Alors qu’elle a la réputation d’être “coûteuse” et que son marché a encore chuté entre 2013 et 2014 (-21% en surface de capteurs installés), l’énergie solaire thermique –pour laquelle la France est clairement en retard- pourrait pourtant être l’une des énergies renouvelables les moins chères, les plus “low-tech” et les plus efficaces, notamment en termes de réduction de consommation de gaz et de fioul, donc d’émissions de CO2.

Selon Uniclima, le Syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques, le marché du solaire thermique, c’est-à-dire le solaire apte à fournir de l’eau chaude et à chauffer les bâtiments, est encore fortement en baisse: la surface totale de nouveaux capteurs installés en France est passée de 190 300 m2 en 2013 à 150 500 m2 en 2014, soit une baisse de 21 % (-22% pour le collectif). Le nombre de chauffe-eau solaires individuels livrés a baissé de 9% (18 600 contre 20 500) pendant que celui des systèmes solaires combinés a chuté de 36 %, avec seulement 700 pièces fournies l’an passé, et alors que ce type de produit représente “plus de 50% du marché allemand”, selon Uniclima.

Une installation solaire thermique peut être suffisamment cher pour exclure les acheteurs mais suffisamment simple techniquement pour que l’on trouve de multiples adeptes en auto-construction...

Cela n’arrange pas la situation de la France face aux autres pays européens: en 2012, le pays totalisait -malgré les systèmes d’aides et malgré son potentiel d’ensoleillement favorable, pas seulement au sud- 2,07 millions de M2 de capteurs installés contre 16,05 pour l’Allemagne, 4,12 pour la Grèce, 4,11 pour l’Autriche, 3,37 pour l’Italie, 2,59 pour l’Espagne...

Certes, on peut toujours évoquer la baisse du prix du pétrole en guise d’explication. Cependant, à l’instar de la situation européenne générale, la chute du solaire thermique sur le marché français est une réalité depuis 2008, année durant laquelle plus de 300 000 M2 de capteurs avaient été installés. Dès lors, l’activité n’a pas cessé de se rétracter. L’habitat collectif a corrigé un peu cette tendance jusqu’à 2012 en progressant toujours, mais il baisse lui aussi depuis.

Pour Uniclima, la réglementation thermique 2012 “n’impose pas d’énergie renouvelable (ENR)  dans  les  logements  collectifs et prolonge l’autorisation  à consommer  plus  jusque fin  2017 (57,5  kWh/m².an  contre 50 kWh/m².an). Cette position continuera de pénaliser le solaire thermique. L’absence de Label ENR ne permet pas non plus de valoriser les bâtiments qui y ont recours : la profession  demande  en urgence  d’introduire  un  label réglementaire ENR”, souligne le syndicat. On pourrait compléter ces explications en évoquant des règles d’urbanisme défavorables, la compétence de certains acteurs ou encore une industrie qui profite de marges conséquentes...

Le paradoxe, c’est qu’une installation solaire thermique peut être suffisamment cher pour exclure des acheteurs mais suffisamment simple techniquement, du moins en ce qui concerne la production d’eau chaude au plan individuel, pour que l’on trouve de multiples adeptes en auto-construction, par exemple par le biais d’une association pour la promotion des énergies renouvelables, APPER Solaire.

Thermosiphon: une technologie à la fois simple, robuste et efficace, à classer dans la catégorie “low-tech”

En fait, quand on parle de chauffe-eau solaire, il faut distinguer deux grandes sortes d’installations: celles que les fabricants vendent comme “classiques”, avec des panneaux et un ballon plus ou moins éloignés, et qui nécessitent entre autre un système de pompes pour assurer la circulation du fluide caloporteur (donc une énergie supplémentaire, l’électricité); et ceux qui fonctionnent de manière autonome avec la technique du thermosiphon, c’est-à-dire en exploitant la capacité naturelle d’un liquide chauffé (et ainsi plus léger) à remonter dans le système, puis à redescendre quand il a refroidi.

A classer dans la catégorie des technologies “low-tech”, cette caractéristique propre aux liquides assure donc, sans aucune pompe électrique, la circulation du fluide dans le système d’un chauffe-eau solaire thermosiphon, à la condition bien sûr que le ballon se situe au-dessus (et pas très loin) des capteurs, en y étant relié par une canalisation suffisamment grosse et droite, idéalement en cuivre.

C’est en fait ce genre de technologie que l’on trouve -avec un monobloc panneau - ballon- sur la plupart des toits de certaines régions chaudes, comme dans l’outre-mer français, et que l’on déconseille dans les pays où il gêle l’hiver. Néanmoins, le système fonctionne également très bien avec les capteurs à l’extérieur et le ballon à l’intérieur et à l’abri du gel, par exemple dans des combles (mais pas forcément). C’est ce type de système, à la fois très simple, robuste et réparable, qu’installent le plus souvent les auto-constructeurs, avec des coûts très réduits par rapport aux milliers d’euros qu’il faut débourser pour un chauffe-eau solaire dit “classique”.

En France, les 2/3 du chauffage sont à ce jour assurés dans le résidentiel et tertiaire par les énergies fossiles, principalement le gaz et le fioul...

Faire installer un système thermosiphon par un professionnel RGE doit cependant permettre de bénéficier d’une aide et revient également moins cher que de faire installer un chauffe-eau à circulation forcée. Seule la configuration des lieux peut empêcher techniquement l’installation d’un chauffe-eau solaire thermosifon. Mais, dans la pratique, les règles d’urbanisme arguant notamment de l’esthétique ou encore de la proximité de bâtiments historiques, apparaissent souvent comme des freins.

Tout dépend ce que l’on veut vraiment en fait. Comme l’indique Pierre Amet, président d’APPER Solaire, “parmi les usages de toute l'énergie ponctionnée sur la planète 29% est à destination du chauffage et de l’eau chaude sanitaire...” Et les scientifiques indiquent qu’il convient de décarboner totalement l’économie d’ici quelques dizaines d’années si l’on veut conserver des chances de limiter le réchauffement global à +2°C depuis l’époque préindustrielle, c’est-à-dire de conserver une planète vivable. Or, en France, les 2/3 du chauffage sont à ce jour assurés dans le résidentiel et tertiaire par les énergies fossiles, principalement le gaz, particulièrement en ville, et le fioul. Le potentiel de réduction apparaît donc énorme. La France et Paris montreront-elles à ce niveau leur exemplarité à l’approche de la conférence internationale sur le climat (COP21) de décembre ?

FacebookTwitterGoogle BookmarksLinkedin

Informations supplémentaires