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Bouleversements climatiques: une synthèse du GIEC... brûlante

Les données du 5e rapport du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont la synthèse a été étudiée rendue public début novembre 2014 à Copenhague, peuvent si évidemment les dirigeants politiques le désirent, servir de base aux négociations devant aboutir à la conférence sur le climat de Paris fin 2015, celle-ci affichant l’ambition de trouver un accord planétaire apte à limiter le réchauffement global à +2°C depuis l’époque préindustrielle. Si c’est le cas, une question centrale sera de savoir comment partager entre tous les pays du monde les émissions dans l’atmosphère des quelques 1000 milliards de tonnes de CO2 qu’il ne faut pas dépasser d’ici 2100 si nous Humanité voulons réellement conserver une chance de ne pas léguer à nos enfants une Terre carrément hostile. Or, nous en émettons actuellement environ 40 milliards de tonnes par an et nous avons suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon, pour en émettre bien plus que ça...

Que dit le rapport de synthèse adopté par le groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour son 5e rapport d’évaluation de la problématique climatique, dont la publication a déjà été rythmée, pendant plus d’un an, par la publication de trois volumes (le premier concernant les bases scientifiques des changements climatiques, le second les incidences, l’adaptation et la vulnérabilité aux changements climatiques, et le troisième l’atténuation de ces changements climatiques) ?

4 scénarios mais un seul qui permet encore de conserver une chance de rester dans la limite d’un réchauffement de +2°C depuis l'époque préindustrielle

Pierre angulaire des rapports d’évaluation du GIEC, ce type de synthèse intègre dans des documents qui se veulent concis, les résultats des différents groupes de travail, et donc des différentes approches scientifiques. Apte à donner une vue générale des risques et des solutions possibles, une telle approche synthétique doit également permettre la comparaison entre les résultats des différents groupes et la mise en évidence de contrastes. Deux documents ont été adoptés: un résumé de 40 pages environ à l’intention des décideurs et un rapport d’une centaine de pages.

Une chose reste certaine: la situation de l’avenir climatique de l’Humanité est désormais critique. Le premier volume de ce rapport 2013-2014 du GIEC a évalué les risques que posent les changements climatiques issus du réchauffement global: augmentation des précipitations dans les régions déjà humides, augmentation des sécheresses dans les régions déjà sèches, fonte de la banquise arctique, réduction du volume des glaciers et du manteau neigeux de l’Hémisphère Nord, hausse du niveau des mers et acidification des océans, affaiblissement du “tapis roulant” (circulation océanique liée au courant de la “dérive Atlantique nord” issue du Gulf Stream et régulant entre autre notre climat en Europe de l’Ouest), retroaction positive du cycle du carbone accroissant les émissions de CO2, prolongement à long terme de ces bouleversements du fait de l’inertie climatique...

Dans ce 1er volume, le GIEC présente 4 scénarios. Un seul d’entre eux permet encore de conserver une chance de rester dans la limite d’un réchauffement de +2°C depuis le début de l’ère industrielle, c’est-à-dire de limiter les risques que nos enfants vivent sur une Terre carrément hostile -sans être pour autant certain que cette limite de dangerosité ne soit pas en fait inférieure à +2°C.

Des incidences qui se multiplient dans notre environnement et nos vies

Pour les scientifiques, respecter une limite de +2°C équivaut à se limiter à n’émettre entre 2012 et 2100 qu’environ 990 milliards de tonnes de CO2 (270 milliards de tonnes équivalent carbone) tout en tendant vers zéro en 2100. Précision: on a émis environ 35 milliards de tonnes de CO2 en 2012 (environ 10 milliards de tonnes d’équivalent carbone). Le délai d’action est donc particulièrement court. Dit autrement, le bon sens indique qu’il est de première urgence de baisser le plus fortement et le plus rapidement possible ces émissions de CO2 issues principalement, directement ou indirectement, des énergies fossiles: pétrole, charbon, gaz.

Dans son 2e volume, le GIEC fait le tour des incidences des changements climatiques, de notre vulnérabilité et de l’adaptation possible. Il note que déjà:

- “Au cours des dernières décennies, le changement climatique a influé sur les systèmes naturels et humains de tous les continents et sur tous les océans”.

