Les arbres ne sont pas égaux devant le réchauffement...

Occupant plus de 3 millions d’hectares en France à eux deux, le hêtre et le chêne pédonculé sont en situation délicate face notamment à la sécheresse. Pouvant servir de bois d’œuvre et remplacer par exemple le teck provenant souvent illégalement de forêts lointaines, le robinier faux acacia s’adapte beaucoup mieux... Une liste des essences les plus résistantes a été mise en place.

Certains essences d’arbres sont appelées à souffrir davantage que d’autres face au réchauffement global et aux désordres climatiques qu’il provoque. C’est notamment le cas du hêtre et du chêne pédonculé, deux des principales espèces que l’on trouve en France sur respectivement 1,4 et 2 millions d’hectares. Toutes deux sont en effet assez sensibles à la sécheresse, le hêtre craignant également un froid automnal brutal, les gelées tardives ou encore un sol régulièrement détrempé.

Les gestionnaires développent du reste déjà certaines mesures d’adaptation. Pour le hêtre, il est notamment conseillé de mettre en adéquation stations forestières (1) et essences, de limiter la densité des peuplements, de raccourcir les rotations, de faire des mélanges avec d’autres essences, ou encore de privilégier la régénération naturelle en l’absence de mortalité. Pour le chêne pédonculé, une étude effectuée en Poitou-Charentes révèle que les dépérissements ont d’abord lieu dans les forêts trop vieilles ou à forte concurrence en eau. Dans ce cas, en plus d’une réduction de cette concurrence avec des éclaircies plus fortes, le renouvellement des peuplements peut être effectué par hybridation avec les plus rustiques chênes sessiles ou avec des chênes pubescents.

Le robinier faux-acacia nouveau roi de la forêt de demain ?

Des essences d’arbres montrent quant à elles, et évidemment chacune dans certaines limites, une meilleure capacité de résistance. La Société forestière, filiale de la Caisse des dépôts, a commencé à établir une liste de ces essences de transition, liste qui est en révision permanente. étant entendu qu’outre la question du réchauffement une espèce ne peut pas être privilégiée partout, mais simplement là où les stations forestières lui sont favorables.

Outre le chêne sessile, on trouve dans la liste de la Société forestière les fruitiers (merisiers, alisiers...), les érables, les tilleuls, le châtaigner, le robinier faux-acacia, le platane, le tulipier de Virginie, le chêne rouge, le charme, le bouleau et, parmi les résineux, l’épicéa, le mélèze, les cèdres, le douglas, les sapins ainsi que les pins maritime, laricio, sylvestre, noir et de Monterey.

Une essence, qui s’adapte en plus à une grande partie des stations forestières, se détache particulièrement parmi toutes: le robinier. Voilà un arbre qui, classé “invasif” et jusqu’alors principalement utilisé dans les régions viticoles pour faire des piquets, se révèle parmi les plus résistants aux sécheresses et aux inondations.

Mieux encore, attirant les abeilles et fixant l’azote, il est également capable de coloniser certains terrains pauvres. Son bois imputrescible peut en plus être utilisé en bois d’œuvre et remplacer au passage les bois exotiques importés -illégalement dans une bonne proportion- comme le teck. Pour finir, il possède la caractéristique de pousser rapidement.

Représentant actuellement 130 000 hectares disséminés en petits taillis, le robinier est donc malgré son côté “invasif”, de plus en plus pris en considération dans les stratégies d’adaptation, de renouvellement des peuplements, de production de bois local pour la construction, et par conséquent de stockage du CO2. Préfigure-t-il la forêt de 2050 ?

(1) Une station forestière est une "zone d’étendue variable, homogène dans ses conditions écologiques : climat, relief, géologie, sol et végétation naturelle". Dès qu’un de ces critères varie, on a une nouvelle station forestière.
 
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