Déchets et durée de vie des objets: le modèle Meadows fournit des solutions pour l’économie circulaire

Taxer les produits proportionnellement aux déchets qu’ils génèrent par rapport au temps qu’ils “durent”, de manière à faire de leur durée de vie un critère fondamental et à stimuler la fabrication d'objets facilement réutilisables, réparables et / ou recyclables: c’est une solution de durabilité économique que suggère le modèle scientifique de... Dennis Meadows.

Le modèle mathématique World3 ayant servi à l’équipe de scientifiques de Dennis Meadows au MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour démontrer que la croissance possède des limites, ne permet pas seulement d’annoncer la fin de notre monde actuel de la consommation de masse, dans des délais maintenant assez rapides. Il peut également permettre de tester et d’optimiser la durabilité de produits. C’est ce que montre un ingénieur, Christophe Mangeant qui développe un groupe de travail sur le sujet, dans le cadre des recherches du think tank The Shift Project, spécialiste de la décarbonation de l’activité économique.

“Plus on attend pour mettre en place ces politiques, et plus leurs chances de succès s’amenuisent”

Ayant déterré un chapitre consacré aux déchets solides dans l’ouvrage publié par Meadows et Randers en 1974 “Toward Global Equilibrium: Collected Papers” –livre qui complète le célèbre rapport de 1972 “The limits to growth”- Christophe Mangeant constate que le modèle World3 permet d’analyser l’efficacité relative des actions destinées à réduire le flux annuel de déchets solides d’un produit: taxes sur l’extraction des ressources, augmentation de la durée de vie, subventions sur le recyclage, diminution de la quantité de matière première perdue par objet, etc.

Après l’exploration successive de toutes les alternatives possibles, le résultat est qu’une certaine durabilité est obtenue “en conjuguant les politiques suivantes : taxe sur l’extraction, subvention sur le recyclage, augmentation de la durée de vie des produits, doublement de la fraction maximale recyclable et réduction modérée de la quantité de matériau brut dans chaque produit.”

En revanche, l’application séparée de ces différentes mesures n’obtient pas de résultat probant. Autre enseignement de ce travail : “Plus on attend pour mettre en place ces politiques, et plus leurs chances de succès s’amenuisent”... pour cause de diminution de la disponibilité de la matière première.

La durée de vie pourrait être établie sur une base statistique par des « bureaux d’audit » indépendants qui seraient source de création d'emplois

Afin d’être le plus efficace possible, une proposition pertinente consisterait donc à mettre en place “une taxe proportionnelle au ratio de déchets dans le produit divisé par la durée de vie du produit”. Elle serait ainsi formulée: w/L, w étant la quantité de produit définitivement perdue par unité de produit rebuté, et L étant la durée de vie du produit. La modélisation de cette hypothèse montrent que la recette est gagnante mais qu’elle échoue si elle est appliquée “trop tard ou si la matière à recycler s’est disséminée dans la nature avant d’être recyclée”.

“La durée de vie (re)deviendrait ainsi un critère fondamental, ce qui inciterait les fabricants à utiliser tous les moyens possibles pour ce faire : depuis une meilleure conception jusque faire des produits facilement réutilisables, réparables et/ou recyclables”, souligne Christophe Mangeant, par ailleurs à la fois chercheur au Commissariat à l’énergie atomique et concepteur de panneaux solaires.

“La durée de vie pourrait être établie sur une base statistique par des « bureaux d’audit » indépendants, de même que pour les quantités de matériau brut, de la fraction perdue et le caractère recyclable ou non des sous-parties du produit. Ces organismes restent à inventer, mais seraient source de création d’emplois”, suggère Christophe Mangeant.

Mise en évidence avec à des produits qui restent simples (le cuivre dans l’exemple de Meadows), cette solution gagnerait bien sûr à trouver une application dans le cadre plus générale de l’économie dite circulaire, et pour des objets complexes comme les produits manufacturés, les voitures...

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