- “Dans beaucoup de régions, la modification du régime des précipitations ou de la fonte des neiges et des glaces perturbe les systèmes hydrologiques et influe sur la qualité et la quantité des ressources hydriques”.

- “On observe chez beaucoup d’espèces terrestres, dulcicoles et marines une évolution de l’aire de répartition, des activités saisonnières, des mouvements migratoires, de l’abondance et des interactions interspécifiques découlant du changement climatique en cours”.

- “Selon de nombreuses études portant sur un large éventail de régions et de types de cultures, les incidences négatives du changement climatique sur le rendement des cultures ont été observées plus fréquemment que les incidences positives”.

- “Les incidences d’événements climatiques extrêmes survenus récemment -vagues de chaleur, sécheresses, inondations, cyclones et feux incontrôlés - mettent en évidence la grande vulnérabilité et le degré élevé d’exposition de certains écosystèmes et de nombreux systèmes humains à la variabilité actuelle du climat”.

- “Les dangers liés au climat exacerbent d’autres facteurs de stress, souvent avec des conséquences négatives pour les moyens de subsistance, en particulier pour les populations vivant dans la pauvreté”.

- “Les conflits violents augmentent la vulnérabilité au changement climatique”.

-“ Certains systèmes uniques et menacés, y compris des écosystèmes et des cultures, sont mis en danger par le changement climatique”.

Inondations, sécheresses, phénomènes extrêmes, survie d'écosystèmes, insécurité alimentaire, maladies... 8 principaux risques pour l'avenir

Le GIEC liste en plus pour l’avenir les “principaux” risques suivants:

- “Risques de décès, de blessures, de maladies ou de perturbation des moyens de subsistance dans les zones côtières basses, les petits États insulaires en développement et les autres petites îles, dus aux ondes de tempête, aux inondations côtières et à l’élévation du niveau de la mer.”

- “Risque de détérioration grave de la santé et de perturbation des moyens de subsistance au sein des grandes populations urbaines dus aux inondations survenant à l’intérieur des terres dans certaines régions.”

- “Risques systémiques dus à des phénomènes météorologiques extrêmes conduisant à la détérioration des réseaux d’infrastructures et des services essentiels tels que l’électricité, l’approvisionnement en eau, la santé et les services d’urgence.”

- “Risques de mortalité et de morbidité pendant les périodes de chaleur extrême, en particulier pour les populations urbaines vulnérables et les personnes travaillant à l’extérieur dans les régions urbaines et rurales”.

- “Risques d’insécurité alimentaire et de rupture des systèmes alimentaires liés au réchauffement, aux sécheresses, aux inondations et à la variabilité des précipitations, y compris les événements extrêmes, en particulier pour les populations les plus pauvres des régions urbaines et rurales”.

- “Risques de perte des moyens de subsistance et de revenus dans les régions rurales en raison d’un accès insuffisant à l’eau potable et à l’eau d’irrigation, ainsi qu’à la diminution de la productivité agricole, en particulier pour les agriculteurs et les éleveurs disposant de moyens limités dans les régions semi-arides”.

- “Risques de perte des écosystèmes marins et côtiers, de la biodiversité et des biens, fonctions et services écosystémiques qu’ils apportent aux moyens de subsistance, en particulier pour les collectivités de pêcheurs des régions tropicales et arctiques”.

- “Risque de perte d’écosystèmes terrestres et d’écosystèmes des eaux intérieures, de leur biodiversité, et des biens, fonctions et services écosystémiques qu’ils apportent aux moyens de subsistance”.

Des stratégies d'adaptation et d'atténuation de notre vulnérabilité

Toujours selon ce 2e volume, “l’intensité croissante du réchauffement climatique augmente la probabilité d’incidences graves, généralisées et irréversibles”. Cependant, “on peut réduire les risques globaux du changement climatique en limitant le rythme et l’ampleur de ce changement”, note le GIEC, notamment en suivant le scénario défini dans le premier volume et permettant de conserver une chance de rester dans la limite de +2°C.

