Si vous êtes en Bretagne et si vous remarquez des zones rougeâtres ou brunâtres à la surface de l'océan, appelez l’Ifremer qui a mis en place un programme de sciences participatives dans la région: il s'agit peut-être d'un bloom planctonique. Pas une efflorescence naturelle due à une remontée d'eau froide riche en nutriments. Plutôt une prolifération consécutive à nos rejets de phosphore, d’azote...

“Matière première” du pétrole et poumon de la planète (il “pompe” le CO2 de l’atmosphère), le phytoplancton nous est encore assez méconnu. Si l’on sait évidemment qu’il est la base de la chaîne alimentaire dans tous les océans mais qu’il peut également être toxique, on connaît peu ses efflorescences, ou blooms, véritables proliférations naturelles de microalgues.

Des efflorescences dues à des apports importants de phosphore et d’azote et dont la fréquence “augmente depuis quelques années”

Ces efflorescences peuvent se produire naturellement lorsque des eaux froides des fonds marins chargées en nutriments, remontent vers la surface suite à l’action des vents et des courants. Sous l'effet de la lumière, elles sont alors de véritables sources de vie. Mais elles peuvent également se développer “moins naturellement” avec un apport important de phosphore et d’azote, en particulier dans des eaux proches des littoraux, peu profondes, calmes et bien éclairées: estuaires, baies, lagunes... Il s’agit ici d’un résultat des rejets anthropiques (qui, in fine, sont conduits vers la mer). Le Commissariat général au développement durable ne dit pas autre chose.

Ayant surtout lieu du printemps à l’automne, de tels phénomènes peuvent provoquer des “nuisances en zone littorale pour les activités économiques, pour l'environnement ou la santé : couleur de l'eau peu engageante, toxicité pour les animaux, perte de biodiversité liée à l'eutrophisation (manque de lumière sous l’eau, déficit d’oxygène, étouffement, n.d.l.r.)”, commente l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) qui a noté que “de nombreuses observations concourent à constater que leur fréquence augmente depuis quelques années”.

Signaler toute apparence inhabituelle de l’eau: eaux colorées, mousses, mortalités massives...

Mais, “de part leur nature imprévisible et leur courte durée, les blooms sont difficiles à étudier par les réseaux de surveillance dédiés aux microalgues ou par des programmes de recherche classiques”, regrette l’Institut. D’où l’idée de “faire participer les citoyens” pour augmenter la “probabilité d'être au bon endroit au bon moment, et donc de repérer un tel phénomène”.

Baptisé Phenomer, un programme de sciences participatives coordonné par l’Ifremer a ainsi été lancé en Bretagne en 2013 et étendu en 2014 à la Loire-Atlantique. Le principe est simple: proposer à chacun de “signaler toute apparence inhabituelle de l’eau de mer pouvant être due à une prolifération de microalgues: eaux colorées, mousses abondantes, mortalités massives d’espèces animales...” L’alerte donne éventuellement suite à un prélèvement d’eau de mer pour analyse.

Des eaux colorées orange-rouge, des eaux brunes...

Parmi les signalements déjà effectués en 2013 sur les côtes de Bretagne Sud, 15 cas ont été associés à des blooms de phytoplanctons et trois espèces de microalgues ont été identifiées, selon l'Ifremer. “Par exemples, huit eaux colorées orange-rouge observées du 15 au 26 juillet entre Concarneau et l'Ile d'Yeu ont été attribuées à l'espèce Noctiluca scintillans”, illustre l’Institut.

Autre exemple: en 2014, entre fin mai et mi juin, des eaux brunes ont été signalées aux alentours de l’Ile Vierge et de Crozon, dans le Finistère. “Les analyses ont permis d’identifier les espèces principales de ces blooms: Guinardia delicatula et Neoceratium kofoidi. Ces deux espèces n'avaient pas encore été identifiées dans le cadre de Phenomer”, note l’Ifremer.

Quelques microalgues toxiques, nuisibles, moussantes...

Constituant “l’ensemble des végétaux microscopiques et unicellulaires qui flottent dans les eaux marines de surface et dérivent au gré des courants”, le phytoplancton est composé de microalgues et de bactéries photosynthétiques (cyanobactéries, pouvant éventuellement produire des toxines). Les microalgues se séparent elles-mêmes en deux principales familles: les diatomées, pourvues d’une coque en silice, et les phytoflagellés.

Parmi les diatomées, “la prolifération de plusieurs espèces de Pseudo-nitzchia est particulièrement suivie sur les trois façades maritimes françaises du fait de la production de toxines amnésiantes”, souligne Michel Marchand, chimiste et ancien responsable du programme “Dynamique, évaluation et surveillance des écosystèmes côtiers” à l’Ifremer (1). Parmi les dinoflagellés, Michel Marchand cite Alexandrium minutum “susceptible de produire des toxines paralysantes” ou encore Lepidodinium chlorophorum, “espèce connue pour former des eaux d’un vert fluo à forte concentration”.

Dans la classe des Prymnesiophyceae, on trouve également Chrysochromulina, “une espèce toxique pour les poissons (prolifération au large de la baie de Concarneau), et Phaeocystis, considérée comme une espèce nuisible du fait de la formation de mousse pouvant conduire à des irritations par effet physique chez le poisson (prolifération en Mer du Nord sur le littoral Nord-Pas-de-Calais)”.... Après les algues vertes, voici donc les microalgues rouges, brunes, moussantes...

1-Michel Marchand, L’Océan sous haute surveillance. Livre paru aux éditions Quae. 2013.

Phenomer, tél.: 02 98 22 44 99.

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