Mise à jour de ses données, analyse des bénéfices sociaux de la transition énergétique... L’association négaWatt va cette année actualiser et renforcer son scénario prospectif datant de 2011, “afin notamment de continuer à alimenter le débat public à l’approche des élections présidentielles”. Elle a dans ce cadre lancé une campagne de crowdfunding.

Réalisé en 2011 et s’appuyant à la fois sur l’essor des énergies renouvelables et sur le potentiel de réduction de la consomation issu de la sobriété et de l’efficacité énergétique, le scénario prospectif de l’association négaWatt à l’horizon 2050 a notamment été l’une des trajectoires de référence étudiées dans le cadre du débat national sur la transition énergétique. "Certains objectifs du scénario ont même été repris - partiellement ou totalement - dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte, votée en 2015”, se félicite l’association. Et, comme le scénario de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), il démontre par exemple “la nécessité de diviser par deux notre consommation d’énergie finale à l’horizon 2050 pour respecter les engagements climatiques de la France (le « facteur 4 » (1)) : cet objectif essentiel figure désormais dans la loi”, se félicite-t-elle.

“Mettre à jour les données du dernier scénario afin de prendre en compte le retard pris depuis 2011”

Cependant, pour qu’il soit rendu possible, il faut “calculer la progression qu’il est réaliste d’envisager, année après année, jusqu’en 2050 afin que les actions proposées dès aujourd’hui (rénovation des bâtiments, développement des transports en commun, etc.) soient à la hauteur de l’objectif final. Mais il faut le faire de manière réaliste : assez vite pour répondre à l’urgence et ne pas avoir à faire tous les efforts au dernier moment, mais pas trop pour que les mutations soient économiquement et socialement acceptables”. C’est tout l’intérêt d’un scénario prospectif.

L’association négaWatt constate également que, depuis 2011, “la transition énergétique n’a pas vraiment démarré, même si des éléments positifs sont constatés”. Il est donc maintenant nécessaire, selon elle, de “mettre à jour les données du dernier scénario afin de prendre en compte le retard pris depuis 2011, en intégrant également l’évolution du contexte - législatif, économique - autour de l’énergie”.

Par ailleurs, les experts de l’association souhaitent “renforcer et enrichir le scénario 2011 avec notamment une analyse plus fine des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux de la transition énergétique”: réduction de la précarité énergétique, réduction des émissions de particules fines,...

Une campagne de crowdfunding pour collecter 40 000 euros

Pour négaWatt, ce renouvellement de l’exercice arrive dans une année charnière, durant laquelle il faut "poursuivre les efforts faits avant et pendant la COP21 (2)", et "permettre à l'énergie de garder une place importante dans le débat public, dans la perspective de la prochaine campagne présidentielle”.

Pour financer une partie de ce travail, l’association négaWatt a lancé une campagne de crowdfunding sur la plateforme Zeste de la Nef. Objectif: collecter 40 000 euros. En effet, “la réalisation du scénario négaWatt 2016 représente plusieurs centaines de jours de travail dont une part importante sera assurée bénévolement. “Si les contributions le permettent, une vidéo d’animation pourra également être réalisée afin de valoriser le scénario et le rendre le plus accessible possible”, précisent les responsables.

Un tel scénario s’adresse “avant tout aux décideurs institutionnels et politiques, au niveau national comme au niveau local, qui ont la possibilité de mettre en œuvre des politiques publiques en faveur d’une véritable transition énergétique. Il a aussi vocation à indiquer aux acteurs économiques et sociaux dans quelle direction s'orienter en matière d'activité et d'emploi. Enfin, en montrant qu’un autre modèle énergétique est possible, il s'adresse à tous les citoyens qui peuvent non seulement donner de l’écho à cette idée dans leur réseau personnel, professionnel ou associatif mais aussi interpeller les décideurs et se mobiliser eux-mêmes, individuellement ou collectivement”, précisent-ils.

Ce que dit l’actuel scénario négaWatt

Dans l’actuel scénario négaWatt à l’horizon 2050, “les consommations d’énergie nécessaires pour la production de chaleur sont réduites de moitié, principalement grâce à des actions d’efficacité énergétique dans le bâtiment existant (travaux de rénovation thermique). Et la quasi-totalité de l'énergie consommée pour les besoins de chaleur est d'origine renouvelable”: biomasse, solaire thermique...

Concernant la mobilité, les consommations sont également fortement réduites (d’un facteur de presque 3) “par la sobriété (abaissement des vitesses autorisées, meilleur taux de remplissage, diminution du nombre de kilomètres parcourus, meilleure adaptation des véhicules à chaque usage, report modal) et par l’amélioration de l'efficacité énergétique des véhicules”.

D’autre part, dans un contexte où les réacteurs nucléaires ont disparu un à un après 40 ans d’existence, où l’on sort progressivement des énergies fossiles et où la consommation d’énergie a chuté de 66%, “la biomasse fournit en 2050 50 % de la production. Viennent ensuite l’éolien, puis le photovoltaïque devant l’hydraulique. La géothermie et le solaire thermique couvrent chacun 4 à 5 %” des besoins, pronostique également le scénario, qui ajoute: “Les énergies marines restent peu présentes du fait des incertitudes techniques et économiques sur leur développement, mais des avancées techniques significatives ne sont pas à exclure”. Les émissions de CO2 de la France tombent de leur côté à un peu plus de 20 mégatonnes en 2050 contre environ 350 en 2010, soit une division de l’ordre de 15 (- 93 %).

(1) Diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau qui existait en 1990.
(2) 21ème Conférence des pays (parties) adhérant à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques.

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