Détaillant plus généralement l’ensemble des risques liés aux changements climatiques, y compris aux niveaux régionaux, ce volume donne également différentes possibilités de stratégies de réduction de la vulnérabilité. Elles sont relatives à la fois au développement humain, à la lutte contre la pauvreté, aux moyens de subsistance, à la gestion des risques, à la gestion des écosystèmes, à l’aménagement de l’espace, à l’utilisation des terres... Des exemples de mesures d’adaptation sont également fournis, concernant le bâti, les services, l’environnement, l’économie, les lois et réglementations, la politique, l’éducation, les comportements...

Pour limiter le réchauffement global à +2°C, il faut viser une concentration de gaz à effet de serre de 450 ppm équivalent CO2 en 2100... Mais nous sommes déjà à 480 ppm... Il faudra donc en enlever pour réussir !

Enfin, le 3e volet de ce 5e rapport du GIEC, qui évoque l’atténuation du changement climatique, souligne les potentielles interventions humaines capables de réduire les sources ou d’accroître les puits de gaz à effet de serre. Constat de base: “La croissance économique et la croissance démographique continuent à être les moteurs les plus importants de l’augmentation des émissions mondiales de CO2 due aux combustions des combustibles fossiles”. Tout gaz à effet de serre confondu (CO2, méthane, protoxyde d’azote, halocarbures...), on émet à ce jour une cinquantaine de milliards de tonnes (GT)  d’équivalent CO2: 49 GT en 2010 contre 27 en 1970 et 38 en 1990.

Pour le GIEC, sans effort d’atténuation supplémentaire, les scénarios de référence nous mènent ainsi à l’horizon 2100 à un réchauffement global d’environ 3,7 à 4,8 °C (2,5 °C à 7,8 °C en incluant l'incertitude climatique) par rapport à l’époque préindustrielle, sachant que ça se réchauffe plus à la surface des continents qu’à la surface des océans. 4 – 5° C, c’est environ la variation de température moyenne entre la dernière glaciation (avec des centaines de mètres de glace sur l’Europe du Nord) et la période actuelle, à la différence près que dans notre cas ce changement de température moyenne ne s’effectuerait pas sur 10 000 ans mais sur 100-200 ans...

Pour rester sous la barre des +2°C, le GIEC indique qu’il faut viser une concentration atmosphérique de l’ensemble des gaz à effet de serre de 450 ppm équivalent CO2. Or, nous sommes déjà au dessus de ce niveau avec 479 ppm en 2013 selon l’index annuel des gaz à effet de serre de de l’agence américaine NOAA, dont presque 400 ppm en moyenne annuelle pour le seul CO2. Conséquence: les scénarios atteignant 450 ppm en 2100 passent par une phase à 500-530 ppm et incluent une réduction substancielle au milieu du siècle. Outre des actions comme des reboisements massifs, ces scénarios “sont caractérisés par des améliorations rapides de l'efficacité énergétique, un triplement ou presque un quadruplement de la part d'approvisionnement en énergie bas-carbone ou décarbonée provenant d'énergies renouvelables, de l'énergie nucléaire ou d'énergie fossile associées à de la capture ou stockage de carbone (CSC) ou de la bioénergie associée avec CSC”, selon le résumé aux décideurs de ce 3e volet. Le GIEC met donc déjà un pied dans la géo-ingénierie climatique.

La question est maintenant de savoir comment les hommes vont se partager les 1000 milliards de tonnes de CO2 (GT CO2) qu’ils doivent se limiter à émettre s’ils veulent vraiment rester dans la limite de +2°C de réchauffement, sachant également qu’une atténuation efficace ne sera pas atteinte selon le GIEC “si les acteurs individuels promeuvent indépendamment leurs propres intérêts”. Or, nous avons encore bien suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon, pour largement dépasser ces 1000 GT CO2 d’émissions...

Tout cela a au moins le mérite de poser des bornes claires pour la réussite ou l’échec du sommet sur le climat de Paris, l’an prochain, dont l’ambition affichée est de réduire les émissions globales pour respecter justement cette limite de +2°C. Brûlant, vous avez dit brûlant ?

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