Agriculture urbaine: à Paris, des barges sur la Seine pour la permaculture

Jardinage bio, agroforesterie, jardin forêt... Du 10 au 20 septembre, dans le cadre du budget participatif de la ville, les Parisiens votent pour le développement de l’agriculture urbaine, notamment à travers la création d’une ferme utilisant les techniques de la permaculture, dans des barges installées sur la Seine. Ou quand la permaculture pourrait passer du stade de contre-culture au stade de vitrine.

Créer une ferme permaculturelle dans le centre de Paris et participer ainsi à faire de la capitale un modèle de résilience: c’est le projet du collectif Permaculture-Paris qui propose à la municipalité d’implanter une micro-ferme sur des barges qui seraient amarrées aux quais de Seine, au cœur de la cité, histoire notamment de contourner le problème de la pression immobilière sur le prix des terrains. D’une surface totale de 4 à 5000 m2, cet ensemble présenterait “différentes techniques de production de légumes et fruits comestibles et de céréales (forêt jardin sur 500 M2, maraîchage sur buttes et planches sur 1000 m2, agroforesterie sur 500 m2, grande culture sur 1000 m2, production de biomasse et engrais verts sur 500 M2) et également un bureau d’accueil – centre de documentation – bureau d’étude sur 500 M2)”, détaillent les initiateurs du projet, Dorothée Machils, Christine Joly et Frédéric Sauvadet respectivement directeur de jardinerie, directeur financier, et entrepreneur.

Les barges illustreraient la permaculture la plus poussée dans le “jardin forêt”, l’agro écologie et le jardinage bio dans la barge "maraîchère", et un mix de ces différentes approches dans la barge “agroforesterie”

Parrains du projet: le professeur émérite d’agriculture comparée et de développement agricole Marc Dufumier, le créateur du label AB Philippe Desbrosses, les fondateurs de la ferme et de l’école de permaculture du Bec Helloin (haut lieu de la permaculture en France, situé dans le département de l’Eure), Charles et Perrine Hervé-Gruyer, le professeur de permaculture appliqué Sacha Guegan, et l’ingénieur agronome spécialiste des questions d’effondrement et de transition, Pablo Servigne.

Au total, quatre barges “stables, très basses sur l’eau à pleine charge, profondes, faciles à installer après aménagement en dehors de la zone urbaine”, seraient nécessaires. Outre la barge d’accueil et de conférences, elles illustreraient la permaculture la plus poussée dans le “jardin forêt”, l’agroécologie et le jardinage bio dans la barge maraîchère, et un mix de ces différentes approches dans la barge “agroforesterie”, toutes les techniques étant bien sûr pratiquées à la main et sans intrant chimique, le système global de la ferme étant lui évolutif.

Composteurs, ruches, auxiliaires indispensables au bouclage des cycles et à la protection naturelles des plantes cultivées, seraient également implantées sur le site. “L’objectif est de dépendre le moins possible des énergies fossiles (pas d’intrant chimique ni de mécanisation), de recycler tous les déchets verts sur site, sans polluer la Seine, ni créer de nuisance”... Et également de “recycler des déchets organiques en provenance de l’extérieur (centre hippique de Jardy, garde républicaine…)”, et de “travailler toutes les interactions possibles pour boucler les cycles – bois raméal fragmenté, biomasse, déchets organiques)”, expliquent les responsables qui doivent également penser aux interactions entre le métal des barges et la terre, entre la pollution et les cultures.

"Les sociologues pourraient, ici, au milieu de la vitrine d’un monde qui parle de la relocalisation, repréciser par des conférences les vertus de la solidarité interpersonnelle"

Certes, une surface de quelques milliers de mètres carrés peut évidemment paraître ridicule pour la production conventionnelle telle qu’on la connaît aujourd’hui, mais “c’est déjà beaucoup en permaculture”, celle-ci cherchant à “reproduire les conditions d’équilibre optimum que la faune et la flore pourraient trouver dans la nature”, notent-ils encore. Dit autrement, cela fera déjà une belle petite production pour les techniques permaculturelles qui, tout en respectant le vivant, s’avèrent extrêmement intensives, comme doit le prouver l’installation. “Ce projet s’appuie sur les travaux de recherches effectués à la Ferme du Bec Hellouin, où il a été démontré que sur 1000m2  plantés, il pouvait être produit autant que sur 1 ha de cultures maraîchères conventionnelles et qu’un salaire (smic) pouvait être la contrepartie de ce labeur”, précisent encore les trois porteurs du projet.

Mais les barges de la permaculture seront bien plus qu’une ferme, fusse-t-elle modèle. Il s’agit clairement en fait de concourir à faire de Paris une ville résiliente dans le monde post pétrole, un monde qui sera profondément modifié par rapport à l’actuel, parient-ils. “C’est précisément sur l’aspect du renforcement des liens avec la nature, l’agriculture urbaine et la distribution de produits alimentaires en circuit court que s’inscrit le projet”, selon Dorothée Machils, Christine Joly et Frédéric Sauvadet. Et d’ajouter: “Lieu d’échange avec les parisiens et les visiteurs du monde entier, lieu de formation, lieu très concret de création et de conception (design et mise en œuvre de projets permaculturels urbains), nous voulons un projet fort, attractif tant pour les experts du monde entier, les entrepreneurs déjà dans la concrétisation de projets urbains, que pour des sociologues qui pourraient, ici, au milieu de la vitrine d’un monde qui parle de la relocalisation, repréciser par des conférences les vertus de la solidarité interpersonnelle”. Ce serait d’autant plus intéressant qu’au-delà son système agricole particulièrement résilient, la permaculture –qui sonne encore pour beaucoup comme une contre-culture diffusée par de doux dingues- s’annoncerait ni plus ni moins comme une nouvelle manière d’appréhender la vie.

Un projet de création de lieux d’agriculture urbaine pour un budget global de l’ordre de 2,3 millions d’euros

Proposé à la Ville de Paris dans le cadre de l’opération “Madame la maire j’ai une idée”, le projet des barges de la permaculture a été retenu pour éventuellement figurer dans le budget participatif de la municipalité dès 2016. Il a été intégré dans un projet plus général de création de lieux d’agriculture urbaine dénommé “Cultiver en ville” et dont le budget global est de l’ordre de 2,3 millions d’euros.  Intégrant les collectifs Associations Avengardiste, Nour, Jeunes Parisiens de Paris, Le Jardin d'Alice, Pépins production et Permaculture-Paris, ce projet est soumis au vote des habitants du 10 au 20 septembre prochains, en particulier sur budgetparticipatif.paris.fr. Qu’on se le dise...

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