Investir dans les renouvelables, stopper les subventions aux combustibles fossiles, réduire les émissions de méthane dans la production de pétrole et de gaz, réduire l’utilisation des centrales à charbon les moins efficaces, augmenter l’efficacité énergétique... Telles sont pour l’Agence internationale de l’énergie (IEA) cinq actions clés qui permettraient de provoquer un pic des émissions de gaz à effet de serre dès 2020.

A l’occasion des négociations sur le climat qui ont lieu en ce mois de mai à Bonn, afin notamment de mettre en œuvre l’Accord de Paris de décembre dernier, l’Agence internationale de l’Energie (IEA) a rappelé à la communauté internationale que les gouvernements ne sont pas à ce jour en piste pour atteindre le but qu’ils se sont fixés lors de la 21ème Conférence des parties (traduisez “pays” ) de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP21), à savoir limiter le réchauffement global de la planète “bien en dessous” de +2°C depuis l’époque préindustrielle, “en visant +1,5°C”. Selon l’IEA, les gouvernements pourront atteindre ce but “seulement s’ils accélèrent drastiquement l’action climatique” et se servent de toutes les politiques et technologies que contient notamment le “Bridge Scenario” publié par l’IEA l’an passé à l’approche de la COP21.

“L’ambition d’atteindre rapidement un pic des émissions de gaz à effet de serre est ancrée dans l’accord de Paris, mais nous ne voyons pas les actions actuelles la concrétiser”, a indiqué Takashi Hattorin chef de l’unité Environnement et changement climatique de l’IEA. Pour lui, il y a pourtant des voies neutres pour le PIB (“PIB-neutral”) et des moyens d’atteindre un pic d’émissions “tout en maintenant la croissance économique”.

Réduction des émissions de 4,8 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2030 par rapport au scénario “INDC”

Le “Bridge Scenario” de l’IEA propose cinq “mesures clés” pour atteindre un pic mondial des émissions vers 2020:

- Augmenter l’efficacité énergétique dans les secteurs de l’industrie, du bâtiment et des transports.

- Réduire progressivement l’utilisation des centrales thermiques au charbon les moins efficaces et interdire leur construction.

- Accroître les investissements dans les énergies renouvelables dans le secteur de l’énergie de 270 milliards en 2014 à 400 milliards en 2030.

- Abandonner progressivement les subventions aux combustibles fossiles pour les utilisateurs finaux d’ici 2030.

- Réduire les émissions de méthane dans la production de pétrole et de gaz.

L’agence internationale de l’énergie précise que le potentiel de résultat de ces différentes actions serait différent d’une région du monde à une autre.  Ainsi, la Chine, l’Union européenne et l’Inde gagneraient le plus avec l’efficacité énergétique tandis que la réforme des subventions aux combustibles fossiles serait particulièrement efficace pour le Moyen-Orient tout comme la réduction des émissions de méthane pour la Russie. Les Etats-Unis gagneraient pour leur part beaucoup avec à la fois les investissements dans les rénouvelables, l’efficacité énergétique et la réduction des émissions des centrales à charbon.

Toujours selon le rapport de l’IEA, outre un pic des émissions globales de gaz à effet de serre vers 2020, de telles mesures auraient de profondes implications pour le mix énergétique mondial dans les cinq prochaines années: pic de l’utilisation du charbon avant 2020 puis décroissance, augmentation de la demande en pétrole jusqu’à 2020 puis plateau, découplage pour la Chine de l’expansion économique du pays et des émissions de gaz à effet de serre autour de 2020, accélération du découplage dans les pays où les émissions sont déjà en déclin, progression supplémentaire des renouvelables...

Au final, l’IEA assure qu'avec ces actions, les émissions mondiales dues aux activités humaines pourraient être réduites de 4,8 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2030 par rapport au scénario établi avec les promesses actuelles des pays ayant approuvé l’Accord de Paris (INDC, Intented Nationally Determined Contributions) -et qui ne prévoit quant à lui aucun pic des émissions mais plutôt un large dépassement de la limite de + 2°C.

Ne pas confondre émissions et concentration de gaz à efffet de serre

49% de cette baisse seraient attribuables aux progrès en termes d’efficacité énergétique, 17% aux investissements dans les renouvelables, 15% aux réductions des émissions de méthane, 10% à la réforme des subventions aux combustibles fossiles et 9% à la réduction des émissions des centrales à charbon.

Précision: ce n’est pas parce que les émissions mondiales de gaz à effet de serre connaitraient un pic puis baisseraient que la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère diminuerait elle aussi pour autant.

En effet, les écosystèmes terrestres et les océans absorbent à ce jour environ la moitié de nos émissions de CO2, principal gaz à effet de serre “longue durée” émis par les activités humaines. C’est donc seulement quand nos émissions seront inférieures à ce que la nature absorbe que la concentration atmosphérique de CO2 pourra commencer à baisser.

Or, la concentration atmosphérique du seul CO2 est en 2016 de 400 ppm (plus de 480 ppm équivalent CO2 avec les méthane, protoxyde d’azote, halocarbures, selon l’agence américain NOAA) quand le “scénario 450” qui sert de référence à l’agence internationale de l’énergie et à de nombreux décideurs, pronostique selon les données du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) une chance sur deux de ne pas dépasser + 2°C à l’horizon 2100.

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