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Changements globaux: rapprochement entre les experts français du climat et de la biodiversité

“A quoi bon parler de réchauffement sans parler du vivant ?” Gilles Boeuf, président du Museum national d’histoire naturelle de Paris, résume l’intérêt du rapprochement initié entre experts français du GIEC pour le climat, et de l’IPBES (Intergovernmental platform on biodiversity and ecosystem services) pour la biodiversité. Un rapprochement qui met en évidence les progrès restant à faire concernant la mise en évidence des interactions entre l'atmosphère et les écosystèmes.

Une rencontre des experts du GIEC (1) et de son petit frère pour la biodiversité l’IPBES (2) pour évoquer les interactions entre le climat et les écosystèmes naturels et envisager des échanges entre scientifiques: c’est ce qu’a organisé fin 2014 à l’Institut océanographique de Paris, le ministère de Ecologie, du Développement durable et de l’Energie et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FBR).

“Changements climatiques, perturbations des écosystèmes et altération de la biodiversité sont liés”... mais les connaissances sur ces interactions “sont encore très insuffisantes”

Introduite par la ministre de l’Ecologie, cette rencontre de “haut niveau” est lourde de sens. C’est en effet “la première fois en France que vos deux communautés scientifiques se rencontrent”, a indiqué Ségolène Royal aux scientifiques, la France voulant être un modèle pour les autres pays de la planète, en vue notamment de la conférence climat de Paris en 2015, devant déboucher sur un accord mondial apte à limiter le réchauffement à + 2°C par rapport aux niveaux préindustrielle.

Outre les impacts du réchauffement global sur la biodiversité et les écosystèmes (perturbations de la répartition et des processus de reproduction d’espèces, affaiblissement de la pompe océanique à CO2 liée au plancton...), cette rencontre marque un renforcement de l’approche systémique de la problématique climat - biodiversité. Elle souligne également un constat: si l’on sait que “changements climatiques, perturbations des écosystèmes et altération de la biodiversité sont liés”, selon Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, et Laurent Tapadinhas, directeur de la Recherche et de l’Innovation au ministère de l’Ecologie, les connaissances sur ces interactions “sont encore très insuffisantes”, y compris donc dans les scénarios du GIEC.

L'acidification des oécans diminue l'émission de sulfure de diméthyle, précurseur de nuages généré par des micro algues... Ce qui peut renforcer le réchauffement

Cette rencontre résonne également, de facto, comme une reconnaissance supplémentaire d’un scientifique anglo-saxon adepte de l’approche globale du fonctionnement de la Terre : James Lovelock qui a développé il y a plusieurs dizaines d’années l’hypothèse selon laquelle la Terre fonctionne comme un système “vivant” qui s’autorégule de manière à rester favorable à la vie. Baptisée Hypothèse Gaïa, cette théorie n’a depuis pas pu être démentie par les pairs de James Lovelock dont le travail fournit au moins deux cadres majeurs pour la problématique climat – biosphère :

1- La composition de l’atmosphère terrestre est dépendante de la vie, et la vie est dépendante de l’atmosphère terrestre.

2- La planète a réussi à maintenir la vie depuis plusieurs milliards d’années (alors que la puissance du soleil s’est accrue de 30%) grâce à de savants dosages entre la forme de cette vie et la composition de l’atmosphère. Dans ce système, les gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d’azote…) jouent un rôle de thermostat.

Ce Britannique aujourd’hui nonagénaire, ancien conseiller de la NASA ayant notamment recherché de la vie sur Mars en scrutant son atmosphère, a été cité lors de la rencontre GIEC – IPBES par l’océaonographe Laurent Bopp, ayant participé au volume 1 du dernier rapport du Groupement d’experts sur l’évolution du climat. Laurent Bopp l’a évoqué concernant une interaction climat - biodiversité lié au sulfure de diméthyle (ou DMS) sur laquelle James Lovelock avait mis le doigt et qui fait aujourd’hui l’objet d’une grande attention scientifique: issu de micro algues et lâché dans l’atmosphère par les océans, le DMS provoque la formation de nuages. Laurent Bopp souligne que l’acidification des océans (provoqué par la hausse de la concentration atmosphérique de CO2) et la production de DMS sont liés: “En réponse à l’acidification, il y a moins de DMS émis et donc moins de nuages”, ce qui peut donc renforcer en retour le réchauffement global.

La déforestation souffle le chaud en zone tropicale et le froid en zone boréale

Autre type d’interaction montrant l’extrême subtilité du fonctionnement de la Terre et qui est évoquée par Nathalie de Noblet, physicienne au Laboratoire de science du climat et de l’environnement (LSCE) : un changement provoqué dans un écosystème peut avoir des impacts différents sur le climat selon l’endroit où il a lieu. Ainsi, la déforestation peut provoquer le réchauffement si elle pratiquée en région chaude comme la zone tropicale mais elle peut également provoquer le refroidissement si elle est pratiquée en région froide comme la zone boréale. En plus, si certaines modifications d’écosystèmes ont semblé ne pas avoir d’effet au niveau planétaire, Nathalie de Noblet souligne qu’elles peuvent en revanche devenir déterminantes quand on “zoome” sur une région. Exemple: le Sud de la Floride où l’asséchement des marais au profit de la mise en culture a provoqué des accidents de gel catastrophiques.

Une heureuse perspective de ce rapprochement entre climat et biodiversité serait évidemment le développement de mises en évidence de services que pourraient apporter les écosystèmes pour la lutte contre le réchauffement global et les changements climatiques. Comme le souligne Franck Lecocq, ingénieur du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (CIRED) ayant participé au 3e volume du dernier rapport du GIEC, les experts du climat intègrent déjà à ce jour les capacités de la ressource forestière dans ses scénarios: reforestation massive à terme pour pomper le CO2 atmosphérique ou bien développement de l’énergie à partir de biomasse avec captage et stockage du CO2.

Ségolène Royal annonce des aides pour soutenir les recherches sur la biodiversité

Afin de soutenir des développements scientifiques qu’elle juge “tellement nécessaires”, Ségolène Royal a annoncé que les programmes d’investissement d’avenir devront également “contribuer à soutenir les projets de préservation et de valorisation de la biodiversité” et qu’elle réunira début 2015, en partenariat avec la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, “une conférence financière sur les projets de recherche”. Un colloque européen sur les sciences participatives en matière de biodiversité est également prévu tandis que “le projet de recherche du Muséum National d’Histoire Naturelle intitulé « 65 millions d’observateurs » sera financé par le programme des Investissements d’Avenir au titre de l’amélioration des connaissances à hauteur de 4 millions d’euros”, a également souligné la ministre.

Vu les débats entre experts, il ressort en plus que davantage de sciences sociales pourraient être intégrées dans ce rapprochement entre scientifiques, d’autant que lesdites sciences sociales analysent l’humain et les groupes humains. Elles pourraient par exemple apporter des éclairages très pertinents sur les conditions de passages à l’acte dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, ou a contrario sur les conditions de l’immobilisme alors que l’on connaît très bien les émetteurs, c’est-à-dire principalement les énergies fossiles, elles-mêmes intimement liées –mais ce nest pas un hasard- aux cycles du vivant.

(1) GIEC: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. IPCC en anglais: International panel on climat change.

(2) IPBES: Intergovernmental platform on biodiversity and ecosystem services.

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