Les collectivités locales de la planète formellement engagées dans la lutte contre les changements climatiques représentent à ce jour 11-12% de la population mondiale et une économie d’émissions de gaz à effet de serre d’environ 1,5 milliard de tonnes équivalent CO2 d’ici 2020, selon Ronan Dantec qui a copiloté début juillet le Sommet Climat et Territoires à Lyon, en vue de la COP21. Quand les villes et régions représentant les près de 90 % autres êtres humains s'y mettront-elles ? Tic tac, tic tac...

La solution pour limiter le réchauffement à +2°C, voire à + 1,5°C, passe par une réelle approche territoriale. C’est le message du Sommet Climat et Territoires qui a réuni à Lyon, début juillet, et avec entre autres mécènes Air France et GDF-Suez (pardon Engie), environ 800 personnes de 80 pays (1) pour “présenter des engagements concrets” et pour que les acteurs territoriaux puissent “trouver leur place dans un accord ambitieux à Paris”, lors de la prochaine Conférence des Nations-Unies sur le climat, début décembre (COP21).

Généraliser à l’ensemble de la population ce que 11-12% vont faire avec les collectivités locales

S’ils ne les détaillent pas, les responsables estiment que les engagements locaux déjà pris formellement par des municipalités et régions des cinq continents, concernent près de 12 % de la population mondiale et représentent une économie d’émissions de gaz à effet de serre d’1,5 milliard de tonnes équivalent CO2 d’ici 2020.

Citant les données du Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE), Ronan Dantec, sénateur et porte-parole Climat de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), copilotant cet événement, souligne qu’il faudrait une économie d’émissions de 8 à 10 milliards de tonnes d’ici 2020 pour conserver la perspective d’une limitation du réchauffement à +2°C depuis l’époque préindustrielle. Donc, si on arrive à généraliser à l’ensemble de la population mondiale ce que 11-12% vont faire, alors on tient selon lui le bon bout de la solution.

Ne précisant pas ces données, la "déclaration commune" de ce sommet, qui été signée selon Ronan Dantec par une cinquantaine de réseaux recouvrant les deux tiers des habitants de la planète,  ajoute néanmoins: "Cette transition vers une économie faiblement carbonée et résiliente génèrera des créations d’emplois, des économies et une amélioration de la qualité de la vie, grâce aux co-bénéfices sociaux et environnementaux dans de nombreux domaines. Nous appelons au renforcement des moyens dédiés par les Etats et les institutions financières internationales à la lutte contre le dérèglement climatique, à la mise en œuvre de nouveaux mécanismes (garantie d’emprunts, green bonds, tiers-financements, intégration d’un prix du carbone dans l’économie) pour démultiplier les capacités d’action".

“La communauté internationale semble s’obstiner dans un jeu de mistigri, ou chacun attend toujours de l’autre qu’il agisse le premier”

“Il y a maintenant 18 ans, à Kyoto, la communauté internationale accouchait au bout de la nuit d’un accord sur le climat, qui devait permettre de stabiliser les émissions mondiales de CO2 et éviter une catastrophe déjà parfaitement décrite. Presque une génération plus tard, nous vivons les années les plus chaudes jamais enregistrées. Les catastrophes se multiplient, cyclones, sécheresses, canicules sévères, exodes et déstabilisations de régions entières, etc.” avait indiqué Ronan Dantec en discours d’ouverture.

“Pourtant, la communauté internationale semble s’obstiner dans un jeu de mistigri, ou chacun attend toujours de l’autre qu’il agisse le premier, avant d’assumer lui-même sa part de responsabilité. Ce jeu de dupe ne fera que des perdants, nous le savons tous, et pourtant nous continuons à en perpétuer les règles, malgré les désillusions de l’après-Kyoto ou de Copenhague,” avait-t-il poursuivi..

Pour Ronan Dantec, également membre du comité de pilotage de la COP21, le Sommet de Lyon, antidote au fatalisme, avait ainsi vocation “à un peu changer ces règles, qui nourrissent l’attentisme et paralysent l’action”. Et d’alouter: « Nous n’avons pas de plan B parce que nous n’avons pas de planète B » a coutume de dire le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, pour exhorter à l’action. C’est vrai, mais nous avons peut-être des voies de traverse, des voies B, qui permettent de contourner les pesanteurs, de bousculer ce climato-fatalisme qui se développe insidieusement, et qui nourrit peu à peu le repli sur soi de territoires qui voient le monde de demain comme un monde de menace... “

Pour prendre les bonnes voies de traverse, quelques progrès semblent malgré tout encore nécessaires. Les émissions de gaz à effet de serre dues à l’homme représentent tous les ans actuellement plus de 50 milliards de tonnes équivalent CO2 dont environ 35 milliards de tonnes de CO2 directement issues de la combustion de pétrole, de charbon et de gaz. Outre les engagements à prendre d’ici 2020, cette réalité impose pour atteindre le scénario +2°C, que l’on émette au maximum 1000 milliards de tonnes de CO2 après 2010, soit plus ou moins 850 à partir de 2015, et c'est tout. Cette limite non négociable revient à laisser volontairement sous terre environ 80% des réserves actuelles de pétrole, de gaz et de charbon. Même si Engie, ex-GDF-Suez, et Air France étaient des mécènes de ce sommet, il conviendrait à présent d’en tirer enfin toutes les conséquences, y compris pour les villes et territoires, non ? Tic tac, tic tac...

(1) 400 élus de villes et régions du monde, 400 représentants d’acteurs “non-étatiques” (ONG, entreprises, syndicats, etc.)

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