjà impliqués en vue de la création de BTS spécialisés et de 4 modules de masters.

- Un pôle recherche “avec des laboratoires mutualisés et des terrains d’expérimentation pour des équipes pluridisciplinaires et plurisectorielles mêlant scientifiques, ingénieurs et recherche et développement”.

- Un espace congrès et conférences pour accueillir les industriels, les scientifiques et le public.

Le Ceebios abrite également un fab’lab, le LABio. Géré par une association ad hoc, celui-ci prend la forme d’un laboratoire de biomimétisme où des passionnés offrent un espace de travail et des ressources communes, et mettent à disposition du matériel scientifique et technique “afin de permettre un partage des connaissances, une démystification des technologies et une transmission scientifique”, et avec à la clé des projets personnels ou collaboratifs.

Question: pour être optimal et encore plus durable, le biomimétisme ne devra-t-il pas également conserver, comme sait subtilement le faire la nature, une apparence assez simple, "low tech" ?

FacebookTwitterGoogle BookmarksLinkedin