Des stocks d’hydrates de méthane pourraient être fragilisés dans l’Arctique de l’Est sibérien par la propagation depuis plusieurs années d’un courant issu des restes du Gulf Stream. Des remontées de CH4 dans la colonne d’eau ont été détectées par les scientifiques de l’expédition russo-américano-suédoise Swerus. Avec le spectre d’une amplification “naturelle” des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

Surprise cet été pour l’expédition Swerus, rassemblant à bord d’un bateau brise-glace des scientifiques russes, américains et suédois: elle a découvert des sites d’émanations de méthane (CH4) dans l’Est sibérien de l’Arctique. Le puissant gaz à effet de serre se propagerait dans l’atmosphère à partir des glaces sous-marines d’hydrates de méthane, qui ne sont stables qu’à certaines conditions de température et de pression (4°C pour 1000 m de profondeur). Les résultats de cette expédition doivent être présentés début octobre, à Stockholm.

Sur le blog de l’expédition, le scientifique Örjan Gustafsson indique notamment que des niveaux de méthane importants, environ 10 fois plus élevés que dans l’océan profond, ont été mis en évidence entre 250 à 500 mètres sous l’eau. Pour lui, les hydrates de méthane de cette région peuvent être fragilisés par la propagation ces dernières années d’un courant relativement plus chaud et issu des restes du Gulf Stream (Dérive Atlantique nord). Le scientifique annonce que l’expédition a également repéré une zone de plusieurs kilomètres où les bulles remontaient la colonnes d’eau à partir de profondeurs de 200 à 500 m.

Accélération de la concentration de méthane depuis 2007

“Si même une petite partie du carbone du plancher océanique de l’Arctique est relâchée dans l’atmosphère, nous sommes foutus” (If even a small fraction of Arctic sea floor carbon is released to the atmosphere, we’re fucked), a commenté dans un tweet Jason Eric Box, glaciologue américain collaborant notamment aux travaux du GIEC, Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Dans son dernier rapport, s’il n’exclut pas des destabilisations des hydrates de méthane aux hautes latitudes, le GIEC estime “peu probable” que l’on assiste au XXIe siècle à une éruption gazeuse massive.

Néanmoins, une telle découverte ne va pas manquer d’inquiéter les experts. En effet, à proportion égale, le méthane est un gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans, et 28 fois sur un siècle, selon les chiffres revus à la hausse et parus dans le dernier rapport du GIEC. Après une période de relative stabilité, les scientifiques ont en outre noté une accélération de sa concentration depuis 2007. Globalement, la concentration de méthane a augmenté d’environ 150 % depuis l’ère préindustrielle et se trouve à un niveau jamais atteint depuis au moins 800 000 ans. Toujours selon le GIEC, le forçage radiatif (capacité à réchauffer la température au sol) dû au méthane vaut actuellement 60% de celui qui est dû au CO2.

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