ClimAgri: un programme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture

Outil permettant de mesurer à l’échelle d’un territoire les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d’azote) issues de l’agriculture, ClimAgri se définit également comme une démarche pour stimuler la réduction de ces émissions, notamment par le biais des plans climat-énergie. Diffusé par l’ADEME, ce programme va se développer avec les “territoires à énergie positive” ruraux.

Défini par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) comme “un outil et une démarche de diagnostic énergie - gaz à effet de serre pour l’agriculture et la forêt, à l’échelle des territoires”, le programme ClimAgri est appelé à se développer avec les “territoires à énergie positive” ruraux récemment sélectionnés par le ministère de l’Ecologie. Il est en effet prévu que, dans le cadre de leurs actions exemplaires, ces territoires mobilisent “en priorité”  ClimAgri pour le milieu agricole et forestier. En clair, il s’agit de les engager dans une démarche de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Un diagnostic qui permet de confirmer que les émissions de gaz à effet de serre issues de l'agriculture (CO2, CH4, N2O) peuvent atteindre 40 voire 50 % des émissions de certains territoires ruraux

Initialement, l’outil ClimAgri se présente sous la forme d’un tableur “permettant, à partir de la saisie de données relatives au territoire”, d’estimer un certain nombre de données pour l’agriculture et la forêt, à savoir selon l’ADEME :

- Les consommations d’énergie, directes et indirectes, notamment d'énergies fossiles.

- Les émissions de gaz à effet de serre, directes et indirectes: CO2 mais aussi méthane ou CH4 et protoxyde d’azote ou N2O (1).

- Le stock de carbone lié aux sols agricoles et forestiers, ainsi qu’à la biomasse forestière.

- La production de matière première agricole et forestière, ainsi que la performance nourricière du territoire.

“Le tableur produit une estimation des consommations d’énergie et gaz à effet de serre du territoire, par poste de production, par type d’énergie et de gaz, de la phase amont jusqu’aux portes de la ferme. Plusieurs indicateurs environnementaux complémentaires sont également produits”, précise l’Agence.

L’objectif est de “mettre en relation” ces indicateurs. On pourra à cette occasion notamment confirmer que si l’agriculture représente, au niveau national, plus de 20 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, elle peut atteindre sur certains territoires ruraux, 40 voire 50 %. Pour chaque territoire analysé, on pourra également remarquer l’importance de l’élevage dans ces émissions, via le méthane (rots des vaches et effluents notamment) et le protoxyde d’azote (matières organiques non digérées), et/ou l’importance des cultures intensives via encore le protoxyde d’azote (utilisation d’engrais azotés minéraux de synthèse) et le CO2 (énergies fossiles utilisées pour les engins agricoles, les bâtiments, les serres chaudes, et plus généralement pour assurer le fonctionnement des systèmes intensifs).

Diffusé depuis 2011, le programme ClimaAgri a déjà pu être lancé sur une quarantaine de territoires. Exemples en Poitou-Charentes et dans le Nord-Pas-de-Calais

“A partir du diagnostic de la situation initiale, les utilisateurs peuvent construire et tester des scénarios pour évaluer et hiérarchiser les actions à mettre en œuvre”, explique l’ADEME pour laquelle “le diagnostic n’est pas une fin en soi et doit s’insérer dans un dispositif à plus long terme”. Au total, la démarche ClimAgri comprend ainsi “la mobilisation d’un comité de pilotage et la sensibilisation des acteurs impliqués; la collecte des données; l’élaboration du diagnostic et les simulations; la valorisation des résultats et la mise en place d’un plan d’action.”

Ayant constitué un réseau national “restreint” d’experts “capables d’analyser les enjeux agricoles énergie-GES à l’échelle des territoires”, l’ADEME précise également qu’”il ne s’agit pas de proposer des solutions clés en mains pour l’agriculture, mais à travers ce réseau, de contribuer à identifier progressivement les actions réalisables ou non à cette échelle”.

Testée dans une première phase sur douze secteurs, la démarche ClimAgri est diffusée depuis 2011. Depuis, une quarantaine de territoires ont en tout pu se lancer. Parmi eux, le Pays des 6 Vallées au Sud de Poitiers. Entre autres constats ici: “L’agriculture émet presque la moitié des gaz à effet de serre du territoire (46 %). Les deux tiers des gaz à effet de serre agricoles proviennent des grandes cultures: émissions des sols, fabrication des engrais azotés, consommation d’énergies fossiles (par les engins agricoles notamment). Un tiers des émissions a pour origine l’élevage, en particulier le méthane”. A la suite de ce diagnostic, “l’amélioration de la fertilité des sols a été définie comme l’une des priorités du plan d’actions, par le développement des techniques alternatives au labour et l’introduction de légumineuses”.

