Pour le think tank The Australia Institute, "l'industrie du charbon menace le secteur du tourisme" en Australie. Si le blanchissement de la Grande barrière de corail perdure, cette région de l'état du Queensland pourrait en effet perdre plus d'un million de visiteurs par an, estime-t-il. Sans compter les services gratuits qu'apportent les récifs coralliens: alimentation, biodiversité, protection des côtes, stockage de carbone, recherche...

Selon une enquête publiée par l'organisme The Australia Institute, le blanchissement de la Grande barrière de corail, dont l'épisode 2016 a tué plus d'un cinquième des récifs selon la GBRMPA (Great Barrier Reef Marine Park Authority), principalement au nord, pourrait coûter à l'Australie, s'il se poursuit, 10 000 emplois dans le tourisme et 1,1 million de visiteurs en moins chaque année... Dont 174 000 touristes internationaux représentant plus d'un milliard de dollars australiens de manque à gagner.

Un blanchissement aussi important aurait été "pratiquement impossible" sans les effets du changement climatique

L'étude de ce think tank précise que le blanchiment risque de conduire les touristes à visiter d'autres régions de l'Australie (37 % des Australiens et Britanniques, 42 % des Américains et 63 % des Chinois) tandis que les touristes étrangers pourraient également être amenés à choisir d'autres pays pour leurs voyages (55 % des Chinois, 35 % des Américains et 27 % des Britanniques).

Cette enquête d'opinion montre également que 83 % des répondants internationaux (hors Australie) pensent que l'Australie a le devoir de protéger ses récifs coralliens. Or, l'état du Queensland, qui abrite la Grande barrière, a exporté à lui seul 207 millions de tonnes de charbon en 2014, soit davantage que la Russie, ajoute The Australia Institute..

Que ce soit par les émissions dues à son charbon ou par l'opposition de l'industrie du charbon à la lutte contre les changements climatiques, le Queensland participe ainsi à l'aggravation du réchauffement global qui, outre El Nino, est montré du doigt par les scientifiques concernant le blanchissement des coraux. Une étude publiée en avril estime en effet que les températures record de l'eau observées pendant l'été austral et qui sont responsables du blanchissement, sont rendues 175 fois plus probables par le réchauffement global.  Dit autrement, un blanchissement aussi important aurait été "pratiquement impossible" sans les effets du changement climatique.

Entre 60 et 100% du corail de 316 récifs ont été entièrement blanchis

D'autre part, parmi les Australiens sondés, la majorité considère que la Grande Barrière est plus importante que le charbon pour l'économie de l'état du Queensland, et présente un plus fort potentiel de création d'emplois.

Le survol de plus de 900 récifs de la Grande Barrière montre, selon Terry Hughes, directeur du Centre d’étude des récifs coralliens, à l’université James-Cook, que 68 récifs, soit 7% seulement, ont entièrement échappé à l'épisode 2016 de blanchiment tandis qu'entre 60 et 100% du corail de 316 récifs ont été entièrement blanchis. La partie la plus touchée est le tiers nord, au dessus de Cairns. Lors des précédents épisodes records de blanchiment, en 1998 et en 2002, 5 à 10 % du corail était mort contre 22% aujourd'hui

 

Selon The Australia Institute, la Grande Barrière de Corail attire 2,4 millions d'Australiens et 1,1 millions d'étrangers chaque année, pour au moins 39 000 emplois. En 2015, les vacanciers se trouvant dans la région ont dépensé 3,3 milliards de dollars, ajoute-t-elle.

Connue comme l'une des sept merveilles du monde et s'étendant sur plus de 2600 kilomètres, la Grande barrière de corail est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Outre leurs intérêts touristiques, qui peuvent eux-mêmes les menacer, les récifs coralliens protègent les côtes, stockent du carbone, accueillent une grande partie de la biodiversité marine, fournissent de la nourriture aux hommes, servent à la recherche...

FacebookTwitterGoogle BookmarksLinkedin