Réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 %, accroissement de l’efficacité énergétique de 20 %, augmentation de la part des énergies renouvelables dans la consommation de 20%... Le Cabinet Deloitte a étudié la mise en œuvre des objectifs énergie-climat 2020 de sept pays européens - Belgique, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni.

Avons-nous besoin d’autant de buts chiffrés pour faire face au défi énergie-climat ? Alors que l’Union européenne vient de se fixer de nouveaux objectifs “vers une économie faiblement carbonée à l’horizon 2050” (1), c’est la question que pose un rapport du cabinet Deloitte qui a procédé à une étude détaillée concernant notamment la mise en œuvre de la stratégie européenne dite “20/20/20” (ou 3x20) à l’horizon 2020 (2) dans sept pays: Belgique, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni.

Pour l'Union européenne, "l’objectif de 20 % d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique en 2020, paraît difficilement accessible"

“La question clé n’est pas le niveau des objectifs ou la façon dont ils seront atteints, mais plutôt si nous avons besoin d’autant d’objectifs. Il en résulte en effet une réglementation complexe et parfois des effets pervers en termes de signal de prix pour les investisseurs – et les consommateurs”, précise en effet Véronique Laurent, responsable Energie et Ressources chez Deloitte France.

Pour elle, “un objectif unique de réduction des  émissions de gaz à effet de serre pourrait être plus efficace, les états membres décidant par eux-mêmes de la politique et du mix énergétique qui leur conviennent le mieux.” Et “il parait important qu’un bilan régulier des coûts et des bénéfices des politiques énergie et climat européennes soit réalisé pour en améliorer l’efficacité”, ajoute-t-elle.

Si cette étude Deloitte reconnaît que “de nombreux états membres sont en bonne voie pour atteindre leurs objectifs nationaux”, elle souligne qu’il ne faut pas pour autant sous-estimer “la contribution du ralentissement économique et ses effets modérateurs sur la consommation d’énergie notamment en Italie, aux Pays-Bas et en Espagne. La reprise économique qui se profile pourrait provoquer une remontée des émissions de gaz à effet de serre, tout particulièrement si les fermetures de centrales nucléaires et l’attractivité économique du charbon se poursuivent”, pense-t-elle.

Elle met également en évidence que “les objectifs d’efficacité énergétique, sont peu clairs en termes d’indicateurs, d’hypothèses et de modes de calcul” et surtout que “l’objectif de 20 % d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique en 2020, paraît difficilement accessible : certains pays comme le Royaume Uni, la France ou les Pays Bas doivent encore réaliser des efforts importants, malgré les investissements considérables déjà engagés”, estime-t-elle.

"Tirer parti du potentiel encore insuffisamment exploité des secteurs du transport, de la construction et de la sylviculture, actuellement hors du champ" du système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS)

Deloitte note en plus que “les déséquilibres énergétiques européens persistent : la dépendance à l’égard des importations d’énergie a augmenté, ainsi que les prix de l’énergie payés par les consommateurs finaux, tandis que le poids des énergies fossiles dans la consommation d’énergie représente encore plus de 80% pour beaucoup d’états membres”.

Quant aux avancées technologiques sur lesquelles les états comptent pour décarboner, elles “n’ont pas toujours connu le développement qui était attendu il y encore dix ans. Le solaire photovoltaïque a évincé l’énergie solaire concentrée. La capture et le stockage du carbone, visant à rendre moins polluante l’utilisation du charbon, sont encore largement sous exploités sous l’effet prix du marché. L’énergie éolienne se développe, mais sa technologie reste relativement inchangée. Les biocarburants de deuxième génération tardent à se matérialiser”, selon Deloitte. En revanche, “les compteurs et les réseaux intelligents commencent à prendre leur essor, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives à la gestion de la demande énergétique”.

Enfin, parmi les défis qui restent à relever, Deloitte note le système actuel d’échange de quotas d’émissions (ETS) qui est “à l’origine d’un prix du carbone trop bas et n’incite pas réellement à recourir à des énergies alternatives ou moins carbonées”. Hormis la restructuration engagée de son mécanisme, des réformes sont nécessaires “pour entrainer un prix du carbone plus incitatif et pour tirer parti du potentiel encore insuffisamment exploité des secteurs du transport, de la construction et de la sylviculture, actuellement hors du champ de l’ETS”, estime le cabinet d’étude.

