Comment passer de la culture "industrielle", centralisée et basée sur un socle énergétique non renouvelable et des flux de matières linéaires, à une culture "soutenable", décentralisée et basée sur un socle énergétique renouvelable et des flux de matières circulaires ? Par la permaculture, selon l’Australien David Holmgren, cofondateur de cette approche systémique de nos réalités.

La permaculture n’est pas qu’une façon performante de pratiquer l’agriculture biologique. Parce qu’elle possède la particularité de se fonder sur une manière de penser et de concevoir systémique, ou holistique, elle permet plus généralement à chacun “de donner du sens à son environnement” et “d’améliorer ses choix”, selon l’Australien David Holmgren, l’un de ses cofondateurs (1). Véritable culture ("contre-culture" à ce jour), la permaculture peut ainsi aider les individus à “mieux comprendre leur monde” et à “agir dans leur intérêt, présent et futur”.

“Modelés par une culture de la croissance, nous avons du mal à considérer le déclin comme un phénomène positif. La permaculture constitue une adaptation pleine et entière aux réalités écologiques du déclin, tout aussi naturelles et créatives que celles de la croissance.”

Ainsi, quand David Holmgren schématise le pic pétrolier ou pic des énergies fossiles, le "modernisme" y représente la partie ascendante, c’est-à-dire la “culture de la croissance industrielle” tandis que la permaculture représente la “culture de la descente”.

“Modelés par une culture de la croissance, nous avons du mal à considérer le déclin comme un phénomène positif”, commente David Holmgren, ajoutant: “La permaculture constitue une adaptation pleine et entière aux réalités écologiques du déclin, tout aussi naturelles et créatives que celles de la croissance”.

Dit autrement, la permaculture peut être un outil permettant de rechercher comment accomplir une descente énergétique “harmonieuse et éthique”, pour aboutir à une “culture soutenable à faible consommation d’énergie”.

La permaculture contraste donc d’emblée avec ce que l’on appelle aujourd’hui le “développement durable” (même si la traduction de “sustainable development” est précisément développement “soutenable”). L’objectif du “DD” apparaît en effet plus comme la pérennisation de la “culture de la croissance industrielle” grâce au remplacement des énergies fossiles, voire du nucléaire, par les énergies renouvelables, ainsi que grâce à l’efficacité énérgétique, à l’économie dite “circulaire”, etc.

Contrastes entre une culture dominée par la pensée “réductionniste” (la culture "industrielle") et l’autre dominée par une pensée “holistique” (la culture "soutenable")

Envisageant pour sa part la “soutenabilité” comme “un ensemble de priorités systémiques cohérentes”, David Holmgren montre le contraste qui existe en fait “entre la culture industrielle dominante, qui atteint aujourd’hui son paroxysme à l’échelle mondiale, et une culture soutenable qui reflète des réalités écologiques à long terme”. Il réalise cette mise en évidence en comparant les caractéristiques de la culture “industrielle” et de la culture “soutenable”.

Ainsi, le socle énergétique de la culture industrielle est non renouvelable (pétrole) tandis que ses flux de matières sont linéaires (il le reste en bonne partie dans l’économie circulaire naissante dans la mesure où seulement une partie de matière peut être recyclée). Le socle énergétique de la culture “soutenable” est lui renouvelable (soleil, vent, eau...), avec des flux de matières circulaires.

Par ailleurs les “actifs naturels” de la culture industrielle sont représentés pour David Holmgren par la "consommation" dans la culture industrielle tandis qu’ils sont au contraire symbolisés par le "stockage" dans la culture soutenable. Quant à l’organisation, elle est "centralisée" dans la culture industrielle mais elle forme un "réseau décentralisé" dans la culture soutenable.

La culture industrielle agit en plus à grande échelle (mondialisation) avec un mouvement rapide, un objectif au centre et des rétroactions positives. La culture “soutenable” agit au contraire à petite échelle (l’individu), avec un mouvement lent, un objectif “à la marge” et des rétroactions négatives. Contraste également entre une culture dominée par la pensée “réductionniste” (l’"industrielle") et l’autre dominée par une pensée “holistique” (la "soutenable").

Enfin, la culture industrielle se rapproche plus, toujours selon David Holmgren, du sexe masculin tandis que la culture “soutenable” est davantage représentative du sexe féminin.

Même si elles restent “artificielles”, ces caractéristiques permettent pour le théoricien et praticien ”d’identifier rapidement la nature fondamentale et universelle du changement culturel auquel la permaculture participe”.

(1) David Holmgren. Permaculture. principes et pistes d’actions pour un mode de vie soutenable. Livre paru aux Editions Rue de l’Echiquier, juillet 2014. Traduction de l’ouvrage “Permaculture: Principles & Pathways Beyond Sustainability”.

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