Devant construire les fondations sur lesquelles la conférence climat de Paris devra bâtir l’année prochaine un accord pour éviter que la Terre devienne de plus en plus invivable, la conférence 2014 des Nations-Unies sur les changements climatiques a eu lieu du 1er au 12 décembre à Lima au Pérou. Des critères de base devant déterminer les objectifs aux moyens qui seront mis en oeuvre, les questions posées étaient déjà cruciales pour la suite des événements.

Des milliers de dirigeants gouvernementaux, négociateurs, experts, et autres représentants de la société civile, se sont réunis à l’occasion de la conférence 2014 des Nations-Unies sur les changements climatiques, du 1er au 12 décembre à Lima (1), capitale du Pérou. Leur objectif numéro 1 était d’établir des fondations sur lesquelles il sera possible de construire un accord universel de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), devant être concrétisé lors de la conférence de l’année prochaine à Paris et devant être apte à limiter à +2°C le réchauffement global par rapport aux niveaux préindustriels. Ils devaient également trouver des moyens de freiner dès maintenant l’accroissement des émissions, sans attendre donc 2020, date d’application de l’accord espéré à Paris.

Il n’y a pas d’autre issue que de construire en environ un demi-siècle une société complétement décarbonée.

A la CNUCC, Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, on a initialement rappelé que le GIEC (Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) a cette année sonné l’alerte contre l’augmentation du niveau de la mer, des orages et des sécheresses consécutives aux émissions incontrôlées de gaz à effet de serre, et a mis en évidence les solutions pour y faire face. On a également souligné que le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement a récemment calculé que, si l’on veut effectivement limiter le réchauffement à +2°C, limite au-delà de laquelle la Terre deviendra de plus en plus invivable, il est nécessaire de connaître un pic d’émissions dans la décennie à venir, avec ensuite une réduction rapide jusqu’à ce que le monde parvienne à zéro émissions nettes, dans la seconde partie du siècle. Traduction: il n’y a pas d’autre issue que de construire en environ un demi-siècle une société complétement décarbonée.

Il ne faudra pas non plus que les émissions globales de CO2 dépasse 1000 milliards de tonnes de CO2, ce qui équivaut à brûler environ 325 milliards de tonnes équivalent pétrole (2). Or, en prenant en considérations les estimations optimistes d’organismes comme l’Institut français du pétrole (IFPEN), on arrive charbon, pétrole et gaz compris, à un total de réserves prouvées de l’ordre de 1000 milliards de tep. Tout en partageant équitablement, il faudra donc en laisser les 2/3 sous terre, ou bien développer massivement, et efficacement bien sûr, les technologies de captage et stockage de CO2, ce qui n’a rien d’acquis.

Réduction des émissions de gaz à efet de serre: si rien de plus qu’aujourd’hui n’est fait avant 2020, on ira vers un réchauffement de +3°C à stabilisation

A partir de là, la conférence de Lima a pu se résumer en six grandes questions:

- Quelles fondations, quels cadres les négociateurs vont-ils donner aux négociations pour qu’elles permettent d’aboutir l’an prochain, à Paris, à un accord capable de limiter effectivement le réchauffement global à +2°C ?

- Les données chiffrées du GIEC serviront-elles de base de travail pour chaque pays, étant entendu que plus de 190 pays doivent donner leurs ambitions dans le premier trimestre de l’année 2015 ?

Exploiter les données chiffrées du GIEC signifie peu ou prou se partager (de préférence équitablement) les 1000 milliards de tonnes de CO2 que l’on peut encore émettre (entre 2012 et 2100, donc moins à ce jour) avant de vivre dans une société zéro carbone.

- Quelles informations les pays devront-ils inclure dans leurs propositions ? Sur quelle durée devront-ils initialement s’engager ?

- Quelles seront les moyens reconnus pour parvenir aux objectifs affichés ? Outre les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, acceptés par tous, de quelles manières seront abordés les cas du captage/stockage du CO2 et du nucléaire, également évoqués par le GIEC au chapitre des “solutions”, mais sources de discordes ?

- Quels seront les moyens mis en oeuvre pour ralentir l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre dès maintenant, sans attendre 2020, date d’entrée en vigueur de l’accord espéré à Paris ?

Cette question est cruciale pour rester dans une trajectoire d’évolution compatible avec un réchauffement limité à +2°C. En effet, si rien de plus n’est fait jusqu’à 2020, notre budget CO2 encore disponible sera alors inférieur à 700 milliards de tonnes (200 milliards de tonnes équivalent carbone), avec des émissions annuelles encore bien plus importantes qu’aujourd’hui (environ 10 milliards de tonnes équivalent carbone par an en 2012), ce qui nous aiguillerait alors davantage vers un réchauffement de +3°C à stabilisation, selon Jean Jouzel, vice-président du GIEC.

- Les engagements financiers pour soutenir les solutions de lutte contre les changements climatiques, et pour aider les pays en développement en matière de réduction des émissions et d’adaptation aux changements climatiques qu’ils ne manqueront pas de subir, seront-ils à la hauteur des enjeux ?

Une autre manière de poser cette question serait de se demander si les conditions de vie sur Terre dans les prochaines dizaines d’années (conditions de vie que l’on décide maintenant) ne valent pas au moins autant que tout l’argent qui a été injecté dans le système financier suite à la crise de 2007-2008 pour sauver (provisoirement) des banques.

“Jamais les risques du changement climatique ont été aussi évidents et les impacts aussi visibles. Jamais nous n’avions vu un tel désir à tous les niveaux de la société d’agir. Jamais auparavant la société n’a eu autant d’intelligence politique et de ressources technologiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et construire une résilience. Tout cela signifie que nous pouvons être confiants sur le fait que nous aurons une rencontre productive à Lima, qui pourra conduire à un résultat effectif à Paris l’année prochaine”, a en tout cas espéré Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC.

(1) COP20, Conférence des parties de la CNUCC (Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques ) numéro 20.
(2) Calcul effectué sur la base de 0,83 tonne de CO2 émise pour 1 tep de pétrole.

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