Belgique, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni... Pas que des bons résultats !

Gaz à effet de serre

Objectif global 2020 de l'Union européenne: réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport au niveau de 1990.

Royaume-Uni: objectif atteint à 81% en 2012.

Belgique: en 2012, les émissions de gaz à effet des serre étaient déjà en dessous de l’objectif mais elles pourraient remonter selon Deloitte.

Pays-Bas: objectif atteint à 47% en 2012. Pour Deloitte, des mesures additionnelles seront nécessaires pour atteindre l’objectif de 2020.

France: objectif atteint à 76 % en 2012.

Allemagne: objectif atteint à 62% en 2012, mais Deloitte note que les émissions augmentent dans ce pays.

Italie: pour Deloitte, l’objectif de l’Italie a été atteint dès 2012, mais seulement du fait de la crise économique.

Espagne: objectif atteint dès 2012, encore du fait de la contraction économique selon Deloitte.

Energies renouvelables

Objectif global 2020 de l'Union européenne: faire passer à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique.

Royaume-Uni: objectif atteint à 20 % en 2012. Peu de chance d’atteindre l’objectif de 2020.

Belgique: objectif atteint à 49% en 2012, notamment grâce à l’éolien offshore et, à un moindre degré, à la biomasse. Atteindre l’objectif de 2020 réclamera selon Deloitte des mesures plus ambitieuses dans les prochaines années.

Pays-Bas: objectif atteint à 31 % en 2012. L’énergie éolienne est attendue pour combler l’effort restant.

France: objectif atteint à 29 % en 2012. Les options pour atteindre l’objectif en 2020 (cible de 23% d'Enr dans la consommation finale) pourraient être un déploiement à grande échelle concernant le bois de chauffage et un développement accru de l’énergie éolienne, selon Deloitte.

Allemagne: objectif atteint à 66 %. Selon Deloitte, les nouvelles capacités viendront principalement du solaire et de l’éolien.

Espagne: objectif atteint à 70 % en 2012. Mais les supports financiers des renouvelables ont été considérablement réduit à la suite de la crise, selon Deloitte.

Italie: objectif atteint à 68 % en 2012, grâce à une forte augmentation des capacités des renouvelables autres que l’hydraulique en 2008 et 2012. Pour Deloitte, l’Italie est sur le bon chemin pour atteindre voire dépasser l’objectif de 2020.

Efficacité énergétique

Objectif global 2020 de l'Union européenne: augmenter de 20 % l’efficacité énergétique.

Royaume-Uni: objectif atteint à 79 % en 2012. Pour Deloitte, des gains importants restent à faire dans le bâtiment.

Belgique: la consommation d’énergie n’a presque pas évoluer ces dernières années. Pour Deloitte, la Belgique a besoin de nouvelles mesures pour atteindre son objectif de 2020.

Pays-Bas: objectif atteint dès 2012 alors qu’il y a encore du potentiel selon Deloitte.

France: objectif de consommation d’énergie finale atteint  à 24 %. Pour Deloitte, il est difficile d’envisager que la France puisse atteindre son objectif de 2020, sauf avec des objectifs politiques supplémentaires (bâtiment, cogénération).

Allemagne: objectif rempli à 46 %. Pour Deloitte, le succès dépend de l’efficacité réelle de la politique du pays, notamment dans le secteur de la construction.

Espagne: objectif atteint dès 2012, mais surtout du fait de la récession économique selon Deloitte. Si l’économie repart, il faudra effectuer de nouveaux efforts, estime le cabinet d’étude.

Italie: objectif atteint dès 2012.

(1) Objectifs 2030: réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % par rapport à 1990, porter la part des énergies renouvelables à 27 % de la consommation, réaliser 27 % d'économies d'énergie.
(2) Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport au niveau de 1990, faire passer à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique, augmenter de 20 % l’efficacité énergétique, le tout d’ici à 2020.

FacebookTwitterGoogle BookmarksLinkedin

Informations supplémentaires