Ossature compacte préfabriquée, box technique... Des maisons bois meilleur marché

La construction de maisons bois s’est bien développée depuis le début du 21ème siècle et elle semble mieux résister à la crise que les autres techniques (parpaings, briques). Pour passer la vitesse supérieure, elle doit investir ce que les professionnels appellent le “marché de la maison économique” (coûtant moins de 150 000 euros), soit 65% du marché de la maison individuelle. Avec de nouveaux concepts.

Si la construction d’habitations en bois s’est développée en France depuis l'an 2000 (5 000 maisons construites cette année là) et représentait 14 320 unités en 2012, soit 12% des mises en chantier de maisons individuelles de particuliers, elle pâtit néanmoins toujours de son prix: son surcoût est généralement estimé à 10 – 20 % du coût d’une construction en parpaings ou en briques.

Architecture simple, centralisation des équipements techniques, optimisation de la mise en oeuvre...

Le syndicat professionnel de la construction bois AFCOBOIS avoue lui-même que la maison bois est quasiment absente du “marché de la maison économique” (maison coûtant moins de 150 000 euros) alors que ce dernier représente 65% du marché de la maison individuelle et qu’il se compose de “primo-accédants”, d'investisseurs et de séniors. Or, les “primo-accédants” et les acheteurs dont les revenus restent modestes sont deux catégories qui “s'imposent parmi les plus réceptives aux constructions en bois”, indique le groupe Xerfi, étudiant régulièrement ce marché.

Pour proposer une gamme de maisons plus abordables, un groupe de travail d’AFCOBOIS a mis en place un concept de maisons utilisant une architecture d’ossature bois simple et compacte, avec une surface optimisée (77 M2 ou 104 M2), un maximum d’éléments préfabriqués en atelier, une centralisation des équipements techniques (électricité, téléphone, TV, internet, eau, chauffage, ventilation, sanitaires, etc.) à partir d’une sorte de “box” occupant 1 M2 au sol, une possibilité de chauffage aux granulés bois (ou encore avec une pompe à chaleur), une adaptation de l’isolation thermique aux exigences de la réglementation thermique, une optimisation des temps de mise en oeuvre de la maison, des choix options restant simples...

Le résultat est pour l’instant une réussite:  plusieurs dizaines d’adhérents d’AFCOBOIS ont acquis le pack “maison bois à coût maîtrisé” afin de développer ce concept et d’offrir des produits meilleur marché. La première de ces maisons bois “Premium” AFCOBOIS (90 M2 pour 107 000 euros) a été inaugurée en mars dernier à Beaumont-la-Ronce, près de Tours (Indre-et-Loire) avec le constructeur Lignea.

Une maison bois à partir de 850€/M2 “hors d’eau et d’air”, posée par le fabricant

De manière plus générale, et outre les kits à construire soi-même, les initiatives se multiplient pour rendre plus abordable la construction bois. Exemple: désirant “démocratiser la maison bois en la rendant accessible”, le constructeur vosgien Poirot Construction développe une nouvelle gamme, OSSA Kit. Il s’agit de maisons de 60 à 180 M2 habitables, aux “plans optimisés” et qui sont disponibles à partir de 850 euros par mètre carré “hors d’eau et d’air”, c’est-à-dire avec “la couverture, les murs extérieurs, le bardage et l’isolation, livrés et posés par le fabricant-constructeur en moins d’une semaine”.

Fabriquées dans les Vosges, ces maisons sont “personnalisables en fonction des régions de France, comme déclinables en surfaces et en styles architecturaux. Ayant l’avantage de s’adapter à différents PLU (plan local d’urbanisme) elles peuvent s’imaginer traditionnelles comme contemporaines”, précisent les responsables.

Ces produits à coût limité s’intègrent dans un contexte particulier pour le bâtiment. Le groupe Xerfi soulignait déjà en 2012 que l’évolution des mises en chantier de maisons bois entre 2000 et 2011 (10% des mises en chantier de maisons individuelles cette année là) constituaient “une véritable performance au regard du contexte macroéconomique peu favorable et de la dynamique des constructions individuelles dans leur ensemble.”  En 2012, dans la chute de -14% du marché de la maison individuelle, la maison en bois a mieux résisté que les autres techniques de construction (- 9%).

