Cinéma. Dans Homo Sapiens, les acteurs ne sont plus les êtres humains, devenus traces architecturales, mais le vent, le soleil, la pluie, la neige, la mer, poétiques moteurs de la résilience de la Terre. Pas un documentaire. Un film étonnant et aux images fascinantes.

Construire une fiction de 90 minutes à partir d'un assemblage de plans fixes de plusieurs dizaines de secondes chacun, représentant des sites abandonnés, sans nul homme, femme ou enfant, sans aucun commentaire: le pari de l'Autrichien Nikolaus Geyrhalter, auteur notamment de Notre pain quotidien, film engagé sur l'industrie agroalimentaire, était osé. Il en ressort un opus poétique sur les traces que nous laissons, sur notre rapport à la nature et la résilience de cette nature... Homo Sapiens.

Dans Homo Sapiens, sauf au hasard d'une mosaïque en tout début de film, vous ne verrez donc aucune représentation d'être humain. L'être humain a ici totalement disparu. Cependant, il reste encore omniprésent par ses traces... architecturales. Nikolaus Geyrhalter nous les donne à voir plans après plans, dans tous les lieux de vie construits par Homo Sapiens pour Homo Sapiens: dans ses logements, dans ses écoles, dans ses hôpitaux, dans ses bâtiments religieux, dans ses centres commerciaux, dans ses transports...

La lenteur du film induite par les plans fixes fait écho à la lenteur de la nature qui a tout son temps, qui reprend souvent doucement mais inéluctablement ses droits

Et on peut tout imaginer: que l'être humain ait complétement disparu de la surface de la Terre ou qu'il y soit encore, pourquoi pas avec seulement quelques survivants, mais pourquoi pas également toujours triomphant... Car, si Homo Sapiens est bien selon Nikolaus Geyrhalter -qui conserve au fil de ses plans l'anonymat des lieux- une fiction et non un documentaire, les sites qu'il dépeint avec une grande esthétique, existent bel et bien.

Du monument de Buzludzha en Bulgarie, tombé dans l'oubli avec la fin de l'empire soviétique, à l'ancienne île minière d'Hashima au sud-ouest de Nagasaki au Japon, ville abandonnée après l'exploitation de son gisement houiller, en passant bien sûr par Fukushima et ses environs, désertés après la catastrophe due au tsunami de 2011, ce film montre des traces déjà présentes de notre passage. Et nous sommes toujours là, toujours certains majoritairement d'être plus forts, plus malins, plus intelligents que la nature.

Au-delà de notre propre finitude et d'une ode à la nature humaine, la force de Homo Sapiens est justement de nous remettre, nous spectateurs, au niveau de la nature, de nous y reconnecter par ces traces que nous laissons. La lenteur du film induite par les plans fixes fait écho à la lenteur de cette nature qui a tout son temps, qui reprend souvent doucement mais inéluctablement ses droits. Les véritables acteurs du film ne sont tout simplement plus les êtres humains, mais le vent, le soleil, la pluie, la neige, la mer, moteurs de cette réappropriation et de la résilience de la Terre. Plantes, oiseaux, insectes et autres petits animaux y sont les témoins de la permanence de la vie au-delà de l'absence humaine. Tant qu'elle le peut, la nature continue à chanter sa poésie.

Actuellement en salle au Reflet Médicis à Paris, au Georges Méliès à Montreuil, à Mont-Saint-Aignant (Seine-Maritime) et à Villeneuve d'Ascq (Nord).

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