Autre exemple: la Région Nord-Pas-de-Calais où “le méthane provenant de la rumination des bovins et des effluents d’élevage représente 42% des 4,5 millions de tonnes équivalent CO2 émises. Viennent ensuite le N2O issu des sols et des épandages d’engrais minéraux azotés (35%), et le CO2 généré notamment par la combustion d’énergies fossiles (23%)”. L’objectif est maintenant de “convaincre un nombre croissant de producteurs de modifier leurs pratiques”... tout en ayant conscience que les "freins au changement" sont puissants.

Maîtrise de l'énergie, pratiques agricoles, introduction d'arbres et de légumineuses, alimentation des animaux, gestion des prairies... Des leviers pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Dans sa boîte à outils, remplies grâce à des études ayant pu “identifier les évolutions techniques et modes de production envisageables pour l’avenir” –par exemple l’étude “Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ?” de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), en 2013-  l’ADEME envisage à ce jours neuf leviers d’action:

1- Maîtrise de l’énergie. Il s’agit de réaliser des économies d’énergie au niveau des bâtiments et des engins agricoles.

2- Optimisation de la fertilisation azotée et valorisation des engrais organiques. L’objectif est ici, selon l’étude de l’INRA, de “diminuer le recours aux engrais minéraux de synthèse pour réduire les émissions de N2O associées”.

3- Simplification des techniques culturales pour protéger le sol et économiser l’énergie. “L'abandon du labour, en évitant la perturbation des agrégats du sol qui protègent la matière organique, ralentit sa décomposition et sa minéralisation, et accroît donc le stockage de C. Cette suppression d'une opération culturale forte consommatrice de carburant fossile permet en outre une baisse des émissions de CO2”, explique l’INRA.

4- Introduction de cultures intermédiaires pour protéger le milieu et mieux valoriser l’azote. Le but est d’avoir plus de couverts dans les systèmes de culture pour favoriser le stockage du carbone: cultures semées entre deux cultures de vente en grande culture; cultures intercalaires en verger et vignoble; bandes enherbées à la périphérie des parcelles.

5- Développement des légumineuses pour réduire l’utilisation d’intrants de synthèse. “Grâce à la fixation symbiotique d'azote atmosphérique, ces cultures ne nécessitent pas de fertilisants azotés externes, et laissent dans le sol des résidus riches en azote permettant de réduire la fertilisation minérale de la culture suivante”, selon l’INRA. Précision: ce sont le plus souvent les légumineuses pour l’alimentation du bétail qui sont cités, et non les légumineuses pour l’alimentation humaine.

6- Réintégration de l’arbre dans les systèmes agricoles pour diversifier la production et renforcer les écosystèmes. Il s’agit de développer l’agroforesterie et les haies pour favoriser le stockage de carbone.

7- Optimisation des apports protéiques pour réduire les rejets azotés et apport de lipides pour réduire les émissions de méthane chez les ruminants. Il s'agit plus généralement de trouver des moyens techniques pour que les bovins digèrent mieux et émettent moins de CH4 lors de la digestion.

8- Valorisation agronomique et énergétique des déjections animales. Il s’agit en particulier de développer la méthanisation.

9- Optimisation de la gestion des prairies pour valoriser leur potentiel productif et leurs atouts environnementaux. Pour l'INRA, “les voies envisagées sont : allonger la saison de pâturage pour réduire la part des déjections émises en bâtiment et donc les émissions de N2O et CH4 associées; accroître la durée de vie des prairies temporaires, pour différer leur retournement qui accélère le déstockage du carbone par dégradation des matières organiques du sol; réduire la fertilisation des prairies les plus intensives; intensifier modérément les prairies permanentes les plus extensives (landes...) en augmentant le chargement animal pour accroître la production végétale et donc le stockage de carbone.”

D’autres options, plus radicales, ne sont pas évoquées par l’ADEME, par exemples celles qui ont trait à l’agriculture extensive, à la permaculture ou aux méthodes qui s’en approchent, ainsi qu’aux habitudes de consommation. Par exemple, outre ses bénéfices directes à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, une augmentation des cultures de légumineuses dans le but d’en faire des aliments protéinés de premier plan pour la consommation humaine, faciliterait la baisse de la consommation des protéines animales, notamment bovines, et ainsi la réduction des cheptels, donc des émissions de méthane, et cela sans empêcher le développement de l’élevage en prairie, qui produit une meilleure viande moins émissive...

Les collectivités souhaitant mettre en œuvre ClimAgri peuvent se rapprocher de la direction régionale de l'ADEME de leur territoire. Une journée de sensibilisation à ClimAgri, à destination notamment des porteurs de projets, est organisée le jeudi 12 mars 2015 à Paris.

(1) Gaz à effet de serre très puissants et dont l’agriculture est le principal émetteur. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à quantité égale, le méthane est au moins 84 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans après son émissions (28 fois sur un siècle). Toujours selon le GIEC, le protoxyde d’azote est lui au moins 264 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur 20 ans et 265 fois sur un siècle, ce qui veut dire qu’il est plus persistant que le méthane.

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