Les bois utilisés pour la construction de maisons à ossature bois proviennent en majorité de l’étranger

Les experts de Xerfi soulignent notamment comme facteurs déterminants de la bonne dynamique de la construction bois à moyen et long terme, “une législation toujours plus favorable" aux constructions bois. “Le durcissement de la réglementation thermique des bâtiments et la fixation d'un seuil minimum de bois à incorporer dans certains bâtiments ont fait la part belle à ce matériau”, estiment-ils. Ils citent également “l'amélioration de l'image de la maison en bois auprès du grand public", "la montée en puissance des préoccupations environnementales" ou encore "l'envie grandissante des Français de devenir propriétaire d'une maison à la campagne”.

Grâce à leurs caractéristiques écologiques (capacités d’isolation, stockage d’une tonne de CO2 atmosphérique par M3 de bois utilisé...) les maisons en bois -représentant déjà 25% des maisons individuelles certifiées BBC selon Xerfi- devraient encore être favorisées à l’avenir, et d’autant plus que leur marge de progression reste importante.  “En Allemagne, les maisons individuelles à ossature bois représentent 30 % des maisons individuelles construites" et atteignent "90 % en Scandinavie et en Amérique du Nord”, souligne le pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (PIPAME).

Seul hic: “L’offre étrangère domine le marché français, la majorité des bois utilisés pour la construction de maisons à ossature bois provenant de l’étranger”, comme le rappelle le PIPAME. Ce qui, outre les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports, accroît donc le déficit commercial. C’est une des raisons qui ont participé à la création du “Comité stratégique de la filière bois” en mars 2014. Ce comité a notamment promis un développement de la filière bois française et des mesures pour “promouvoir l’utilisation du bois dans la construction par la caractérisation des bois français, notamment des bois feuillus” et pour “lever les obstacles réglementaires à l’utilisation du bois”.

Les techniques de construction en bois et les dispositions bioclimatiques

Il existe plusieurs techniques de construction bois. Le bois massif empilé est la plus ancienne. Elle consiste à placer horizontalement, les uns sur les autres, des madriers ou des rondins. Largement répandue au Moyen-Âge, la technique du colombage, toujours utilisée dans certaines régions (Normandie, Sologne, Alsace...) utilise des structures verticales et horizontales en bois, avec entre elles un remplissage en torchis, briques, terre... La technique de l’ossature bois est une évolution du colombage: les montants et traverses peu espacés forment un cadre qui est rigidifié par des panneaux, également à base de bois. L’isolant est placé entre les montants et les traverses. La technique des “poteaux-poutres” utilise des bois de fortes sections, ce qui permet de créer de grands espaces (baies vitrées). Enfin, la technique des panneaux massifs est développée avec des panneaux confectionnés à partir de plusieurs couches de bois et pouvant servir de murs (dans lesquels on découpe portes et fenêtres, en ajoutant une isolation extérieure) ou de planchers.

“L’ossature bois est le système constructif le plus utilisé en construction bois de maison individuelle (73 %), suivi très loin du système poteaux poutres (16 %, pouvant intégrer une certaine part de mixité ossature bois/poteaux poutres) puis du bois massif empilé (fuste, madrier) et des panneaux massifs contrecollés ou contrecloués”, souligne la dernière enquête nationale (2013) de France Bois Forêt, l’Interprofession de la filière forêt bois.

Bien sûr, les qualités isolantes d’une maison bois, et particulièrement d’une maison à ossature bois, ne la dispensent pas de dispositions bioclimatiques. C’est même comme cela qu’elle devient “passive” (très peu de besoins en chauffage et donc d’émissions de gaz à effet de serre). Par exemple, l’implantation de la maison et ses ouvertures sont décidées selon le soleil, la morphologie du terrain, la pluie, le vent... Des arbres judicieusement disposés (haie persistante côté vents dominants, arbres à feuilles caduques côté soleil...) apportent douceur ou fraîcheur au fil des saisons. Une véranda au sud (avec auvent pour l’été) adoucit la température hivernale. Un petit plan d’eau peut également jouer un rôle de fraîcheur en été et de diffuseur de lumière du soleil en hiver. Une autre zone tampon, plutôt au Nord (cellier, buanderie, placard...) peut protèger du froid.

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