Même au rythme d'un investissement de 4 à 5 millions de dollars par mégawatt de puissance, l’éolien offshore a dépassé 4000 MW installés en 2015, portant sa puissance mondiale à plus de 12 000 MW. Avec notamment la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou encore le Danemark, l’Europe est le leader de cette filière considérée comme “la plus mature des énergies marines”, et dans laquelle s’est également engouffrée la Chine. En attendant la France où une production est prévue dans deux ans.

Alors que la France en est à la construction d'une filière industrielle, l’énergie éolienne en mer est à ce jour au niveau mondial “la plus mature des énergies marines renouvelables”, selon IFP énergies nouvelles. Dans son “panorama 2016”, l’ancien Institut français du pétrole (IFP) souligne notamment que plus de 4000 MW de nouvelles fermes ont été installés à travers le monde en 2015. Cela constitue un record et porte la puissance installée de l’éolien offshore à plus de 12 000 MW.

7700 MW prévus en Allemagne en 2020, 10500 MW en Chine

Si la Grande-Bretagne, berceau historique de l'éolien marin avec le Danemark, possède à ce jour le plus grand parc (5400 MW), la poussée 2015 est principalement dues aux nouvelles installations de l’Allemagne (2400 MW de nouveaux projets) et de la Chine (500 MW).  De nouvelles fermes ont également été installées au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suède... Au total, l’Europe se taille la part du lion avec plus de 3000 MW nouvellement installés, plus de deux fois plus qu’en 2014, comme l'indique l'EWEA (World Wind Energy Association).

Bien qu’une “temporisation du marché” soit envisagée pour 2016, cette progression va se poursuivre: les nouvelles installations devraient dépasser dans le monde “5 000 MW/an dès 2017”, et atteindre “8 000 MW/an en 2020”, pronostique IFP Energies nouvelles. En Allemagne, “7700MW sont prévus en 2020 (au lieu d’une cible initiale de 6500MW) puis 15000MW en 2030, afin de prendre, en partie, le relais du nucléaire”. En Chine, “le rythme d’installation dépassera les 2500MW/an en 2020, conformément au plan de la National Energy Administration (NEA) qui prévoit, en 2020, une capacité de l’éolien offshore de 10500MW”, indique IFP-EN.

Les projets français: de l’éolienne “posée” à l’éolienne “flottante”

Quant à l’entrée proprement dite de la France sur ce marché, elle est prévue pour 2018, quand les fermes issues du premier appel d’offres éolien offshore, lancé en 2011, devraient commencer à être opérationnelles. Deux appels d’offres ont pour l’instant été effectués en ce qui concerne l’éolien “posé”, pour des puissances respectives de 1928 MW et 992 MW. Six fermes sont ainsi en développement dans la Manche et l’Océan Atlantique:

- 496 MW au Tréport (Seine-Maritime), avec le consortium mené par Engie et comptant l’énergéticien portugais EDP, Neoen Marine et Areva.

- 498 MW à Fécamp (Seine-Maritime), avec la société Éoliennes Offshore des Hautes Falaises (détenue à 70% par EMF à 30% par WDP Offshore).

- 450 MW à Courseulles-sur-Mer (Calvados), avec la société Éoliennes Offshore du Calvados (détenue à 85% par Éolien Maritime France (EMF) (60% EDF Énergies nouvelles et 40% DONG Energy) et à 15% par WPD Offshore).

- 500 MW à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor), avec Iberdrola et Areva (Ailes Marines SAS).

- 480 MW à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), avec EMF.

- 496 MW à Yeu – Noirmoutier, avec le consortium mené par Engie et comptant l’énergéticien portugais EDP, Neoen Marine et Areva.

Il faut ajouter à cela un troisième appel d’offres pour l’éolien posé, pour une zone située “au large de Dunkerque” (Nord). C’est la ministre de l’Environnement Ségolène Royal qui l’a annoncé début avril, mais sans pour autant préciser ni la puissance ni le calendrier de ce projet. Il convient en plus de prendre en compte le premier appel à projets concernant l’éolien “flottant”, technologie destinée à être développée dans des zones plus profondes que celles de l’éolien “posé”, au-delà de 30-35 m de fond. Il était ouvert jusqu’au début avril.

Portant sur des fermes pilotes de trois à six éoliennes de 5 MW de puissance minimum chacune, cet appel à projets concernait quatre périmètres définis en Mer Méditerranée ainsi que dans l’Océan Atlantique: un au large de Leucate, dans l’Aude en région Languedoc-Roussillon, un deuxième au large de Gruissan, également dans l’Aude, un troisième face à la Camargue au large du phare de Faraman, à Arles dans les Bouches-du-Rhône, et le quatrième au sud de l’Ile de Groix et au nord-ouest de Belle-Ile-en mer, en Bretagne. Il était potentiellement intéressant pour plusieurs projets d’éoliennes flottantes : projet Sea Reed des groupes DCNS et Alstom, projet d’éoliennes à axe vertical VertiWind de la start-up lilloise Nénuphar, projet Oceagen de flotteurs et de systèmes d’ancrage de la société Idéol, basée à la Ciotat, près de Marseille.

Eolien posé: un coût actualisé de production qui va de 132 €/MWh au Danemark à 190 €/MWh en France

Néanmoins, si une éolienne offshore à l’avantage de pouvoir produire effectivement 40% ou plus de son potentiel théorique, contre 25 à 30 % pour une éolienne terrestre, elle nécessite de bien plus gros moyens en argent, en énergie, en matériaux... Sa taille peut désormais atteindre 150 m de haut pour une puissance de 5000 kW, contre 17 m pour 75kW dans les années 1980. et 70 m pour 1500 kW au début du siècle... Et si ce marché de l’éolien offshore présente actuellement au niveau mondial une “bonne croissance”, il a plutôt vu son coût fluctuer à la hausse depuis la fin du XXème siècle (raccordement au réseau, coûts des matières premières...).

Ainsi, malgré un certain tassement du coût moyen depuis le début des années 2010, l'éolien offshore reste cher: en moyenne 4 à 5 millions de dollars d’investissement par MW pour un coût actualisé de production de l’électricité (1) allant de 132 €/MWh au Danemark à 190 euros/MWh en France. Si l’on en juge par le 1er appel à projet français, l’éolien “flottant” va même pouvoir monter jusqu’à 275 €/MWh. Par comparaison d’après les données IFP-Energies nouvelles, le charbon coûte de 45 à 100 €/MWh, le gaz naturel à cycle combiné de 60 à 120 €, le nucléaire de 40 à 190 €, l’éolien terrestre de 55 à 100 €, le solaire photovoltaïque de 85 à 170 €.

Toujours selon IFP-EN, la cible industrielle de l’éolien offshore est de parvenir à un coût de production de 60 à 130 €/MWh. Récemment un projet danois (Horns Rev 3) a été attribué à 106 €/MWh, les industriels espérant passer sous la barre des 100 euros dès 2020. Cependant, hormis le cas du Danemark, tous les coûts actualisés de production des pays européens sont à ce jour de plus ou moins 170 €/MWh. “Tout l’enjeu pour les industriels est de réduire encore les coûts d’investissement et les coûts de maintenance tout en maximisant leur facteur de charge”, commente IFP-EN. Et sans, bien sûr, que cela ne soit vrai que sur le papier ou pas durable...

(1) Coût actualisé de production: coût qui intègre les dépenses d’investissement et les dépenses de fonctionnement. En anglais, levelized cost of electricity (LCOE).

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