L'Anthropocène, c'est l'ère -géologique- des humains: à force de sortir de Terre des énergies fossiles, nous avons rompu la stabilité bioclimatique de la précédente ère, l'Holocène. Dans son "Voyage dans l'Anthropocène", le glaciologue Claude Lorius montre que "nous avons besoin de redéfinir notre contrat planétaire en comprenant que nous sommes tous dans le même bain". C'est urgent...

"Nous qui nous croyions dans l'Holocène -10 000 ans d'une ère à l'extraordinaire stabilité bioclimatique- voilà que l'analyse de l'air contenu dans les glaces nous montre brutalement que la main de l'homme, inventant la machine à vapeur, a du même coup déréglé la machine du monde. Sols détruits, acidification des océans, destruction d'espèces animales ou végétales, ressources pillées, déchets éparpillés: l'homme est devenu une force géologique, et même sans doute la principale agissant aujourd'hui sur la Terre." Claude Lorius est glaciologue. C'est notamment grâce à ses recherches que les scientifiques ont irréfutablement prouvé l'accumulation de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère et "désigné notre civilisation thermo-industrielle comme responsable de la crise écologique".

De son histoire, Claude Lorius témoigne: "Nous transformons la Terre tel qu'aucun autre événement cosmique, tellurique ou géologique ne l'a fait de manière aussi brutale depuis des millions d'années. Nous avons changé d'ère", confirme-t-il, d'ère géologique s'entend. Fini l'Holocène. Il faut donc trouver un autre nom. "Géologues et géophysiciens plaident aujourd'hui pour une nouvelle dénomination de cette période de l'histoire naturelle du monde: l'Anthropocène", l'ère des humains. Le témoignage de Claude Lorius a pris les trait d'un livre, écrit avec le journaliste Laurent Carpentier: "Voyage dans l'Anthropocène - cette nouvelle ère dont nous sommes les héros".

La fin des énergies fossiles tissera le linceul de ce que l'on appelle "la modernité" (Claude Lorius)

Directement relié à l'exploitation des énergies fossiles, l'ère anthropocène est "à la fois l'âge d'or - celui des grandes découvertes, du progrès scientifique, de la démocratie, de l'allongement de la vie- et l'ère de l'aveuglement: nous n'avions rien vu venir". Car "tous les indicateurs envoient le même message: nous avons déséquilibré le monde d'une façon telle que nous sommes aujourd'hui en droit de penser que le processus est pratiquement irréversible".

A l'instar de notre dégazage de ce que la Terre a pu s'évertuer à enfouir dans ses entrailles pendant des millions d'années, l'Anthropocène est brutale, rapide. Si elle parvient à provoquer un changement radical de l'environnement terrestre, cet ère ne durera pas pour autant longtemps selon Claude Lorius: "La fin de l'homme, non. La fin de l'anthropocène, oui. Le jour où le dernier puits de pétrole percé à grand renfort de dollars et de hautes technologies (...) aura été asséché, le jour où la dernière veine de charbon aura été saignée, où le dernier pipeline de gaz aura été vidé, la fin des énergies fossiles tissera, nous le pensons, le linceul de ce que l'on appelle "la modernité". Ainsi le monde sortira -pas vraiment indemne- de cette période de transition violente et inédite que fut l'anthropocène". La décroissance sera alors inéluctable. Il n'y aura plus à choisir.

"Voyage dans l'Anthropocène - cette nouvelle ère dont nous sommes les héros", Claude Lorius et Laurent Carpentier. Paru aux Editions Actes Sud en 2010. 19,8 euros.
 
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